Dossier – Le désert au cinéma

Environnement sec et stérile, avec un risque de perte de vie plus élevé qu’autre part, le désert est souvent filmé au cinéma, offrant des possibilités de mise en scène, d’atmosphère et aussi d’histoire intéressantes. La menace est permanente, peut surgir à tout moment, imprévisible, inattendu mais aussi inespéré. À travers ce dossier, il s’agit de comprendre les enjeux qu’offre le désert au cinéma, comment il peut être utilisé, en évoquant une grande variété de films, de genres divers, d’époques différentes.

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Les déserts du monde…

On retrouve au cinéma presque tous les déserts du monde. Il s’agit par exemple du désert oriental dans Lawrence d’Arabie, du désert des Mojaves dans Bagdad Café, du désert australien dans Tracks, du désert marocain dans certains récents blockbusters, du sertão, cette zone semi-aride dans Le Dieu noir et le Diable blond, du désert africain dans Fata Morgana dans lequel Herzog part à la quête des mirages, cinéaste dont il est intéressant de noter que le désert est son lieu d’action privilégié, l’illustre un certain nombre de ses films, comme l’attendu Queen of the desert avec Nicole Kidman. Certains ont même quitté la planète pour retrouver des déserts imaginaires, bien évidemment dans la saga Star Wars, mais aussi, souvenez-vous, dans le récent Seul sur Mars et le film de David Lynch, Dune. Comme Fata Morgana de Herzog, d’autres cinéastes consacrent également leur film uniquement sur le désert, citons Stan Brakhage.

S’isoler pour une lente traversée…

Espace vide et infini, le désert est associé à l’isolation et la traversée est souvent lente, périlleuse, risquée. Dans le cinéma hollywoodien, comme Ford, Hawks et plus globalement tous les films de l’âge d’or du western hollywoodien, le désert est maléfique et associé à la frontière, entre le monde civilisé et sauvage. Dès qu’on sort de la ville ou du village, souvent isolé, il faut faire face aux dangers du désert. Le désert n’est que très rarement une destination, mais un trajet, un no man’s land dans lequel les personnages s’enfoncent, comme Travis dans le désert du Texas dans Paris, Texas. Citons aussi la lente et longue traversée des deux Gerry dans le film éponyme de Gus Van Sant dans le désert californien. Mais le plus culte reste Lawrence d’Arabie et son immensité sablonneuse, ses paysages majestueux, et bien sûr l’apparition d’Omar Sharif, filmé à l’objectif 482 mm, dont rend clin d’oeil la traversée de Roger Moore et Barbara Bach dans le désert égyptien dans L’Espion qui m’aimait. En citant un James Bond, en citons un autre, Quantum of Salace avec la longue traversée de Daniel Craig et Olga Kurylenko dans le désert bolivien, où les villageois souffrent de sécheresse, une des meilleures scènes du film. On retrouve également l’Amérique latine dans Carnets de voyage où Che Guevara part à la découverte du continent. Dans un autre registre, Tommy Lee Jones et Hilary Swank s’engagent dans une traversée très lente du désert dans le récent The Homesman, un peu comme dans The Shooting avec Jack Nicholson. D’autres traversent le désert pour fuir, comme Thelma et Louise, Barry Newman lui aussi est poursuivi par la police dans Point limit zero, notons également la course de Gene Hackman dans La chevauchée sauvage. Citons aussi Un thé au Sahara dans lequel John Malkovich et Debra Winger s’isolent dans le désert, l’étrange La cicatrice intérieure, et enfin la fuite dans le désert des utopies de Mark Frechette dans Zabrisky Point. Le désert peut aussi accueillir quelques constructions, une ville rouge dans L’homme des hautes plaines, une ville abandonnée dans La ville abandonnée et un fort dans Le désert des Tartares.

Le lieu des rencontres et des retrouvailles

Paradoxalement, le désert est aussi le lieu des rencontres et des retrouvailles. Prenons l’exemple très parlant de Bagdad Café où Jasmin rencontre Brenda en plein désert mais aussi Tracks dans lequel une jeune femme traverse le désert australien, une occasion pour elle de faire des rencontres qui bouleversent sa vie, comme dans La randonnée où deux adolescents rencontrent un  jeune Aborigène. Enfin, c’est en plein désert qu’Aladdin rencontre le Génie. Donc, des rencontres presque toujours bouleversantes, parfois surnaturels comme dans Aladdin mais aussi sacrées. C’est ainsi que Judas Ben-Hur rencontre Jésus-Christ dans Ben-Hur (la version Wyler, merci). Comme l’illustre aussi Les Dix Commandements, le désert est sanctuaire, un espace souvent sacré. Prenons La plus grande histoire jamais contée de George Stevens où une scène christique est censée se dérouler à Bethléem. Le désert, rendu comme une cathédrale dans Soleil levant où le chant résonne et a une grande portée, devient universel, faisant rappel aussi, mais sûrement involontairement, au Calling You de Bagdad Café. Donc, dans le désert, lieu sacré, on peut s’adresser à dieu. Contact de Zemeckis montre un désert réceptif, avec de géants paraboles capables de capter l’intelligence extraterrestre. Le désert, technologisé ici, est réceptif, propice à recevoir les messages.

Le lieu de confrontation et de duel

Le désert, lieu de confrontation et de duel, est souvent représenté dans les westerns, thrillers et autres films d’action. Le film de Stroheim, Les Rapaces, dure environ 9 heures, mais la version courte est d’un peu plus de 2 heures, le final a lieu dans le désert, dans la Vallée de la Mort, au Badwater Bassin, et met en scène un combat mortel sous forme de duel. Plein de westerns mettent en scène leur duel final dans le désert, à l’image des cultes Le bon, la brute et le truand, Et pour quelques dollars de plus, Il était une fois dans l’Ouest, plus récemment un duel plus original et intriguant entre Liam Neeson et Pierce Brosnan dans Seraphim Falls. Le désert est donc le lieu de la mort par excellence, un cimetière à ciel ouvert. C’est d’ailleurs dans le désert rempli de morts que Joe Pesci, sur la musique du Mépris, va affronter De Niro dans Casino de Scorsese. C’est dans le désert que Mel Gibson et Danny Glover vont tenter de retrouver la fille de ce dernier dans L’Arme fatale. C’est dans le désert que le capitaine Love exécute un des frères Murrieta dans Le masque de Zorro. C’est dans le désert que Harrison Ford menace ses ennemis avec un lance-roquettes dans Les aventuriers de l’arche perdue. C’est aussi dans le désert que James Bond affronte Greene dans le final de Quantum of Solace. Les blockbusters mettent donc souvent en scène le désert, souvenons-nous aussi de la confrontation dans Hulk ou plus récemment dans Man of Steel. Et très récemment, dans Spectre, James Bond retrouve son rival Blofeld interprété par le sinistre Christoph Waltz en plein désert marocain.

Le lieu de tous les dangers

Ainsi, le désert est avant tout le lieu de tous les dangers. Il y a bien entendu les dangers naturels, des serpents et même plus dans Les aventuriers de l’arche perdue, un scorpion dans Les diamants sont éternels, un rocher dans 127 heures, une tempête de sable dans Mission Impossible : Protocole fantôme bien qu’elle n’empêche pas Tom Cruise à faire des cascades incroyables, on peut citer aussi, dans un tout autre registre, La maison de sable. Les déserts sont aussi remplis des machines à tuer, qui se dissimulent ou pas, comme le franc-tireur  psychopathe Chigurh dans Non, ce pays n’est pas pour le vieil homme, le Gouverneur Montero qui veut tuer une centaine d’esclaves dans Le masque de Zorro et d’autres machines plus étranges, une momie dans La momie, un avion dans La mort aux trousses, et même un simple pneu de voiture dans Rubber. Mais ce n’est pas tout. On retrouve en effet un camion-fantôme dans Duel de Spielberg, idée reprise dans Les aventuriers de l’arche perdue et plus tard dans la sublime course-poursuite finale de Permis de tuer, mais peut-être une idée née grâce au Salaire de la peur de Clouzot. On l’a donc compris, le désert est un lieu d’action total, servant de paysage pour la course-poursuite à moto de Rogue Nation, servant de planque pour dissimuler un marché d’opium dans Tuer n’est pas jouer, un centre de recherche nucléaire dans Le monde ne suffit pas et dans la même idée des missiles nucléaires dans Jamais plus jamais. Le désert donc, en quelque sorte, est un enfer, dans Réveil dans la terreur, dans La colline des hommes perdus ou dans Frères du désert où il s’agit d’un désert de guerre. Dans la même idée, on peut citer Jarhead – La fin de l’innocence, Mad Max. L’enfer, oui, mais comme dit précédemment, le désert est aussi un cimetière, donc un lieu hanté, une fosse commune où les corps s’empilent et disparaissent, comme dans Casino.

Entre mirages et illusions

Le désert est le lieu des mirages et des illusions par définition. Isabelle Huppert et Gérard Depardieu, dans Valley of love, s’engagent dans un voyage surnaturel, un pèlerinage désertique. Nicolas montrent des personnages perdus dans une vastitude désertique à la recherche d’une âme perdue, toutes leurs questions restent sans réponses, comme l’indique la musique, soufflant mirages et illusions sur leur trajectoire. La femme des sables propose un voyage mental dans une société étouffante, le désert ici représente son sort fatal et l’écoulement du temps, Teshigahara enchaine les symboles sur le rêve et les fantasmes. En somme, Teshigahara invite à explorer  les méandres de l’esprit, de l’âme. Arizona Dream se place également entre rêve et réalité, se construisant sur le fil des pensées, des souvenirs, proposant sa vision personnelle du rêve américain.

Le désert est donc un espace très cinégénique, un espace dans lequel se réalisent les rêves, des phénomènes surnaturels, irréels, il révèle les sous-entendus, dissimule les faux-semblants… Le désert devient donc peut-être l’espace le plus paradoxal au monde… parce qu’il est l’espace le plus poétique.

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4 commentaires

  1. MarionRusty · septembre 25, 2016

    Super article, qui me fait un peu penser à l’émission Blow up d’Arte, mais avec une réflexion plus aboutie. Quand je pense désert au Cinéma j’ai tout de suite en tête l’incroyable scène de fin de Seven.

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