Terminator, la séquence du nightclub

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Aujourd’hui, intéressons-nous à l’analyse d’une séquence très riche du premier Terminator. Il s’agit de la séquence la plus importante du film puisqu’elle débouche sur la rencontre entre les trois personnages principaux, d’une dizaine de minutes environ, elle inclut la fameuse scène du nightclub. Dans cette analyse, on mettra notamment en perspective les procédés qu’utilise James Cameron pour établir une montée du suspens et de la peur.

La séquence démarre à 27:00 quand Sarah Connor sort du restaurant. À ce moment, elle se sait en danger, car elle vient d’apprendre par la télévision qu’un tueur de l’annuaire tuait en chaine toutes les Sarah Connor. Les plans dans la rue instaurent d’emblée une atmosphère très inquiétante, peu rassurante. Le travelling arrière, très présent dans le film, ne nous indique pas vers où elle va ni même qui se trouve sur sa route, ce manque d’information établit le suspens. La musique très inquiétante va en ce sens. Le plan rapproché qui resserre le cadrage intensifie l’angoisse car il isole Sarah pour finalement mettre le point sur Kyle, dans le même plan toujours, qui est dévoilé quand Sarah quitte le champ. Durant le travelling arrière suivant, on ne sait donc toujours pas où elle va, mais on sait qui la suit puisqu’on repère Kyle au fond, derrière. Il s’instaure ensuite une sorte de champ-contre-champ car, une fois Sarah retournée, on montre en gros plan Kyle. Sarah a identifié la filature, ce qui établit les tensions entre les deux. Elle entre ensuite dans le nightclub TechNoir et comprend que Kyle semble la suivre. La menace est confirmée. On remarque tout de suite le motif de la grille, présent à la l’accueil, la caisse du nightclub. Puis, une nouvelle grille occupe complètement tout le cadre, avec Sarah derrière, puis devant. Le nightclub crée immédiatement un contraste, une rupture avec la rue, le travelling avant fait notamment contraste avec le travelling arrière, mais ce n’est pas tout. La foule, l’agitation et le bruit, la cacophonie se substituent au caractère calme et tranquille de la rue. Pour Sarah, il s’agit peut-être d’un endroit plus rassurant car il y a du monde, mais c’est paradoxal puisque le nightclub reste un huis-clos, dans lequel il est difficile de s’échapper, et cette agitation peut rendre le lieu oppressant, la musique, les lumières et les flashs contribuant en ce sens.

On remarque également un grand paradoxe entre le lieu dans lequel elle est et ce qu’elle ressent. Alors que les individus du nightclub dansent et s’amusent, Sarah, elle, panique. On la sent perdue au milieu de cette foule, dans laquelle elle est immergée, ce qui crée un désordre chaotique. La police ne répond pas à son appel téléphonique, ce classique fait encore plus monter le suspens et la peur. En quelque sorte, malgré la présence de téléphone et de monde, Sarah est isolée, non aidée, dans un huis-clos oppressant. Elle est entrée dans un piège, et les motifs de grille renvoient là à l’idée de prison – notez également la forme des tables et des chaises sous forme de grillage. Ils rappellent également la structure interne du Terminator. Les individus semblent complètement désintéressés, cette idée sera reprise plus tard d’ailleurs, et Sarah est emprisonnée.

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Le raccord avec la police est intéressant quand même, car même si la police ne répond pas, Cameron choisit de nous la montrer. Le raccord surgit lorsqu’elle raccroche précisément, c’est comme si on voulait nous montrer ce que Sarah souhaitait voir, un agent de police. Mais le raccord est encore plus intéressant puisqu’elle nous réserve une surprise, à savoir l’arrivée soudaine du tueur, le Terminator. Son arrivée fait peur, elle donne l’impression, laquelle n’est pas vraie, qu’il était en fait à l’autre bout du fil, et que, en quelque sorte, alors que Sarah attend la police, c’est bien le Terminator qui viendra la voir à la place de la police. Remarquez d’ailleurs que Sarah, au téléphone, regardait à gauche du cadre, alors que quelques secondes plus tard, le Terminator, dès son arrivée dans le champ, regarde bien à droite, vers elle donc. Le téléphone, figure centrale dans cette séquence, on le verra, symbolise la rencontre. Bien évidemment, cela reste une impression mais qui est assez troublante et qui instaure une forme de liaison entre le tueur et Sarah.

À l’intérieur de la maison, on danse également, c’est une forme de nightclub artisanal, on a ici une analogie avec la situation dans laquelle se trouve Sarah. Le cri de Ginger constitue une première frayeur. La frayeur se transforme en soulagement quand on comprend que le lézard est à la menace du cri, puis se transforme en crainte car, bien évidemment, on comprend que cette première frayeur en annonce une deuxième. La vraie menace est proche. La porte qui coulisse montre d’ailleurs l’arrivée de la menace. Alors que Matt dort, complètement vulnérable, le tueur débarque, et on connait déjà le sort de Matt. Le duel entre les deux permet de montrer la force du Terminator, mais c’est surtout les plans en alternance qui comptent ici. Le fracas du verre n’est pas entendue par Ginger, à cause de la musique, elle aussi est piégée, et ce danger annonce également le sort de Sarah Connor. Ginger danse, piégée dans une cuisine qui remplace le nightclub dans lequel se trouve Sarah. Le fait qu’elle soit seule, qu’elle danse, écoute de la musique, s’amuse et qu’il y a un combat violent à côté crée bien entendu une rupture, une rupture que l’on voit déjà dans le nightclub, à la différence près qu’il n’y a qu’une seule pièce dans le nightclub. L’alternance des scènes donne l’impression qu’il s’agit de deux endroits complètement différents, pourtant les pièces sont l’une à côté de l’autre, c’est donc très troublant. On note également la position de Ginger, de dos par rapport à eux, comme si elle ne voulait pas les voir. Le travelling arrière sur Ginger rend une nouvelle fois une forme d’inquiétude, elle ne sait pas ce qu’elle va retrouver en face. Soudain, le Terminator débarque. La musique horrifique – contrastant avec la musique qu’écoutait Ginger – et le champ-contre-champ entre les deux, ajoutés à l’effet de ralenti, annoncent l’issue fatale. Ginger est abattue et la contre-plongée sur le Terminator souligne son invulnérabilité. Ginger est désormais couchée, sur le sol, démunie, alors que le tueur s’approche doucement mais sûrement derrière elle. L’insert sur les mains ensanglantés insiste bien entendu sur la violence de la scène, et rend le Terminator encore plus cruel et sans pitié quand il tire plusieurs coups sur Ginger très blessée à terre.

Après le meurtre, le téléphone sonne. Le téléphone est une sorte de MacGuffin dans cette séquence, on l’avait déjà montré auparavant dans le film, ce qui rend désormais la sonnerie, la messagerie de Ginger et même la forme de l’appareil bien reconnaissables. On note également l’importance du téléphone par la relation qu’il avait crée, on l’a dit, entre Sarah et le Terminator mais aussi par son nombre : il y a cinq téléphones différents dans cette séquences, à savoir celui de Ginger, de l’ami de Ginger, de Sarah dans le restaurant, du nightclub et de la police. Le tueur se retourne pour viser avec son arme le téléphone. Le téléphone est rendu comme une cible, un objectif, un appareil à abattre. La messagerie, longue en plus, instaure une forme de suspens car on est impatient de savoir qui appelle. L’insert sur l’appareil souligne son rôle clé dans cette séquence, et dès que la voix de Sarah est reconnaissable, le Terminator se retourne. Après l’insert sur l’appareil, on a un plan rapproché sur le Terminator, cette alternance forme une forme de duel entre les deux, l’appareil symbolisant donc la présence de Sarah, la cible à abattre. Au début de la séquence, le téléphone symbolisait indirectement la rencontre entre Sarah et le Terminator et continue ce rôle. Sarah déclenche un duel à distance au téléphone. Toutefois, on choisit de montrer Sarah qui parle, elle parle au tueur sans le savoir, lui donne toutes les informations nécessaires pour la retrouver. On a presque l’impression que le téléphone n’est pas présent et que Sarah, toujours tournée vers lui, est en face du Terminator et que celui-ci est en train de la tuer déjà. En effet, en donnant toutes ces informations, et en connaissant la force du Terminator, on a cette impression que Sarah est en train de se donner la mort, d’entamer une forme de suicide involontaire. C’est bien la technologie, le téléphone, qui entraine la confusion, on a ici un exemple flagrant de la mauvaise utilisation de la technologie, une technologie néfaste qui entraine non seulement confusion mais aussi danger.

Sarah parle littéralement au tueur : « venez me chercher, ne me laissez pas toute seule », on a l’impression qu’elle lui dit : « venez ici, tuez moi ». C’est un appel téléphonique horrible car le spectateur a cette longueur d’avance et sait que Sarah n’est bien évidemment pas au courant de la personne qui se trouve en face d’elle, à l’autre bout du fil, et cette astuce contribue fortement à l’augmentation des tensions et de la peur, la frayeur. On retrouve aussi le contraste entre l’endroit dans lequel se trouve le tueur, calme, silencieux, même si morbide, et le nightclub dans lequel se trouve Sarah, lieu du chaos sonore et visuel. C’est exactement la même situation dans laquelle était Ginger, qui n’entendait rien, ne voulait rien voir, à cause de la musique chaotique qui l’empêchait d’entendre ce qui se passait à côté. Sarah, elle aussi, est dans le piège du nightclub, elle ne peut rien entendre et ne rien voir. Avec le sort de Ginger et le contexte de sa mort, on s’inquiète donc davantage pour le sort de Sarah. En écrasant le baladeur, le Terminator tue le son, la musique, symbolisant ainsi qu’il va venir tuer, écraser Sarah qui se trouve également dans la musique. On remontre ensuit l’insert du téléphone, remplacée aussitôt par l’arme du Terminator, qui occupe désormais plus d’un tiers du cadre. Puis, il se munit de la photo de Sarah, il l’a déjà trouvé, on a une nouvelle fois l’impression qu’elle se trouve en face de lui. Le gros plan sur la photo met en exergue une confrontation entre les deux et rendant Sarah comme une victime, une cible. Cette idée est intensifiée avec la voix du policier calée sur le plan de la photo, « c’est elle », sorte de désignation de la cible. Le dialogue pourra rappeller le « c’est la fille » dans Mulholland Drive de David Lynch, désignant l’actrice qu’il faut choisir. Ici, on insiste que c’est « la bonne » des Sarah Connor.

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Sarah a enfin la police au téléphone, mais cette fois-ci elle est tournée vers la droite, ce qui explicite bien l’impasse de cette solution. Les conseils de la police qui sont exactement ce qu’il ne faut pas faire augmente la frayeur, au conseil « dans un lieu public, il ne peut rien vous y arriver, ne sortez pas », on sourit bien. Mais Sarah suit le conseil et reste dans le piège, alors que le Terminator arrive. D’ailleurs, le Terminator est là, il n’y a presque pas d’ellipse temporelle, car le raccord entre la photo et l’appel de la police insinue que le Terminator est venu pendant le court moment que Sarah était au téléphone avec la police. Il dépasse la grille et entre dans la prison. Le travelling arrière fait augmenter la crainte car on ne voit pas Sarah, la distance entre les deux diminuant progressivement, et surtout symbolise la rencontre à venir que personne ne peut empêcher, même pas le personnel du nightclub neutralisé par le Terminator, que personne ne peut arrêter, déterminé à éliminer sa cible, à l’indifférence de toute la foule, désintéressée par l’arrivée du Terminator, qui est pourtant loin de leur ressembler. Contrairement à lui, Sarah est statique, assise devant une forme de grille, à une table en forme de grille aussi, et le Terminator continue à avancer jusqu’à retrouver sa cible. On le sent beaucoup moins perturbé par la foule, beaucoup moins perdu que Sarah. Le léger ralenti et l’effacement progressif de la musique met en exergue un danger qui s’approche, dans la foule apparaît le Terminator, mais Sarah fait tomber un objet, elle le ramasse, ce petit temps accroit le suspens et retarde de quelques secondes la rencontre. Un très beau gros plan sur Sarah et son regard démuni, apeuré s’enchaine, on pourrait penser qu’elle s’inquiète du profil du Terminator, mais à la grande surprise de tous, c’est le suiveur qu’elle regarde, Kyle. Elle se trompe en l’associant à la menace, et cette nouvelle confusion ne fait qu’empirer les choses. Ils se regardent vraiment pour la première fois, et Sarah a peur. Quant au Terminator, il se retourne et avance vers la cible, se glissant dans la foule, une nouvelle fois à l’indifférence de tous les individus du nightclub. Un duel à trois débute. La forme de champ-contre-champ, l’alternance des points de vue ainsi que la musique, le ralenti contribuent à la montée de l’angoisse. Toutefois, le champ-contre-champ ici est insolite puisque le point de vue de Sarah est trompeur car elle n’a pas encore repéré le Terminator, mais on le montre toutefois avec « son » point de vue, ce qui augmente l’angoisse à son paroxysme.

Dans le plan avec Kyle, ce n’est pas Sarah que l’on voit mais bien le Terminator. Kyle se retourne et sort son fusil, quand le Terminator sort son arme pour tuer Sarah. La musique s’est complètement effacée pour laisser place à une musique contribuant à l’atmosphère angoissante et oppressante de la situation. Un plan furtif montre Kyle qui essaie de se rapprocher, puis un nouveau plan plus long sur le Terminator et enfin un plan de nouveau furtif sur Kyle. Dans le cadre apparait le viseur de l’arme du Terminator. Pendant tous ces plans, on ne montre pas Sarah car elle est déjà considérée comme morte, le tueur étant trop fort et trop puissant, tuant toutes les personnes qu’il désire abattre. Le seul enjeu reste à savoir si Kyle réussira ou non à la sauver, l’enjeu se porte donc sur l’action de Kyle, et non de Sarah. Le gros plan sur Sarah est explicite puisque apparaît le viseur sur son front, symbolisant le fait qu’elle est déjà morte. Le plan suivant avec le Terminator et le flash rouge est fort intéressant. La lumière rouge nous aveugle, c’est un plan très signifiant qui montre que le tueur nous aveugle aussi et veut nous tuer nous, spectateurs. On est là vraiment à la place de Sarah, et finalement Sarah représente tout spectateur lambda. Chaque personne, dans sa situation, rentrerait dans un lieu avec du monde, appellerait la police puis une amie, c’est une réaction tout à fait normale et naturelle que tout le monde aurait eu. Sarah est donc un personnage auquel on peut s’identifier très facilement, on la comprend facilement. Mais, même si on en savait plus qu’elle, on est resté avec elle dans le nightclub, elle nous a entrainé avec elle dans le piège, et comme on reste spectateur, il nous est impossible de l’aider.

S’enchaînent ensuite une multitude de plans flashs : un plan flash de Kyle qui tire, un plan du Terminator blessé, un plan de Sarah tombant à terre, un plan de Kyle qui tire, un plan du Terminator qui se blesse prêt à attaquer, un plan de Kyle qui tire une nouvelle fois et qui se termine d’ailleurs par un flash comme raccord, un plan du Terminator, de Kyle, de Terminator mais cette fois-ci plus rapproché, de Sarah sur le sol, de Kyle, du Terminator qui tombe puis trois plans sur le chaos crée et les individus qui courent pour fuir – symbolisé ici par G pour « général ». On a donc le schéma suivant :

K T S K T K T K T S K T G G G

Dans ce schéma, on remarque plusieurs points. Tout d’abord, Kyle est au début, le Terminator à la toute fin, si on ne prend pas en compte les trois derniers plans sur le désordre généré. Le schéma nous laisse entendre donc que Kyle va réussir à abattre le Terminator, ce qui se réalise, puisque le Terminator va se retrouver à terre. Remarquez également que les plans flashs de Sarah viennent toujours après des plans flashs du Terminator, pour indiquer qu’elle est toujours la cible à abattre du Terminator. Les plans flashs de Sarah viennent aussi avant ceux de Kyle, ce qui montre que c’est bien lui qui la sauve de l’attaque du tueur.

L’insert sur la main du tueur qui bouge montre bien que la menace est toujours présente. Et le gros plan sur le visage indique que le Terminator est vivant. Le nouveau plan, filmé de plus loin, montre qu’il se lève. Le Terminator est montré comme une machine par ce cercle vicieux, cette spirale infernale. Si on précise les plans sur le Terminator, on remarque en effet cela : d’abord plan taille puis plan rapproché de plus en plus puis insert (ce plan marque le centre du schéma) puis on a un renversement de situation avec un gros plan sur le visage, un plan taille et plan pied. On remarque là quelque chose de fascinant, on revient exactement comme avant, quand le Terminator était vivant, ce schéma sous forme de symétrie instaure donc une forme de spiralisation qui met en exergue son invincibilité, indiquant d’une manière plus claire que rien ne peut l’abattre ou le neutraliser car il revient comme il était avant.

Sarah se lève et s’enfuit, son plan est isolé, piégé entre deux plans du Terminator : la situation est donc même pire qu’avant l’abattage du Terminator, elle s’est aggravée puisque le Terminator encercle le plan de Sarah, ce qui n’était jamais le cas avant. Le Terminator se lève également, la spiralisation continue, il s’agit-là d’une symétrie parfaite : il tombe, il se relève, même s’il a reçu cinq balles. On a ensuite un nouveau plan flash sur Kyle puis sur le Terminator, ce qui aboutit à un nouveau schéma : TTT S T K T. La contre-plongée sur le Terminator montre sa force, son invincibilité, agacée, il massacre tout le monde et détruit tout le décor. On a de nouveau des plans flashs montrant le chaos pour revenir ensuite sur lui qui continue à massacrer puis de nouveau sur le chaos généré.

On a ensuite un plan flash sur le Terminator, puis sur Kyle, puis le Terminator, Kyle, le Terminator, Kyle sans le voir, plan moins court sur le Terminator qui domine la situation, gros plan sur le Terminator, Sarah qui est repérée par le Terminator, le Terminator, autre point de vue sur le Terminator qui tire cette fois-ci vers Sarah donc aussi vers le spectateur, Sarah qui court, Sarah, le Terminator, Kyle qui saute, le Terminator, Kyle, le Terminator, Kyle, le Terminator qui tire dans tous les sens, Kyle pris au piège ne tire plus, plan moins court sur le Terminator avec un travelling arrière qui le montre davantage sauvage et fou, Sarah piégée sur le sol, immobile, un travelling arrière avec le Terminator qui avance vers elle, vers nous aussi, Sarah toujours piégée, le Terminator qui avance toujours et s’approche de plus en plus d’elle, Sarah, Sarah et le Terminator ensemble dans le même plan, donc très proches avec un danger imminent. le chargement de l’arme donne un court temps de répit à Sarah et accroit le suspens, lequel es intensifié par l’atmosphère vaporeuse du club, le décor très techno et des lumières qui s’allument et s’éteignent créant une atmosphère très floue. On a ensuite un nouveau plan avec cette fois-ci Kyle et le Terminator ensemble, ce qui marque un pivot, un changement du duel : Sarah contre le Terminator devient maintenant Kyle contre le Terminator, puis un plan flash sur le Terminator, Kyle, les deux ensemble confirmant le duel, le Terminator blessé, Kyle, le Terminator, Kyle qui prend la place du Terminator avec un travelling arrière, puis trois plans sur le Terminator qui tombe dehors. Enfin, les deux derniers plans sont les plans les plus attendus, ce sont les plans KS – notez les initiales très intéressantes -, c’est-à-dire que Kyle et Sarah sont enfin ensemble dans le même plan. On retrouve ainsi ce schéma :

T K T K T « K » T T S T T S S T K T K T K T K T S T S T S ST KT T K KT T K T K T T T KS KS

Notons immédiatement que, comme dans les schémas précédents, les plans flashs de Sarah sont encerclés par les plans flashs du Terminator. Puis, on note également l’inversion par rapport à tout à l’heure, si on avait trois plans sur le Terminator quand il se relevait, on a maintenant trois plans sur lui pour tomber, ce qui confirme a priori la réussite de Kyle. On a là une utilisation très intelligente de la symétrie, car on en avait instauré déjà une qui a priori était terminée (on se rapprochait de plus en plus du Terminator en échelle de plan pour finalement s’en éloigner), mais il se trouve qu’elle est répétée avec une deuxième symétrie : trois plans pour le lever, trois pour la chute. Notez également que la première partie de la deuxième symétrie se trouve dans le première symétrie, les deux symétries étant confondues.

L’utilisation de la symétrie dans la séquence est vraiment très intelligente, si avec la première symétrie on montrait que le Terminator était invincible, avec la deuxième on montre que Kyle a réussi à mettre à terre le Terminator. Toutefois, le Terminator est invincible, les deux prochains plans montrent bien qu’il se relève. On voit bien dans le deuxième plan l’apparition de son visage qui montre qu’il est toujours vivant et prêt à attaquer sa cible. Le plan qui suit montre Kyle avec Sarah, Sarah n’en revenant pas de ce qu’elle voit. Enfin, on retrouve comme toujours un troisième plan qui montre la fin du lever du Terminator, sauf que cette fois-ci, Kyle est avec Sarah. Désormais, ils sont ensemble, deux, contre un. Le Terminator les pourchasse, toujours en travelling arrière et en contre-plongée pour souligner son invincibilité, sa puissance, sa force. On a ensuite un plan rapproché sur le Terminator puis un plan subjectif sur Kyle et Sarah, lequel représente la vision du Terminator. On nous impose en quelque sorte de voir à sa place, de le remplacer. La technologie nous contraint à une vision horrifiée et à viser Kyle et Sarah contre notre gré. Le spectateur est manipulé et pourchasse avec le Terminator Kyle et Sarah, en résulte un effet très troublant. Pire encore, cette vision est zoomée avec un deuxième plan pour insister sur cette effet troublant. Et comme le Terminator est associé à trois plans, on a là aussi un troisième plan successif. Le rapprochement avec le zoom n’est bien entendu pas un raccord avec la vitesse de déplacement du Terminator, ce qui lui donne un pouvoir surhumain, il s’agit-là d’un rapprochement irréel avec Kyle et Sarah, possible seulement avec la technologie, le zoom lui permet de donner un pouvoir, comme s’il pouvait les viser. La technologie lui donne l’avantage de « mieux voir » puisque l’oeil humain est incapable de procéder à un tel zoom, il est donc supérieur. Même s’il est très loin, c’est comme s’il était tout près d’eux – on retrouve cette idée avec le téléphone chez Ginger, quand il était au téléphone avec Sarah, le Terminator donnait l’impression qu’il était tout près de Sarah, en face d’elle quasiment, alors qu’il était bien éloigné.

On retrouve donc le schéma suivant :

TT KS T KS T KS KS T KS KS T KS T KS T KS (SUB) KS (SUB) KS (SUB) KS T KS (SUB) T

KS DECOR T KS DECOR KS K KS T KS T T KS T T S T KS T KS T KS T KS T

POLICE VOITURE (KST) VOITURE (KST) VOITURE (KST) T VOITURE (KS)  VOITURE (KS)

VOITURE (KS) P P P T P  TP T T

Lorsque Kyle tire pour créer l’explosion, on constate le choix de l’isoler dans un plan tout seul – K entre deux plans KS, l’isolement montre une nouvelle fois que c’est bien lui le héros, lui qui sauve le duo face au Terminator. Puis, une nouvelle fois, un plan subjectif de Sarah montre le Terminator face à nous, en s’accrochant à la voiture, il s’accroche à nous et nous donne un coup de poing. Le coup de poing est soulignée avec un effet très pointu de ralenti. Entre les deux plans de T, on a une nouvelle fois un gros plan de Sarah seule – même si Kyle est très légèrement visible au fond dans la voiture -, une nouvelle fois prise au piège. Il s’agit-là d’une nouvelle tentative du Terminator pour tuer Sarah, à chaque fois, Sarah est isolé. Le Terminator, accroché à la voiture, résiste non seulement à la vitesse mais aussi au feu, le nouveau plan avec Kyle et Sarah, cette fois-ci avec Kyle vraiment présent dans le cadre, montre bien qu’il essaie de maitriser la situation. Toutefois, le nouveau plan flash sur le Terminator montre que le système des plans flash recommence. Il agrippe Sarah de sa main, elle est en danger, en train de sortir de la voiture, puis enfin, après trois plans sur la voiture, le Terminator tombe. On a ensuite trois plans avec la police, dont le deuxième plan qui montre la menace à venir du Terminator vis-à-vis du policier. Le Terminator se relève, cette fois-ci avec un seul pour plan pour souligner son énervement, sa furiosité, il n’y a plus de plan flash mais un seul plan long. Mais on aura quand même et finalement trois plans lorsque le Terminator volera la voiture et sera de nouveau en marche, et, une nouvelle fois, il prend la place de la police. Pour l’instant, Kyle et Sarah sont sauvés, toutefois le Terminator les prend en chasse et s’enchaine ensuite une nouvelle course-poursuite, mais nous, nous nous arrêtons là.

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Dans cette analyse, nous avons étudié beaucoup d’éléments et il n’est pas possible de tout résumer en quelques lignes. La multitude des points analysées nous permet de comprendre non seulement comment on réussit à créer une peur, une frayeur et le suspens mais aussi comment on peut conserver ce suspens sans perdre en intensité. Cette création se fait grâce à tous les codes du cinéma, tous utilisés intégralement dans cette séquence : les plans, les décors, les accessoires, le montage avec des symétries, la musique, les effets de ralenti, le cadre signifiant, les différents points de vue et bien entendu la mise en scène. On comprend davantage aussi comment est fabriqué le Terminator grâce à la spiralisation et on relève une pensée sur le rôle de la société indifférente à son futur, de la technologie et du spectateur, lequel participe véritablement dans le film.

Ci-dessous, un extrait de la séquence :

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