House by the river

house-by-the-river-one.jpg

Fritz Lang nous séduit avec House by the river, un film distribué très tardivement en France mais qu’il faut découvrir à tout prix. On suit dans ce film un personnage tourmenté qui a commis un acte fatal et qui essaie de dissimuler son crime en manipulant les uns et les autres. Le film de Lang développe beaucoup de thèmes intéressants qui rendent l’ensemble assez riche.

Stephen Byrne est un homme tourmenté, dangereux, voire même complètement fou. Pourtant, ce n’est pas du tout comme cela qu’il est présenté dès le début du film, on lui donne même l’apparence contraire. Stephen est présenté comme un auteur qui écrit des romans, un écrivain raté qui habite une maison bourgeoise. Il vit constamment le même quotidien, chaque roman lui est retourné. On observe qu’il a des valeurs, des principes. Il répond d’ailleurs à la voisine Mme Ambrose dans la scène d’ouverture que ce n’est pas le fleuve qui est sale mais que la saleté vient bien des hommes. Il sauve le scarabée qui se trouve sur son manuscrit avec un geste très tendre et attentionné. Finalement, Stephen s’ennuie beaucoup et il est véritablement en manque de fiction, il lui manque une bonne histoire qui soit palpitante. D’ailleurs, d’entrée de jeu, la voisine lui conseiller d’y mettre du piment dans ses romans.

house-by-the-river-1950-02-g.jpg

Dès l’arrivée d’Emily, la domestique, on comprend que Stephen est en réalité un homme pervers qui cache des pulsions. La fenêtre de la salle de bain allumée devient rapidement un objet du désir, Stephen va perdre le contrôle à cause de son instabilité psychologique. Lorsqu’il revient à son manuscrit, toujours dans la scène d’ouverture, un plan très explicite indique son obsession, il s’agit d’un insert montrant la fenêtre de la salle de bain, sans raccord, comme un flash qui l’obsèderait. L’obsession est montrée également par l’écoulement de l’eau et transforme Stephen en assassin, devenant meurtrier sur un malentendu. Le meurtre est commis à cause d’une illusion visuelle et sonore, d’une incompréhension, d’une confusion, d’un trouble en quelque sorte, puisque Stephen pense que Mme Ambrose a entendu les cris d’Emily, donc la sert plus fort, mais il n’en est rien. Progressivement, Stephen va corrompre tout son entourage, ses obsessions vont contaminer toute son entourage : Emily bien entendu en premier mais aussi son frère John, la domestique de son frère Mme Bantam et son épouse Marjorie.

house-by-the-river-1950-03-g.jpg

La scène d’ouverture est donc annonciatrice de la suite. On repère d’ailleurs le cadavre de la bête qui revient à cause de la marée ainsi que les eaux troubles de la rivière. Les obsessions et la transformation de Stephen en meurtrier déclenchent une descente aux enfers progressive. Le personnage se transforme et sombre de plus en plus dans la folie. Ce changement est notamment symbolisé par la transformation du titre de son nouveau roman, The River devenant Death on the river. Le livre lui mène à la perte, symbolisant ainsi que sa transformation lui est fatale. Il ne fait d’ailleurs plus lire ses scénarios à son frère et son épouse, ment à son frère, puis est content que son frère prenne sa place, celle du coupable, puis la propagation des mensonges et des rumeurs est intensifiée par Mme Bantam. Stephen est également prêt à mettre en danger, et même tuer, son frère ainsi que son épouse. Il l’a bien compris, tuer peut régler bon nombre de problèmes, et son excès de confiance fait qu’il pense qu’il est invincible et supérieur aux autres, d’une certaine façon, notamment de la police. Il n’a aucune morale puisque son frère l’a beaucoup aidé dans le passé, John se positionne comme un double positif qui a des valeurs et des principes contrairement à Stephen. Aussi, non seulement il détruit et salit l’image d’Emily ensuite, qu’il annonce comme voleuse mais l’utilise pour se faire connaître, pour avoir un coup de publicité pour avoir plus de notoriété, dans une volonté de rendre le meurtre utile.

arton1329-980x0.jpg

Fritz Lang crée une atmosphère poisseuse, marquée par la chaleur et un univers cauchemardesque. Les bayous sont composés d’eaux troubles, d’algues, de nature sauvage, de saleté qui contamine les eaux. La rivière et les marées forment un environnement humide, lequel est associé à des vents nocturnes violents qui rendent les rideaux flottants. On a là une atmosphère gotique, fantomatique, peu rassurante. Les eaux troubles symbolisent la confusion, un des thèmes principaux du film, qui représente la pensée intérieure de Stephen, qui est lui-même confus avec son esprit torturé. On confond le cadavre d’Emily avec les autres saletés de la rivière, comme des troncs d’arbre. La confusion envahit également la maison, puisque Stephen confond les ombres d’Emily et de Marjorie dans l’escalier. Cette atmosphère oppressante est notamment due à une magnifique photographie très contrastée d’Edward Cronjager, qui signe ici un travail magistral, House by the river se classant sûrement parmi les plus beaux films en noir et blanc. Les acteurs sont tous très bons, Louis Hayward est exceptionnel dans le rôle de Stephen, bien entendu la réalisation de Fritz Lanz est parfaite, et n’oublions pas la musique, qui bénéficie d’un très bon thème principal et de différentes pistes très réussies.

House-by-the-River-Cinematography.png

Peu connu, House by the river bénéficie toutefois d’une réalisation virtuose, d’un récit ingénieux et qui explore bien la psychologie de ses personnages, d’une atmosphère oppressante et d’acteurs tous formidables. Un des meilleurs films noirs de la période, sans doute.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s