Analyse – Basic Instinct, réflexion sur la fin ambigüe

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Cette troisième analyse de Basic Instinct permet de se focaliser entièrement sur la fin du film et de répondre à deux problématiques, lesquelles sont l’identité du tueur ainsi que le destin ambigu de Nick. Il est primordial de lire avant cette analyse les deux premières. Dans la première analyse, on avait donc mis en exergue un processus fondamental dans ce film, celui de l’envoûtement, causé par plusieurs facteurs, causant à son tour de multiples conséquences pour le personnage de Nick. Dans la deuxième partie, grâce à trois scènes majeures, on avait réussi à prouver de manière plus concrète l’existence de ces processus, ce qui avait abouti à la création de la fameuse figure du cercle et qui représentait le choix cornélien que devait faire Nick.

© infographie créée par Keyvan Sheikhalishahi

© infographie créée par Keyvan Sheikhalishahi

La réponse à la question à propos de l’identité du tueur peut certes paraître évidente, mais en lisant différentes pages sur la toile, on se rend vite compte de l’existence d’une multiplicité de théories qui essaient de répondre à la problématique. Pourquoi peut-on être certain que Catherine Tramell est bien la tueuse? Beaucoup de personnes doutent. On observe ainsi que sur la toile, beaucoup pensent que Catherine Tramell et Elisabeth Gardner ont commencé leur carrière de meurtrier ensemble puis se sont opposées, tuant l’une le compagnon de l’autre et réciproquement. D’autres pensent qu’Elizabeth Gardner est aussi coupable de certains meurtres, indépendamment de Catherine. Pourtant, on peut être certain que Catherine Tramell est bien la tueuse, tout d’abord, en ayant du bon sens. Son personnage est intelligent et subtil et glisse quelques remarques qui mènent Nick sur une autre piste, comme lorsqu’elle donne le nom de Lisa Hoberman. Le plan final suppose également la culpabilité de Catherine Tramell. Le rassemblement d’indices compromettants dans l’appartement de Gardner paraît trop évident pour la condamner, on suppose vite qu’il s’agit d’une mise en scène de Tramell. Elle tend ainsi un véritable pièce à Elizabeth, pauvre victime. On peut aussi en être certain à cause des processus. Le processus d’envoutement qu’elle opère sur Nick provoque beaucoup de conséquences sur Nick, qui au début du récit, était certain de la culpabilité de Tramell. De manière soudaine, il commence à l’écarter de l’enquête pour enquêter exclusivement sur Gardner. Comme Nick, le spectateur est également envoûté et veut, peut-être, à tout prix ne pas croire que Tramell est coupable. Nous subissons de manière indirecte les processus. Catherine Tramell est coupable, Elizabeth Gardner innocente – on peut toutefois ne pas totalement écarter les théories qui avancent qu’elles ont commencé à ensemble.

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Catherine Tramell est donc bien la meurtrière, mais alors qu’en est-il du destin de Nick? Le livre Shooter fini, Catherine n’a plus besoin de lui et peut donc le tuer. De plus, elle affirme qu’il faut que quelqu’un meure, il y a toujours quelqu’un qui meurt. La mort de Roxy étant bien antérieure à cette annonce, il faut l’écarter de la réponse. Pour Catherine Tramell, il est absolument nécessaire que quelqu’un meure, et ce serait ainsi Nick. Pourtant, c’est le personnage de Gus qui meurt, on pourrait donc penser que Catherine est en train de changer de victime pour laisser la vie sauve à Nick et sacrifier Gus. C’est ce que son livre Shooter présage également, comme on peut le lire en anglais lorsque Nick se rapproche de l’imprimante dans la villa de Catherine à Stinson, qui rappelle la scène de l’ascenseur : his partner’s dead body, elevator.

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Pourtant, le destin de Nick est plus ambigu, à cause de la présence du pic à glace dans la scène finale du film. Le film est très subtile, en se focalisant sur la présence à l’écran de l’arme du crime, on se rend compte qu’il existe une symétrie de la présence à l’écran du pic à glace en fonction du temps du film. Cette symétrie peut nous rappeler le processus de détérioration de Nick qui se transforme en Catherine à cause de l’envoûtement – une de ses conséquences -, et ainsi son interrogatoire devient la symétrie de celle de Catherine. Quatre scènes forment la symétrie, deux se déroulant avant le milieu du film et deux autres après. Il s’agit de la première scène du film, la scène du duel chez Catherine, la scène chez Nick puis la scène du meurtre de Gus. On obtient ainsi une symétrie parfaite, de plus, les deux meurtres avec cette arme sont le premier le quatrième et les deux autres scènes avec le pic à glace se déroulent soit chez Catherine soit chez Nick. On peut donc dire que la boucle est fermée et que Catherine ne tuera peut-être plus, étant amoureuse de Nick. Pourtant, le plan final montre un pic à glace, la symétrie n’est donc plus valable, ou presque. En effet, la dernière présence du motif peut signifier que les meurtres continueront, ce qui est traduit ici par un nouveau cercle en pointillés. La récurrence des meurtres serait donc toujours valable et constituerait un cercle vicieux pour Catherine, ici symbolisé par la dernière flèche, et le prochain meurtre serait ainsi peut-être celui de Nick. Cette théorie peut mettre en exergue une deuxième hypothèse, le choix de garder Nick en vie à la fin du récit et de montrer une cinquième fois le motif pourrait signifier que Catherine a terminé de tuer – la boucle étant finie – et qu’elle ne tuera plus. Quoi qu’il en soit, il faut surtout retenir la première hypothèse qui est plus probable. Il faut donc s’inquiéter pour Nick.

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© infographie créée par Keyvan Sheikhalishahi

POUR ALLER PLUS LOIN : Suite de l’analyse

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9 commentaires

  1. Mr Gray Fox · mars 14, 2016

    Ton analyse est génial, très beau travail, cela dit malgré la qualité de ton analyse, mon avis diverge complètement

    Pour moi, mon avis, Catherine n’a jamais tuée personne… Je me suis focalisé uniquement sur Beth, elle cache très bien son jeu, sa folie et son obsession envers Tramell sont évident… et ce dès ses années d’études, elle est psychologue et cerne très bien les gens, même encore mieux que Catherine, puisque c’est réellement son métier (Catherine s’est « juste » limitée aux études en psycho)… pourquoi a-t-elle peu de scènes dans tout le long métrage ? Comparativement aux scènes entre Nick et Catherine, les scènes physique de Beth ne représente que 10 à 15% du film !
    Beth est un personnage machiavélique effacé de l’écran mais est présente dans la tête du spectateur dès qu’il en a pris connaissance
    La fausse relation amoureuse (oui elle est fausse, Catherine ne cherche qu’à assouvir ses désirs sexuels, point barre!) et mise en évidence pour nous faire oublier qu’un potentiel 2ème tueur existe (pas Roxy ! c’est juste une ex meurtrière lesbienne refoulée et jalouse)
    Mon analyse me dit que Beth est impliquée dans cette histoire de A à Z et même bien des années avant !
    (meurtre de son professeur de psycho Goldstein, qu’elle avait en commun avec Tramell, changement d’identité, changement d’apparence physique, meurtre des parents de Tramell « elle a piégée le bateau », meurtre du boxeur Many Vasquez, meurtre de Boz, meurtre de Nilsen, meurtre de Gus) …
    De plus Catherine nous laisse penser qu’en matière de meurtre elle n’y connais rien ou pas grand chose, puisqu’elle fait appel à des anciennes meurtrières pour progresser dans ses romans (une personne ayant déjà tuée auparavant n’aurait pas besoin d’aide sur ce sujet)
    Voilà mon avis 😉

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    • Keyvan Sheikh · mars 14, 2016

      Merci beaucoup pour ce commentaire qui fait plaisir… Votre point de vue et analyse témoignent donc de la complexité du sujet et de la diversité des solutions. Quoi qu’il en soit, votre commentaire permet de diversifier les différentes lectures du film et surtout de montrer qu’il s’agit plus d’un « thriller érotique », en tout cas pas un film qui est réduit à quelques plans par une majorité de personnes. « Basic Instinct » dépasse tout cela puisqu’il propose un ensemble bien plus complexe et intéressant, s’appuyant sur un scénario intelligent, une réalisation virtuose et des acteurs formidables.

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  2. OLIVIER BOULET · juin 9, 2016

    Tout d’abord merci de parler ainsi de ce grand film basé sur un scénario impossible
    Oui une histoire improbable, qui ne tient pas debout et c’est même Verhoven qui le dit et je pense que la clef du film est donné par Catherine Tramell dans la voiture, quand elle parle de « la suspension de crédibilité »
    Pour moi tout le film est basé là dessus: « On va vous faire croire à une histoire impossible »
    En partant de ce postulat, Madame Tramell est coupable, et même pire c’est une sorte de Charles Manson.
    Elle a tué ses parents, elle pourrait avoir « forcé » Roxy à tuer ses frères. Dans la même idée, l’assassinat de Gus est commis par Hazel Dobkins. Elle a mis des années à échafauder ce plan machiavélique pour faire tomber Beth (d’ailleurs revoir la scène avec le spy qui explique la personnalité du tueur suivant le plan choisit). Beth la seule personne qu’elle a aimé réellement, qui lui a résisté, et sous laquelle elle est tombé sous le charme au point de la copier. D’ailleurs on ne saura jamais ce qu’il s’est passé à Berkley. Qui a dit la vérité Beth ou Catherine?
    Nick n’est, pour Catherine, qu’un ersatz de beth
    Un théorie capillo-tracté certes, mais défendable non?

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    • Keyvan Sheikhalishahi · juin 9, 2016

      En effet, la suspension d’incrédulité tient dans le film un rôle central, et comme expliqué dans la première partie de mon analyse, elle représente cette route qu’empruntent Nick et Gus pour aller chez Tramell, laquelle représente un passage vers l’irréel, un monde de fantasmes, non réel, une sorte de «suspension d’incrédulité», dans lequel va aller se corrompre Nick… Votre point de vue est intéressant et original, toutefois je ne suis pas certain que Catherine ait tué ses parents ni que Gus soit tué par Hazel Dobkins. Le début de le la relation entre Catherine et Beth, comme vous le précisez, est assez floue, mais pour les raisons évoqués ci-dessus, selon moi, Elizabeth Gardner n’est pas coupable des meurtres à venir. Catherine essaie toujours de trouver un moyen pour « s’en sortir », ici c’est bien l’envoûtement de Nick qui le mène à croire que Beth est coupable, idée créée par Catherine pour se déculpabiliser et Nick, comme étant plutôt faible et voulant à tout prix croire à l’innocence de Catherine, y succombe malheureusement… Et Catherine profite au passage, peut-être, pour se venger d’un quelconque conflit qu’elle aurait pu avoir avec son ancienne rivale…

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  6. Anonyme · Il y a 9 jours

    A mon très humble avis, il y à bien une scène, une réplique et surtout une expression qui trahie Élisabeth GARDNER, quand elle rétorque à Nick, : « je ne suis plus une petite fille Nick, j’encaisse »…
    Elle passe d’un visage très amical à un un regard très haineux, en rentrant dans la voiture !!!
    En ce qui me concerne, c’est le plus beau film de la fin de notre dernier siècle…et je n’ai toujours pas revu quelque chose de semblable depuis, niveau intrigues.
    Un pur Chef d’œuvre….

    Aimé par 1 personne

    • Keyvan Sheikhalishahi · Il y a 8 jours

      Elizabeth Gardner est ambigue et ment beaucoup, c’est certain, mais selon moi, elle reste victime… en effet il n’y a plus riche dans l’écriture des personnages et les relations entre eux, je vous rejoins.

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