Critique et analyse – Demain ne meurt jamais

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  • Date de sortie : 17 décembre 1997 (1h55)
  • Réalisateur : Roger Spottiswoode
  • Avec : Pierce Brosnan, Jonathan Pryce, Michelle Yeoh, Teri Hatcher, Judi Dench
  • Tous publics (France) -13 ans (États-Unis)
  • Allociné spectateurs : 3.1/5

Demain ne meurt jamais, deuxième volet avec Pierce Brosnan dans le rôle éponyme, se veut comme un divertissement total. Il rompt ainsi avec les trois films précédents, diminuant la dose en noirceur et en violence au profit d’un spectacle destiné pour tous. On analysera dans cette page les qualités et défauts de ce dix-huitième opus.

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Le « Devonshire », une frégate de la Royal Navy, vient de de se perdre dans les eaux territoriales chinoises. Le Royaume-Uni accuse alors la Chine, excepté M qui envoie son agent, James Bond, sur la piste d’un certain Elliot Carver, propriétaire du quotidien « Tomorrow » et patron du plus grand empire médiatique de tous les temps.

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GoldenEye fut non seulement un véritable succès commercial mais aussi artistique, entre tradition et modernité, bénéficiant de personnages puissants et d’une histoire digne d’intérêt. Le nouveau James Bond, Pierce Brosnan, est très apprécié du public. Après la plus longue pause de la franchise entre deux James Bond, soit six ans entre Permis de tuer et GoldenEye, la production souhaite sortir un opus tous les deux ans, comme avant. Le budget accordé au nouveau volet est de 110 millions de dollars, un record, afin qu’il puisse concurrencer et même surpasser les films d’actions des années 90. Pierce Brosnan revendique le souhait d’accroitre la psychologie de son personnage, voeu qui va quelque peu à l’encontre du scénario. En effet, comme tous les James Bond, celui-ci reflètera son temps, dans la façon d’être fait, film d’action des années 1990, mais aussi dans son récit : les enjeux de son époque, les satellites, les médias, l’information en somme ; aussi par de simples détails comme le nouveau Walther P99 et non plus PPK.

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Le récit annonce un film moderne mais Demain ne meurt jamais est le Bond de Brosnan qui conserve le plus le traditionalisme bondien. Il réunit ainsi la quasi-totalité des motifs de la franchise : les scènes d’action spectaculaires, deux courses-poursuites, la présence de deux femmes dont une qui meurt, un homme de main puissant, la répétition du thème sonore principal à plusieurs reprises, l’Aston Martin DB5, la voiture modifiée, de nombreux gadgets, des décors exotiques et de l’humour. De plus, comme la plupart des James Bond, il possède une structure similaire en deux parties, une première froide à Hambourg et une deuxième plus chaude en Thaïlande. On peut relever plus particulièrement que le scénario se trouve dans la lignée des opus les plus fantaisistes, lesquels sont On ne vit que deux fois, L’espion qui m’aimait et Moonraker. Cette forme de quadrilogie se démarque par la simplicité du récit ne servant que d’enrobage pour un abus de scènes d’action, un méchant plutôt âgé, un duo Bond/agent double féminin, un complot mondial similaire et également l’uniforme militaire du commander. Alors que L’espion qui m’aimait est un très bon opus, les deux autres le sont bien moins, assez décevants puisque peu réalistes. Heureusement, Demain ne meurt jamais ne joue pas sur un irréalisme trop prononcé dans le fond mais sur la forme, la diminution de la violence irrite quelque peu. Malgré la présence des scies, des instruments de torture, d’un massacre, on ne montrera jamais la violence à l’écran. On l’a donc compris, Permis de tuer est bien un cas à part bien que GoldenEye n’est pas aussi sage que Demain ne meurt jamais, celui-ci vise un public plus large et se veut comme un divertissement total. Une autre façon de voir 007, à l’ancienne.

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La structure du récit est intéressante, en défaut du récit lui-même, mettant en exergue des contrastes. L’histoire est en effet assez négligée, justifiant seulement l’action. Ainsi, l’argument du film est expédié en, à peine, vingt minutes. Dès lors, Bond connaît le commanditaire de l’attaque et doit l’arrêter, la suite se révèle bien moins complexe. Les personnages, également, sont décevants mais nous y reviendrons. On peut relever une structure intéressante qui met en exergue deux parties bien travaillées sur la forme. Hambourg est un lieu moderne, métallique, où ont lieu les soirées techno avec néons bleutés. On retrouve ainsi des hôtels modernes tout en blanc avec parkings, des bâtiments vitrés avec des ponts et passerelles, une mosaïque d’écrans sur un mur, des des salles insonorisés, des couloirs gris, une usine. Une nouvelle fois, 007 reflète bien son temps. Tout comme les tours de Carver, le navire furtif s’annonce dans cette lignée et marquent tous un vide, lequel traduit l’absence de vie. Les biens de Carver sont mis en contraste, et c’est une superbe idée très bien mise en scène, avec les rues remplies de vie d’Ho-Chi-Minh, on retrouve d’ailleurs de superbes plans sur Pierce Brosnan, perdu dans la foule, en moto ou à pied, dans ces rues. David Arnold, le nouveau compositeur de la franchise, utilise également ses notes pour accroitre ce contraste digne d’intérêt.

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Le scénario néglige malheureusement l’ensemble des personnages de l’intrigue, notamment James Bond. Il est certain que le film ne se focalise pas assez sur son personnage principal, contrairement au précédent ou même au prochain. Pierce Brosnan reste formidable, essaie d’apporter un intérêt psychologique, notamment dans cette scène où il est seul dans sa chambre d’hôtel, assis avec un verre d’alcool. La scène est forte et montre subtilement, le temps d’un plan, les tourments de son personnage, mais deux secondes ne suffisent pas. Le scénario freine donc le travail de Brosnan qui essaie malgré tout d’apporter des sentiments, surtout avec sa relation avec Paris, belle mais trop courte pour être approfondie. On retrouve dans cet opus un James Bond plus humain que dans GoldenEye, moins indifférent, méprisant. Pierce Brosnan se révèle plus agréable, sympathique, rigole même plusieurs fois, notamment lorsqu’il conduit sa voiture avec son téléphone dans le parking à Hambourg. On ressent également un manque d’élégance du personnage, voulue certainement par le réalisateur. Bond est sur le terrain, son temps est limité. Lors de la première partie, 007 est élégant mais ses costumes sont moins raffinés que les autres opus, la faute à un Hambourg métallique, on le pardonnera – à moitié. Cependant, lors de la deuxième partie, son pantalon de sport et sa chemise bleue trop grande sont une catastrophe. Se dégage une impression de précipitation, causée par des fautes de mauvais goût, qui se confirmera avec d’autres points étudiés. On ressent également peut-être une envie de rendre Bond un peu banal, mais nous n’irons pas plus loin.

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Le scénario néglige également les méchants, malgré de bonnes interprétations. On retrouve un méchant principal autoritaire qui possède un immense empire, ses mensonges se camouflent dans ses tours de verre. Son portrait psychologique est intéressant, assez égocentrique, mais finalement peu approfondi. Carver s’intéresse à la montée au pouvoir et écrit l’histoire de demain qu’il interprète à sa façon. Peu travaillé, il n’est pas inoubliable malgré le très bon jeu de Jonathan Pryce qui lui accorde de la consistance et un peu de velours. Cependant, le personnage aurait pu devenir meilleur s’il avait été interprété par le grand Anthony Hopkins, qui avait également été envisagé pour le rôle d’Alec Trevelyan. Le personnage de Richard Stamper, son homme de main, aurait pu être plus approfondi mais très bien porté par son acteur Götz Otto, dans la lignée du jeu d’Andreas Wisniewki avec Nekros dans Tuer n’est pas jouer. Enfin, son mentor, le docteur Kaufman, ajoute une petite touche comique, mais il n’est pas inoubliable. La scène est tout de même très intéressante, très bien montée et bien filmée par Spottiswoode qui bénéficie d’une musique géniale d’Arnold. On notera également une fuite sur les toits très bien filmée. Bond a également l’occasion de montrer sa rage intérieure en tuant Kaufman.

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Les autres personnages sont également négligés par les scénaristes. Paris Carver aurait pu être un personnage fascinant puisqu’il est digne d’intérêt. Si l’interprétation de Teri Hatcher est grandiose et apporte un peu de repos et de glamour au film, sa place accordée dans l’intrigue est minime. Quant au personnage féminin principal, Wai Lin, il est assez banal malgré le bon jeu de Michelle Yeoh, tirée vers le bas à cause de l’écriture. Le seul intérêt du duo est sûrement cette belle bataille d’ego puisque Bond fait équipe avec son égal féminin. L’absence de consistance psychologique irrite énormément. Miss Moneypenny est quelque peu absente, les petites plaisanteries séduisent mais l’effacement du personnage peine. Cependant, M est bien présente durant la première partie et on retrouve une Judi Dench formidable, très à l’aise dans son rôle et qui se permet quelques plaisanteries intéressantes. Très charismatique, elle apporte beaucoup d’intérêt pour son personnage. Enfin, Demain ne meurt jamais offre à Q une scène assez sympathique de présentation de la voiture, rythmée par la musique d’Arnold. Alors qu’il le considère comme un enfant, le Bond de Brosnan le respecte grandement, respect qui s’accroit lors de sa dernière apparition dans Le monde ne suffit pas. On notera un retour anecdotique de Jack Wade.

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La réalisation de Roger Spottiswoode possède des qualités et des défauts. Martin Campbell avait refusé de réaliser un nouveau Bond, et la production choisit alors un très bon technicien d’action mais qui n’a pas de marque personnelle. L’absence de recherche esthétique dans ce film irrite énormément, mais la maîtrise totale de l’action suscite l’admiration. Malgré toutes les négligences du scénario, Demain ne meurt jamais est un film réussi qui surpasse en qualité les films des années 1990 et même du moment. Á part l’action, Spottiswoode réussit superbement bien une autre scène, celle du docteur Kaufman ainsi que la fuite sur les toits mais aussi d’autres plans : Bond assis dans sa chambre d’hôtel, Bond dans les rues en Thaïlande – nous les avons déjà mentionné – mais aussi lorsque Bond se rend à l’hôtel, suite à l’appel de Carver. Ces plans sont superbes. Pierce Brosnan est de plus magistral lorsqu’il sort de sa voiture, déterminé, et lorsqu’il marche sur le trottoir vers l’entrée de l’hôtel. C’est un réel plaisir de le voir aussi dans les rues de Thaïlande, tout d’abord perdu puis déterminé à retrouver sa partenaire, guidé par le rythme d’Arnold.

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L’absence de recherche esthétique de Spottiswoode irrite. La négligence du personnage de James Bond, moins élégant, l’annonçait d’emblée. On retrouve des tentatives d’approche du blockbuster hollywoodien, les fautes de mauvais goût par-ci et par-là, tel le rapproche trop mécanique des deux personnages à la fin lorsque Bond libère Wai Lin et le ralenti final horrible trop factice et trop banal, sont regrettables. La deuxième partie, tout comme l’ensemble d’ailleurs, est trop précipitée. Le film ne prend pas son temps pour le développement alors que les personnages sont intéressants. L’esthétique est médiocre à cause d’une réalisation banale. Se dirige-t-on vers un Bond quelque peu désincarné, malgré la qualité du divertissement?

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La maitrise de l’action est exceptionnelle. Le film débute avec un pré-générique spectaculaire et audacieux. Il bénéficie d’une montée en tension qui rend la scène très efficace. La destruction du camp est très réussie, le combat aérien l’est cependant légèrement moins. Le départ se veut assez épique. Le film offre deux séquences d’action incroyables, la scène du parking est excellente, réunissant beaucoup d’idées, elle est une des courses-poursuites les plus dynamiques de la franchise. La séquence de moto à Ho-Chi-Minh est également une des meilleures scènes d’action des James Bond. La poursuite est longue, rythmée, dynamique et haletante. Bond et Wai Lin sont poursuivis par des voitures et des hélicoptères et prennent la fuite dans les rues bondées, les toits et balcons de la ville. Fascinant.

David Arnold compose son premier James Bond, la réussite musicale confirme son talent et annonce les futures pistes majestueuses. Alors que la musique de GoldenEye d’Eric Serra est un cas à part, différente et originale, celle d’Arnold tente avec bravoure un retour aux sources tout en instaurant un air nouveau. Les relectures sont très intéressantes et le travail musical formidable, les pistes d’action sont excellentes tout comme le thème de Paris pour les scènes plus intimes. La chanson du générique de début de Sheryl Crow est réussie mais elle ne s’inscrit pas dans les meilleures chansons de la franchise. La chanson du générique de fin, auditionnée mais non choisie, de David Arnold et de k.d. est bien meilleure.

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Demain ne meurt jamais est un divertissement total. Il faut accepter les négligences du scénario et l’absence d’ambition esthétique pour l’apprécier pleinement. Les acteurs, Brosnan en premier, sont formidables et signent un opus qui reflète son temps : l’action est primée. Mais il ne faudra pas attendre Casino Royale jusqu’en 2006 pour que le personnage de James Bond gagne en intérêt psychologique puisque les scénaristes ont visiblement décidé d’exaucer le souhait de Pierce.

  • Réalisation : 8.5/10
  • Scénario : 6.5/10
  • Casting : 9.5/10
  • Musique : 9/10
  • Ambiance : 9/10

Film : 9/10

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