Jamais plus jamais

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En 1983, Kevin McClory lance un James Bond non officiel, remake d’Opération Tonnerre, qui marque le retour pour la deuxième fois de Sean Connery dans le rôle titre mais aussi une concurrence inédite, Octopussy sortant la même année, donc une « guerre des Bond ». Ici, et contrairement à ailleurs, on ne fera pas de comparaison entre le remake et l’original, celle-ci risquant d’être inutile, non productive.

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James Bond a vieilli, jugé en mauvaise forme, il suit sur la demande de son supérieur une cure dans une clinique privée. Bond y croise la route d’un certain Jack Petachi qui le conduit au SPECTRE, une organisation criminelle qui a dérobé deux ogives nucléaires à l’US Air Force. Bond tente alors d’approcher sa soeur, Domino, également la petite-amie du commanditaire du vol, Maximilian Largo, afin de la convaincre de l’aider.

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Si le scénario de Jamais plus jamais est décevant avec un véritable manque d’intérêt, c’est bien parce que l’intérêt principal est de retrouver Sean Connery dans le rôle de James Bond. Toutefois, malgré ce plaisir, on regrette l’absence d’une réflexion sur le personnage, ce qui rend le film en quelque sorte assez plat. Le début est prometteur en présentant un Bond vieillissant et fatigué, plus faible que ses adversaires. L’idée de la remise en forme imposée à Bond est très intéressante. Mais, le scénario ne traite plus ces problématiques par la suite. L’interprétation de Sean Connery et la réalisation laissent penser que Bond semble être un peu hors de son temps dans cet opus, et c’est dommage que cette piste n’est pas exploitée par le scénario, un peu comme dans GoldenEye plus tard. On aurait donc voulu une étude psychologique bien plus approfondie concernant l’homme, l’espion, et non pas seulement une enquête, laquelle manque en plus vivement d’intérêt. Sinon, le scénario présente d’autres personnages qui sont fascinants, une trame divertissante que l’on suit sans soucis, mais qui sombre avec un final désastreux.

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Le budget de Jamais plus jamais est légèrement plus élevé qu’Octopussy. Pourtant, et c’est paradoxal, on a l’impression que c’est bien l’inverse. En effet, il y a beaucoup moins d’ambitions, concernant la complexité du récit, la présence et la prouesse des cascades et des scènes d’action globalement. Aussi, l’esthétique que présente Jamais plus jamais est bien moins travaillée, John Glen étant réputé pour soigner ses films et leur donner une véritable atmosphère. On peut donc avoir cette impression, sûrement vraie, qu’une grande partie du budget a été consacrée pour l’interprétation du film. Mais, s’il n’y a pas de véritable atmosphère dans ce film, plusieurs éléments créent une « ambiance » décontractée assez appréciable. On y découvre un Bond totalement différent, ce qui est toujours intéressant. On suit Bond dans son quotidien. On le voit se balader tranquillement dans des couloirs d’une clinique, profiter de massages, proposer une dégustation de foie gras, faire du sport puis partir aux Bahamas, partir en mer avec une, finalement deux, jolies femmes, faire de la plongée, porter une affreuse salopette bleue, être à l’hôtel. Finalement, ce sont des éléments très banals que tout un chacun pourrait faire. On le suit ensuite voyager dans le sud de la France, toujours dans son quotidien. Bond est en vacances, il se rend à sa villa, profite de la vue, regarde la mer, une jolie fille danser sur un yacht, il intègre ensuite un club pour y masser une femme, va au casino, joue, danse et on le retrouvera plus tard faire du vélo en tenue de sport. Tous ces éléments du quotidien rendent une approche réaliste et naturelle, très intéressante, qui fait tout le charme du film. L’absence de la musique bondienne, du générique et du gunbarrel, sans oublier l’habituelle équipe du MI6, contribuent à l’approche réaliste qui est véritablement appréciable, même si, évidemment, Bond perd de sa véritable identité. On a donc ici une approche documentaire, insiste par des mouvements de caméra qui vont en ce sens ainsi qu’une photographie plate mais qui donc ne créée malheureusement pas de véritable atmosphère.

La réalisation d’Irvin Kershner est intéressante, bénéficiant aussi d’un bon montage, contribuant à cette approche documentaire. Mais elle ne rend jamais le film palpitant, captivant et ne présente pas d’inventivité. L’équipe n’a pas saisi l’origine de Bond, d’où il vient, pour en faire un personnage riche, et les éléments figuratifs habituels – course poursuite, gadgets, casino – ne suffisent pas. Il n’y a donc pas de création de suspens ni de tensions tout au long du film, à aucun moment, sauf peut-être lors de la courte confrontation entre Bond et Fatima Blush ou lors du jeu au casino, mais celui-ci étant sans véritable enjeu dans la mesure où on devine d’emblée l’issue, on ne peut parler de tensions à proprement parler, même s’il a le mérite de proposer une variation par rapport à toutes les autres scènes de casino dans la saga. Si l’action est globalement maîtrisée durant tout le film, la bataille finale est catastrophique et la fin n’est pas du tout à la heuteur, ratée. On aura aussi quelques effets kitschs peu appréciables, comme les missiles numériques, le saut de Bond et Domino – et d’un cheval – en pleine mer, l’apparition d’un sous-marin et les propulseurs aériens à la fin. Mais, la course-poursuite principale est réussie, certes pas à la hauteur d’un Bond, n’égalisant pas du tout celle d’Octopussy ou des autres opus, mais elle reste réussie et s’inscrit dans l’approche réaliste. La scène d’ouverture est très réussie, accompagnée de la superbe chanson de Lani Hall, très originale, inventive et très mélodique, avec un rebondissement intéressant. Néanmoins, comme on l’a dit, on ne regarde pas Jamais plus jamais pour l’action à proprement parler, mais véritablement pour avoir le plaisir de pouvoir suivre Bond dans son quotidien, grâce au style documentaire.

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La musique de Michel Legrand déçoit quelque peu. Le thème principal d’action qu’il propose a assez mal vieilli et n’est pas très convaincant. Globalement, sa musique pour les scènes d’action ne convient pas et on regrette le manque d’inventivité, de véritable création d’une atmosphère musicale. Toutefois, et c’est paradoxal, le thème qu’il crée pour Domino est magistral. C’est dans sa simplicité que Legrand réussit à créer de l’émotion. Le thème retranscrit, musicalement parlant, merveilleusement bien cette approche du quotidien, ce côté naturel et réaliste. Aussi, la musique lors de la scène du tango est magistrale et celle utilisée pour les cours de danse de Domino très intéressante.

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Pour son deuxième retour, Sean Connery est très bon. Jamais plus jamais est peut-être l’opus où il est le plus charismatique. Il dégage une prestance incroyable et c’est un plaisir de le retrouver. L’équipe technique étant quelque peu laborieuse et le scénario changeant au cours même du tournage, il est intéressant de soulever que Sean Connery porte non seulement le film grâce à son travail devant la caméra mais aussi derrière, techniquement. Il a fait face à une énorme perte de temps, un problème de communication interne grave, pour sauver le film. Klaus Maria Brandauer est magistral, il est sûrement le meilleur élément du film. Il incarne un méchant épatant, notez son charme exotique ensorcelant et son sourire sadiquement ambigu, notez ses magnifiques dialogues, ses petites moqueries à l’égard des autres, ses tics. Sa personnalité est très intéressante, formidable : il aime le risque, le défi, jouer avec les autres et les manipuler. Sa performance incroyable rend le film encore plus attachant. Il incarne avec brio la volonté d’avoir le pouvoir, d’être supérieur par rapport aux autres, de les posséder et il se révèle magistral lors de sa perte de contrôle dans son yacht, une scène rendue incroyable.

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Kim Basinger est épatante et rend une composition intéressante, jouant à merveille la jeunesse naïve et le désenchantement, notez sa superbe réaction suite à la révélation de Bond lors de la danse, puis sa méfiance envers Largo mais sans jamais l’alarmer qu’elle sait désormais qu’il a tué son frère. Face à elle, Barbara Carrera rend enfin le film palpitant, son personnage fou et déjanté préfigure la folie et le sadisme de Xenia Onatopp, mais quitte le film malheureusement un peu tôt. On note également une participation très intéressante de Rowan Atkinson, déjà un peu décalé. Quant à Max Von Sydow, il incarne un Ernst Stavro Blofeld figuratif, pas du tout exploité et ne représentant aucun intérêt, si ce n’est qu’il enlève un peu le pouvoir de Largo, ce qui n’est pas forcément bénéfique pour le film.

Malgré la faiblesse du scénario et une réalisation assez plate, Jamais plus jamais réussit à proposer une approche nouvelle pour découvrir un James Bond. Mais surtout, c’est bien l’interprétation par quatre acteurs formidables qui rend le film savoureux à voir.

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