Critique et analyse – Calme blanc

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  • Date de sortie : 23 août 1989 (1h37)
  • Réalisateur : Philipp Noyce
  • Avec : Nicole Kidman, Sam Neill, Billy Zane
  • Tous publics (France) -17 ans (États-Unis)
  • Allociné spectateurs : 2.9/5

Calme blanc est le remier film pour le cinéma de Philipp Noyce, réalisateur de plusieurs thrillers comme le récent Salt avec Angelina Jolie, surtout connu pour avoir révélé une des plus grandes actrices de ces deux dernières décennies, Nicole Kidman, qui a tout juste 22 ans dans le film. Calme blanc possède également d’autres atouts qui font de lui un excellent thriller psychologique inquiétant en pleine mer.

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Pour oublier la mort tragique de leur fils dans un terrible accident, un couple décide de partir en mer. Sur l’océan, ils vont à la rescousse d’un naufragé, Hughie Warriner, dont le bateau est en train de couler. Mais ce que John et sa femme Rae ne savent pas encore, c’est que leur nouveau passager se révèle être un dangereux psychopathe…

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Le scénario est habile et s’inspire du livre éponyme de Charles William, adapté par Orson Welles à l’écran 1967 mais abandonné quelques années plus tard à cause de problèmes financiers et de la mort de Laurence Harvey, acteur du film. Le récit utilise de manière très originale son décor. En ce sens, Calme Blanc est un thriller maritime très original. Le début est dramatique avec la mort choquante, voire traumatisante d’un enfant dans un accident de la route. John vient voir Rae, gravement blessée. Plus tard, ils décident de larguer les amarres – John est commandant pour la marine militaire. La tentative de vaincre le désespoir en pleine mer et d’oublier le passé grâce à l’immensité de l’océan Pacifique est intéressante. Le décor de carte postale et la tranquillité, le calme pour citer le titre, vont se transformer en un véritable cauchemar. La tranquillité de l’océan et sa vastitude vont accroitre le malaise des personnages, et donc du spectateur, et la tension devient ainsi omniprésente. C’est une véritable réussite. On regrettera seulement un petit bémol, lequel est la dernière scène assez artificielle et ringarde filmée à la demande de la Warner Bros, plusieurs mois après le tournage, mais qui toutefois ne gâche heureusement pas le voyage.

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Le récit accorde surtout de l’importance au développement psychologique des personnages, très subtil. Les trois personnages présentent tous un très grand intérêt. John et Rae vont subitement se séparer de force et il s’agit pour chacun de lutter moralement et physiquement. Tués par le chagrin, ils sont devenus indestructibles et se battent jusqu’au bout, n’ayant finalement plus rien à perdre. Leur détermination est totale, celle de Rae qui fera tout pour retrouver son mari et celle aussi de John qui fera tout pour survivre du piège dans lequel il est tombé. On retrouve donc une symétrie entre John et Rae : tous les deux sont en danger mais le danger est différent, la noyade pour lui et le danger représenté par l’état instable de Hughie pour elle. L’environnement du danger est également différent : il s’agit d’un épave pour lui et d’un confort luxueux pour elle, évidemment en contraste avec ce qu’elle vit avec Hughie. Hughie, lui, est égocentrique et ne supporte pas les humiliations de son équipage. Les vidéos le montrent, par des images saccadées, entrecoupées et des voix indistinctes : des cris et des rires qui aboutissent à une cacophonie générale et un malaise, lequel se transmet à John qui les voit et pense à sa femme. Hughie fuit ses actes, il a également cette volonté d’oublier. On retrouve donc une autre symétrie, cette fois-ci entre Hughie et Rae qui ont tous les deux « tué » en quelque sorte et veulent fuir. Pour ce, Hughie boit, danse, écoute de la musique et « recommence de zéro » avec Rae, d’où son envie de ne pas faire demi-tour et poursuivre dans un nouveau chemin. Au contraire, Rae, elle, a besoin de faire demi-tour pour sauver son mari. Il y a donc un processus de séduction entre l’un et l’autre pour obtenir ce que chacun veut.

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Dans cette scène, Rae essaie de faire boire à Hughie un antidépresseur pour qu’il s’endorme. Elle le quitte pour apparaître dans un nouveau plan, cette fois-ci seule puis rejointe aussitôt par Hughie. Le plan séquence permet d’accroitre les tensions et le malaise. Le surgissement du gant en requin, motif d’angoisse, va à l’encontre du plan de Rae qui essaie d’éloigner Hughie d’elle. Nicole Kidman joue superbement bien, à noter un jeu de mains très expressif. Le panier de citrons est omniprésent dans la scène et rappelle le plan de Rae. Hughie part, mais coriace, revient, la perturbant. Gros plan sur les antidépresseurs, il part ensuite. La succession des gros plans, accompagnée par le rythme de la musique, permet de montrer non seulement l’élaboration du plan de Rae, qui, apparemment, se déroule plutôt comme elle le souhaitait mais aussi met en exergue la rapidité de l’enchainement : Rae doit faire vite avant qu’il ne revienne. Elle réussit à lui en faire boire. La scène montre aussi le côté affectif de Hughie que nous développerons par la suite, qui accorde une confiance totale à Rae.

La magnifique séquence finale où Rae tente de retrouver John, longue de dix minutes, est également très intéressante et permet de comprendre la psychologie des personnages. Tout d’abord, on voit que la détermination de Rae est traduite par une alternance entre gros plans : les actions de Rae, et des plans plus larges qui montrent le résultat : l’avancée du bateau.

Enfin, cette deuxième épreuve va permettre au couple de se retrouver, plus précisément de se reconstruire. L’eau est un symbole de la pureté, tout comme la couleur blanche du bateau de John ou celle de l’imperméable de Rae. On retiendra également la symbolique de la main et de la lumière, qui renvoie aussitôt au début, quand le médecin à l’hôpital tenait une lampe. Cette fois-ci, on constate une inversion des rôles, c’est la femme qui guide l’homme. Ceci aboutit au commencement d’un nouveau cycle. Donc, en quelque sorte, le demi-tour que fait Rae permet de revenir au tout début et de « recommencer à zéro », comme le dit Hughie. La solution, pour partir donc de nouveau et commencer un nouveau cycle, n’est pas de fuir le passé mais de revenir pour mieux partir.

 

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 Vers un nouveau cycle : infographie créée par Keyvan Sheikhalishahi ©

L’interprétation est magistrale. Nicole Kidman, dont c’est le premier rôle pour le cinéma, est flamboyante. Elle exprime avec virtuosité la peur, l’angoisse, le dégoût mais aussi le courage et la détermination. La jeune femme, presque adolescente, a presque la moitié de l’âge de Sam Neill. Elle a donc consacré beaucoup de temps sur le travail de sa voix et sur l’échange avec des jeunes mères pour rendre cette relation réaliste. Sam Neill, incroyable, est aussi formidable, montrant un très grand talent d’acteur. Il est imperturbable dans son désespoir et lutte contre tout dans un bateau hanté, qui risque d’être bientôt un cadavre de plus parmi tant d’autres. Enfin, Billy Zane a une maîtrise totale de son jeu, meilleure que dans Titanic, incarnant un homme psychologiquement instable. Il compose avec subtilité son personnage, son rourire cynique et son côté gentil avec Rae se mettant en contraste avec le fou dangereux qu’il est. Pourtant, le personnage est naïf mais manipulateur, affectif et violent. Sa fragilité attendrissante représente son caractère le plus troublant.

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Philipp Noyce opte pour une mise en scène très maitrisée. Les plans larges invitent au spectateur d’être véritablement dans l’ambiance, c’est à dire de pouvoir ressentir et respirer l’air marin de ce ciel bleu, de se reposer das ce confort idyllique et cadre enchanteur, ce qui est en contraste avec le cauchemar à venir, l’enfer que vont vivre les personnages, et donc le spectateur également. Il rend le huis-clos marin très efficace avec une importance des symboles, nous l’avons vu précédemment, aussi dans le cadre de la tranquillité : la blancheur du bateau tachée par le sang et l’eau calme troublée lors de chutes. Il rend le film très stressant avec un suspens sans faille et une tension omniprésente. George Miller, réalisateur des Mad Max notamment, est producteur du film et réalisateur de la seconde équipe. On retrouve certaines caractéristiques de son univers : un personnage féminin fort, laquelle sauve son mari, des conditions extrêmes comme le naufrage ainsi qu’un drame personnel, la mort de l’enfant. Enfin, Graeme Revell signe s apremière composition musicale pour le cinéma en optant pour une musique très inquiétante. La musique est superbe et créée une véritable ambiance sonore. Elle rend l’atmosphère davantage envoûtante et angoissante, en accroissant le malaise ressenti et en rendant le film encore plus profond.

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Véritable réussite, Calme blanc est certainement le meilleur film de Philipp Noyce, qui est capable du meilleur comme du pire – Sliver par exemple. Ce thriller maritime bénéficie d’un scénario qui développe très bien ses personnages, interprétés par des acteurs très talentueux et d’une atmosphère envoûtante assez angoissante. À voir absolument.

  • Réalisation : 8.5/10
  • Scénario : 7/10
  • Casting : 10/10
  • Musique : 9/10
  • Ambiance : 9/10

Film : 8.5/10

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