Meurs un autre jour

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Les quatre James Bond avec Pierce Brosnan dans le rôle titre sont tous différents les uns des autres. Il n’y a pas tant de ligne directrice de ton qui rendrait l’ensemble homogène, cohérent, ce qui permet toutefois d’avoir un enchainement assez riche et varié. Après la noirceur de GoldenEye, l’efficacité de Demain ne meurt jamais et la trame psychologique du Monde ne suffit pas, l’ultime opus opte pour le ton spectaculaire, entre scènes d’action saisissantes et un excès de mauvais goût.

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En pleine mission en Corée du Nord, James Bond est compromis par un traître non identifié. Il est alors capturé puis jeté dans une prison militaire. Après quelques mois de détention, il est libéré grâce à un échange avec un terroriste. Démis de ses fonctions, James Bond est bien décidé à démasquer le traitre qui a entrainé sa chute et à enquêter sur un mystérieux mégalomane, propriétaire d’un palais de glace, Gustav Graves.

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D’entrée de jeu, on repère dans Meurs un autre jour des fautes de goût qui affaiblissent le film. Tout d’abord, c’est l’excès du récit un peu fourre-tout que l’on regrette. Cet excès concerne les combats tout d’abord, comme le duel entre Bond et Gustav Graves dans l’école d’escrime, mais on note également un excès de facilités scénaristiques qui posent véritablement la question de la vraisemblance dans cet opus, et on ne parle pas ici des effets spéciaux, mais bien de la ligne narrative, de l’histoire à proprement parler. Après l’excès, citons l’irréalisme, cette fois-ci concernant l’action et les effets spéciaux, comme le duel de laser, certes dans une volonté d’adopter un ton spectaculaire, grâce à l’omniprésence du numérique, mais s’éloignant de la psychologie, de la complexité intérieure du personnage que les trois opus précédents développaient. L’approche jeu-vidéo de Meurs un autre jour avec sa panoplie de cascades, effectuées à deux, et des duels, sa course-poursuite faisant recours à de multiples gadgets, fortement inspirés par le jeu-vidéo justement, le rendent comme un produit commercial qui doit attirer les masses, nous demandant donc si nous, spectateurs, sommes désormais victimes d’un très cher Elliot Carver.

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Le film a donc du mal à tenir debout et ce n’est qu’à la fin que l’on s’en rend compte, car chaque séquence reste en elle-même intéressante, divertissante et donc bien maîtrisée. On regrette surtout ce manque de profondeur. Même dans un opus comme Demain ne meurt jamais où l’action prédomine, on ressentait une forme de tendresse, entre Bond et Paris notamment, des sentiments, des tensions – notez l’intervention du Dr. Kaufman – ainsi qu’une étude psychologique du personnage intéressante, Bond pouvant être partagé entre un sentiment de dégoût et d’une détermination glaciale dans une chambre d’hôtel et complètement perdu, presque désemparé, dans les rues de Thaïlande. La recherche du spectaculaire dans Meurs un autre jour nuit au film. On le voit bien à la fin, plus l’explosion est grande et prend de l’ampleur, plus le film impressionne. On fait donc face à une panoplie d’évènements grandioses, pour ne pas dire extravagants : une fuite par hélicoptère qui vient de nul part et qui débarque dans une clinique, une chute mortelle mais qui ne l’est évidemment pas, une fuite en kitesurf improvisé, un speeder poursuivi par un rayon de feu venant  de l’espace, ce même rayon menaçant aussi la planète, un duel au laser qui doit finir par la traversée de laser dans la bouche de l’ennemi, un méchant soldat en armure qui envoie des décharges d’électricité et bien évidemment une voiture invisible avec un armement de guerre…

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Malheureusement, le scénario n’épargne pas non plus des éléments kitschs, de mauvais goût. La fin par exemple, constitue la séquence la plus ridicule du film, le pire stéréotype étant d’organiser un duel entre hommes mais aussi un entre femmes. On aurait préféré une fin plus psychologique bien moins spectaculaire et tape-à-l’œil. La réalisation, d’ailleurs, accumule les éléments tape-à-l’œil tout au long du film en proposant des effets de vitesse, ralenti ou accéléré. Comment en est-on pu venir là après un opus comme Le Monde ne suffit pas. Aussi, l’omniprésence des clins d’oeil rend tout l’ensemble kitsch, avec bien entendu beaucoup d’éléments figuratifs faisant écho aux opus précédents, mais aussi le rappel de mauvais goût de la guerre froide, et donc la volonté de mettre dans ce film technologique et numérique un peu d’ancien… On est très loin de la subtilité que proposait GoldenEye dans le traitement de cette thématique. Dans l’opus précédent, Bond était blessé, atteint physiquement mais aussi moralement et l’on voyait ses blessures, ses cicatrices tout au long du film. A priori, dans Meurs un autre jour, il est traumatisé, c’est encore plus grave, à cause de son enfermement en prison. Mais, grâce à une visite dans un hôtel, il devient soudainement quelques jours après en forme, par magie. On a affaire là à un Bond surhumain, pas celui dont les blessures étaient gravées dans le corps et dans le temps. Mais heureusement, le parti pris dans Meurs un autre jour est d’assumer tous ces éléments et c’est bien ça qui permet d’apporter, enfin, une cohérence dans l’ensemble du film et d’assumer ce côté divertissement. Et parmi les divertissements, c’est bien Bond le meilleur.

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On a là aussi un retour des décors kitschs. L’Islande aurait pu être un décor original, intéressant, si on l’exploitait sous forme de thriller, c’est-à-dire en instaurant une atmosphère polaire oppressante, mais il est exploité sous forme de palais de glace extravagant. Ces soirées font écho à celles des soirées à la Carver, où l’on retrouvait cette univers de faux-semblant, de machination, de complot dans l’ombre. L’univers glacial propose quelque chose d’intéressant puisqu’il insiste sur le côté lisse, faux de ces évènements. Bond en étant invité par Graves pénètre un univers faux, notez le double jeu de Miranda Frost, pale comme de la glace, ce qui ne peut être approprié avec le traditionalisme chaleureux que défend Bond. On retrouve donc une opposition intéressante, entre un univers moderne, technologique, numérique, automatisé – notez les portes automatiques – faisant contraste avec la personnalité chaude de James Bond. L’univers de Graves est donc un univers sans vie, un royaume des morts, des rêves inaccessibles, des convives sans un mot à dire, applaudissant tels des robots des discours utopiques, couvrant leurs yeux par automatisme. Le palais de glace reflette donc cette foule de pantins figés sans conviction rendus automatiques qui assistent à un spectacle orchestré par un gourou, mais dont deux seulement sont reflétés par la lumière. Eux deux n’ont pas oublié d’où ils venaient et représentent d’une certaine façon la chaleur face à la menace glaciale du nouveau siècle, car tout devient de plus en plus trop lisse, automatique, numérique, froid et il faudrait porter des valeurs, des convictions, des traditions pour combattre ce nouveau monde.

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Il n’y a donc pas que des défauts dans Meurs un autre jour et même de diverses qualités. Globalement, la première moitié du film est très convaincante. Le pré-générique, en particulier, est assez réussi. Certes, le meilleur pré-générique de l’ère Brosnan, et un des meilleurs de la saga, reste celui du Monde ne suffit pas, mais celui-ci a ses qualités. L’ouverture est grandiose avec de véritables surfers, sans création numérique, permettant au film de commencer sur les chapeaux de roues, sous une musique impressionnante qui monte subtilement la tension. Des tensions donc, d’entrée de jeu, avec une arrivée remarquable de Pierce Brosnan dans le film, donnant des ordres. C’est bien lui le patron, et d’un simple mouvement de main, on l’obéit. Il s’agit peut-être d’un moment simple mais remarquable. Tout est préparé, tout est prévu dans ses gestes, et au bout de deux minutes, le suspens atteint son comble. La séquence joue ensuite avec le suspens en faisant démasquer l’espion, avant de déclencher une incroyable et virtuose course-poursuite, filmée avec nervosité et brio. Lorsque Bond est démasqué, Pierce Brosnan est formidable dans son jeu d’acteur, notez bien la prouesse de son jeu lors des multiples gros plans sur lui. On regrettera seulement une nouvelle fois quelques effets de ralenti mais qui restent plus discrets que lors du final du film par exemple. La chanson de Madonna est intéressante mais elle reste la moins convaincante des quatre films avec Pierce Brosnan. Le générique, là non plus, n’est pas le meilleur, mais il a le mérite de raconter la suite de l’histoire et de faire le pont avec ce qui suit, une première dans la saga, et surtout de poser d’emblée ce contraste chaud/froid qui reprend donc ce qui a été analysé dans le paragraphe précédent.

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Aussi, l’idée de base est loin d’être mauvaise. Les idées de départ sont toutes intéressantes. L’idée de retenir Bond prisonnier est très original et permet de développer les thèmes de la vengeance mais aussi et surtout ceux de la perte, de l’abandon, de l’échec, s’annonçant donc dans la continuité du précédent opus. On retrouve après le générique un Bond traumatisé dans une cellule de prison loin d’être aux normes. Il s’agit là d’un début assez sombre, vraiment noir, et profond psychologiquement qui forge le personnage pour la suite. La conversation entre M et Bond est très intéressante, la fuite qu’il organise est insolite, son arrivée dans l’hôtel est une excellente idée. Et puis, après, magie : il redevient un nouveau Bond sans passif presque. C’est assez dommage que l’on ne traite pas tous ces thèmes par la suite, les traumatismes, les souffrances de Bond, sa déception aussi. Toutefois, la séquence qui suit à Cuba est intéressante et la séquence qui suit à celle-ci en Islande ne manque pas d’intérêt, nous l’avons vu. Donc, comme il a été dit, Meurs un autre jour est composé de trois séquences indépendantes qui fonctionnent très bien chacune toute seule : la séquence en Corée puis à Hong Kong n’a rien de mauvais, au contraire, celle à Cuba puis Londres a ses qualités également et celle en Islande remplit ses critères. C’est donc bien à la fin que l’on se rend compte que le film ne tient pas debout de manière globale, c’est bien cette succession de séquences qui est incohérente et qui ne fonctionne pas, ou en tout cas, fonctionne moins bien que prévu.

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Pierce Brosnan est formidable, une nouvelle fois, on l’a dit. C’est un plaisir de le retrouver dans le rôle, et il est toujours charismatique, que ce soit en étant un espion infiltré en Corée ou bien en col roulé en Islande, en quête de vengeance. Toby Stephens est loin d’être inintéressant, au contraire, il propose un jeu intelligent et réussi, et ce n’est pas tant le manque d’écriture qui le pénalise, car au fond, son personnage d’un point de vue de l’histoire est très intéressant, mais plutôt le mauvais goût, l’excès du film. Le voir ainsi en armure envoyer des décharges électriques, diriger un rayon destructeur le décrédibilise conséquemment. Sinon donc, son profil est intéressant, puisque il s’agit de faux-semblant, physiquement mais aussi sur la question de son identité. C’est un homme glacial, masqué, qui dissimule son identité, sa vraie personne, son vrai parcours, son origine, et on peut à un moment donné avoir une forme de compassion dans la mesure où il a été détruit, jusqu’à ce qu’il tue son père devant les yeux de Bond, en quelque sorte devant nos yeux. Et Toby Stephens développe très bien son rapport avec le passé, avec son identité, sa volonté de croire à ses rêves, de les vivre. L’homme de main, Zao, est beaucoup moins intéressant et subtil, négligé totalement par l’écriture. Quant à Miranda Frost, le personnage est très mal écrit, très mal développé. Elle représente le centre de l’histoire au final, le pivot, mais le film parait ne pas s’y attacher. Rosamund Pike est malheureusement un peu fade, à cause de la faiblesse de l’écriture, mais cette actrice géniale et très talentueuse réussit tout de même à rendre une forme de complexité et de naïveté ambigue. Sa révélation à Bond est poignante, mais elle aurait encore pu être meilleure, notamment par un travail d’écriture. L’autre James Bond girl, la principale dirait-on, Jinx, n’est pas du tout à la hauteur et n’apporte rien à l’intrigue. Objectivement, que Jinx soit ou non dans l’histoire, il n’y aurait eu aucun changement. Elle n’apporte malheureusement rien, et c’est dramatique pour un rôle principal. Le personnage n’a non seulement aucune épaisseur dramatique mais aussi aucune épaisseur psychologique, et c’est donc sûrement la James Bond girl la plus décevante de l’ère Brosnan. Bien évidemment, cela n’enlève rien au charme et au talent de l’interprète, Halle Berry, qui arrive à rendre à l’écran une femme très moderne et folle d’énergie.

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La réalisation de Lee Tamahori, on l’a dit à plusieurs reprises, bénéficie de plusieurs fautes de goût, comme des effets kitschs de vitesse et aussi, de manière globale, d’une absence de tensions. On regrette de ne pas avoir une séquence comme la séquence du train dans GoldenEye, la scène du Dr. Kaufman dans Demain ne meurt jamais ou les scènes de dialogues entre Bond et Elektra dans son palais à Baku. Il n’y a pas un véritable moment source de tension dramatique dans le film, si ce n’est peut-être lorsque Bond démasque Graves et que Miranda se dévoile, et encore, c’est une scène très courte. Pourtant, elle fonctionne bien, permettant de changer un peu de rythme, sous une musique convaincante d’Arnold. On regrette également l’omniprésence du numérique qui déçoit, surtout dans un James Bond, alors certes c’est spectaculaire mais moins naturel. Heureusement, comme tous les autres opus de la sage, le film n’oublie pas pour autant la méthode classique, avec des maquettes convaincantes et des cascades réelles. Concernant la musique de David Arnold, elle est convaincante même si elle reste, par défaut, en comparaison avec les autres, la moins bonne partitions de tous ses James Bond. La partition est très moderne, reprenant avec brio le thème classique de Bond, et rend un résultat très homogène et appréciable, notamment dans le pré-générique et lors de la course-poursuite en voiture. Mais Arnold n’arrive pas à la rendre magique, quand il réussissait, ou réussira, à rendre de la tendresse pour un Demain ne meurt jamais, la nostalgie d’un Monde ne suffit pas, la tristesse d’un Casino Royale ou la dépression d’un Quantum of Solace, cette partition, à part qu’elle soit moderne, cohérente, efficace, belle il faut le dire, n’a pas sa petite touche. Quant à la fin, Arnold laisse mitigé car il reprend avec subtilité quelques notes du précédent opus mais se penche lui aussi pour le spectaculaire dans le même temps.

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Malgré ses faiblesses et ses défauts, on ressent cette volonté de bien faire. Certes, le scénario et les quelques fautes de mauvais goût de la réalisation tirent le film vers le bas, mais on retient tout de même une réflexion intéressante, une maîtrise parfaite de l’action, ce qui en fait un divertissement très honorable, nostalgique de la période Brosnan. Pierce Brosnan, magistral une nouvelle fois, prouve que Bond est un personnage toujours d’actualité et qu’il ne mourra jamais, prêt pour de nouvelles aventures.

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Un commentaire

  1. Thierry · avril 14

    Pierce Brosnan est parfait dans le rôle de James Bond. Dans Meurs un autre jour, les courses-poursuites et les explosions m’ont épaté. Halle Berry est envoûtante dans ce film d’espionnage.

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