Tuer n’est pas jouer

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Premier opus avec Timothy Dalton, Tuer n’est pas jouer marque une rupture avec les précédents James Bond avec Roger Moore dans le rôle titre, toutefois une rupture qui reste moins marquée par celle du très noir et terrifiant Permis de tuer. Ce que cherche avant tout Tuer n’est pas jouer, c’est de poser de nouveaux jalons et atteindre un équilibre parfait, créer le film parfait avec peut-être, l’acteur parfait.

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James Bond est appelé pour aider un officier soviétique, le général Georgi Koskov, à traverser le Rideau de Fer afin qu’il passe à l’Ouest. Mais il découvre que celui-ci a été retrouvé et kidnappé. L’enquête le mène sur les traces de la violoncelliste Kara et il comprend qu’elle est plongée dans une machination et qu’il est lui-même trahi par Koskov afin de fournir en armes l’URSS grâce à un trafic d’opium.

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 Le scénario de Tuer n’est pas jouer est un véritable atout qui compte véritablement pour la réussite du film. Bénéficiant de deux parties comme la grande majorité des James Bond, le récit possède une première partie froide et une seconde plus chaude, ce qui est la trame la plus classique des James Bond. On voit donc, d’un point de vue global, que la rupture n’est pas très marquée. Mais c’est bien dans le contenu qu’il y a rupture avec l’extravagance de certains James Bond avec Roger Moore. Le scénario accentue la crédibilité de l’histoire et celle des personnages, le film s’annonce plus grave avec beaucoup moins de fantaisies. Le scénario est complexe puisqu’il instaure une machination assez complexe, bien que claire, non confuse heureusement. Ce qui est ingénieux est que la première partie du film est très liée à la deuxième, avec une transition très douce à Vienne, ce qui forme un film dans l’ensemble très cohérent, s’opposant à la rupture très brutale d’Octopussy entre ses deux parties. Le récit possède également des idées intéressantes, comme le faux meurtre de Pushkin. Les méchants sont intéressants mais ne restent pas pour autant mémorables, dans l’ensemble ils déçoivent et on ne peut oublier le duo magistral que formaient Christopher Walken et Grace Jones dans Dangereusement vôtre. Georgi Koskov est intéressant mais il n’est pas exceptionnel pour autant. De même pour Brad Whitaker qui est finalement peu essentiel et alourdit le film. Toutefois, Necros forme un superbe homme de main, excellent tueur joué par Andreas Wisniewski, qui combattra Bond dans un des meilleurs duels de la saga en plein air, similaire mais bien meilleur que le duel final aérien d’Octopussy. La James Bond Girl est assez décevante, la naïve, gamine, capricieuse, agaçante Kara Milovy est loin d’être la meilleure. Mais on retiendra avec intérêt chez elle son côté pudique très intéressant, son manque d’érotisme qui est original, son côté finalement très « victime manipulée ». Mais elle reste un personnage peu profond et intense. L’autre point négatif du film est d’ailleurs l’épilogue final avec elle, caricatural et machinal.

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Le retour du réalisme

Ce que propose donc, avec intelligence, le scénario de Tuer n’est pas jouer, c’est le retour du réalisme, en témoignent plusieurs éléments, quatre au total. Tout d’abord, on l’a vu, les méchants et les enjeux. Déjà, ils sont tous « normaux », s’éloignant d’un Stromberg ou d’un Max Zorin. L’histoire met en jeu un trafic d’armes, le financement des conflits avec un dernier acte très militaire sur le terrain, elle est donc très dangereuse, sérieuse, grave. Finalement l’histoire est très « réelle » avec des enjeux quasi historiques qu’aurait pu mettre en scène un thriller politique sombre. La menace est donc loin d’être extravagante, au contraire elle est très concrète, très réelle, avec un James Bond plus que jamais sur le terrain. Il mène une véritable enquête en première partie, complexe avec des ramifications, voire même sinueuse. Le film montre même des éléments anodins du quotidien : un parc d’attraction, un café, une campagne anglaise bourgeoise, James Bond prend une commande de chez Harrods, se promène en voiture dans les rues de Tanger. Ce sont des éléments très peu bondiens qui relèvent l’aspect très réel de cet opus. Et puis il faut dire que Tuer n’est pas jouer est le James Bond des erreurs. Le MI6 est gravement attaqué, infiltré par un tueur professionnel qui kidnappe Koskov et tue plusieurs agents de sécurité. On relève donc une erreur de faille de sécurité. Bond est trahi, manipulé par Koskov, se faisant avoir au tout début du film. Dans une autre mesure, Bond est kidnappé et se fait prisonnier par Koskov. Enfin, quatrième et dernier point,  après les enjeux, la présence du quotidien et des erreurs, Bond n’est pas toujours placé au centre dans ce film, ce qui bien évidemment accentue ce côté réel. On relèvera l’exemple de cette véritable scène de combat entre Necros et cet agent de sécurité au début du film, assez longue et complexe, digne d’un duel avec James Bond, marquant une véritable nouveauté.

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À la recherche de l’équilibre

Il s’agit du meilleur équilibre dans la saga. Tuer n’est pas jouer est un opus sobre, il ne recherche pas la folie des missions de Sean Connery comme On ne vit que deux fois ou l’exotisme très touristique de certains Roger Moore comme L’espion qui m’aimait. Cela n’empêche pas de voyager ni d’avoir des cascades épatantes dans le film, lequel bénéficie véritablement d’une justesse de ton très brillante. La réalisation de John Glen est très élégante. Certes le film présente une multiplication des lieux : Gibraltar, Royaume-Uni, Bratislava, Vienne, Tanger, Afghanistan, mais l’ensemble reste très cohérent. Les scènes d’action sont très bien maitrisées avec un final très explosif dans un champ de guerre, faisant rappel aux films avec Stallone et Schwarzenegger, on pense bien évidemment aux Rambo ainsi qu’une des meilleures course-poursuite en voiture avec le retour de l’élégante Aston Martin. La musique de John Barry est très brillante et joue avec intelligence sur les variations du thème. L’ensemble musical est magnifique et très cohérent. La puissance musicale apporte énormément au film, et Barry s’inspire de ce qu’il a fait de mieux, c’est-à-dire des musiques d’Au service secret de sa majesté, d’Octopussy et de Dangereusement vôtre pour créer un travail magistral. Notons aussi la chanson très fatale des Pretenders qu’écoute Necros, magnifique et très rythmé Where has everybody gone. James Bond est un professionnel, un tueur professionnel. Il est intéressant de noter qu’il y a un motif qui se répète souvent dans ce film, devenant récurrent, tout ce qui se rapproche à l’esthétique de l’arme à feu, soit l’impact d’une balle, la cible à abattre, le fait de viser. L’omniprésence de l’arme à feu et de tout ce qui se rapproche de l’arme à feu rend le film encore plus grave et sérieux. Ce ne sont pas tant les explosions qui comptent dans ce film, même s’il y en a, mais les morts qui s’enchainent, tués par balle. Notez d’ailleurs l’impact de balle inscrit dans le bras de Kara tout au long du film. Ces motifs sont présents dès le début du film jusqu’à un des derniers plans dans l’épilogue.

Dalton, le James Bond le plus grave, le plus humain

Objectivement, et même s’ils sont tous différents et ont apporté leur personnalité au rôle et qu’il n’est pas productif de faire une hiérarchie entre eux, Timothy Dalton est le meilleur James Bond. Le scénario d’abord écrit pour Pierce Brosnan, qui a dû refuser à cause de Remington Steele, a été réécrit pour Timothy Dalton. Et puis, Dalton a le mérite, contrairement à d’autres, de faire de nombreuses cascades lui-même. Il est ancré dans le réalisme et joue un personnage paradoxal à double facette. D’un côté, c’est un tueur professionnel froid, grave, sombre, noir, assez instinctif notamment lorsqu’il saute par-dessus une rambarde et menace une mère et son enfant, d’un côté il s’agit finalement d’un homme comme les autres qui prend une commande chez Harrods et se révèle être un homme fragile parfois quand il fait des erreurs, torturé par moments, mais avant tout touchant, notamment lorsqu’il prend Kara dans ses bras, faisant quelques sourires délicats et attentionnés, respectueux lorsqu’il indique qu’il souhaite une suite avec deux chambres à l’hôtel à Vienne ou lorsqu’il aide les Moudjahidines à fuir. C’est cette facette d’homme finalement sentimental au premier sens du terme qu’il perdra dans le prochain opus pour retrouver une noirceur totale. Timothy Dalton fait preuve d’une intériorisation exceptionnelle du rôle.

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Quant aux autres acteurs, Jeroen Krabbé est très convaincant dans le rôle de Georgi Koskov, tout comme Joe Don Baker. On notera surtout un très solide Andreas Wisniewski. Maryam d’Abo est décevante, mais comme dit, l’écriture de son personnage ne l’aide vraiment pas. John Rhys-Davies compose un Pushkin très touchant. Caroline Bliss propose une Moneypenny très moderne et actuelle, même si elle ne restera pas dans les mémoires. Quant à Desmond Llewelyn et Robert Brown, il est toujours bon de les retrouver. John Terry dans le rôle de Felix Leiter est assez effacé mais il sera meilleur à la fin. Art Malik propose une prestation très sobre et réussie. Dans des rôles moins présents, Thomas Wheatley et Bill Weston sont incroyables.

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Tuer n’est pas jouer dispose d’une puissance narrative, visuelle et sonore qui fait de lui un opus à l’équilibre parfait qui pourrait être qualifié de « valeur sûre ». Le film marque la rupture grâce à un nouveau cap, la quête du réalisme avant tout, sans prendre de risques, sans « folie » qui aurait pu le rendre encore plus palpitant et nerveux, ce que n’oubliera pas le prochain opus Permis de tuer qui permettra à Timothy Dalton de « tout donner ».

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