Critique et analyse – Liaison fatale

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  • Date de sortie : 27 janvier 1988 (1h58)
  • Réalisateur : Adrian Lyne
  • Avec : Michael Douglas, Glenn Close, Anne Archer
  • -12 ans (France) -17 ans (États-Unis)
  • Allociné spectateurs : 3.3/5

Adrian Lyne, le réalisateur de Flashdance, en réalité spécialiste des thrillers plus ou moins érotiques, à l’image de 9 semaines 1/2, Proposition indécente ou encore Infidèle réalise le succès artistique et commercial Liaison fatale avec Michael Douglas et Glenn Close. L’objectif de cette analyse est de comprendre les perspectives de l’oeuvre et de les comparer avec des films semblables, de Lyne ou bien avec Michael Douglas.

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Dan Gallagher, un avocat new-yorkais renommé, heureux mari et père de famille, tombe sous le charme d’une jeune éditrice célibataire, Alex Forrest. Éprouvant des regrets vis-à-vis de cette relation interdite, Dan essaie de s’éloigner d’Alex, mais celle-ci se révèle obsessionnelle. La vie de Dan et de ses siens va vite devenir un réel cauchemar.

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Comme dans Basic Instinct, on trouve dans Liaison fatale la présence de processus semblables, toutefois exécutés différemment. Le processus d’envoûtement, dans Liaison fatale, ne dure que quelques minutes puisque c’est la détérioration qui prime avec son lot de conséquences. L’envoûtement amène la détérioration, le processus de détérioration de Dan s’explique par la prise de possession, d’appropriation d’Alex. Dans Basic Instinct, le processus de prise de possession, l’appartement notamment, fait parti de l’envoûtement et non de la détérioration. Revenons à Liaison fatale : l’infidélité représente la fin de l’envoûtement et le début de la détérioration. Suit une montée en crescendo du cauchemar de Dan et l’atmosphère angoissante instaurée par Lyne devient de plus en plus intense. La femme obsessionnelle, voire démoniaque et donc effrayante qu’est Alex Forest, porte un masque. En apparence éditrice, ayant une carrière importante, se démarquant donc de la « vie plus libre et plus sympathique » de Catherine Tramell, elle est en réalité une véritable harceleuse et ensorceleuse, d’où aussi l’envoûtement, très létale. La femme létale et l’homme fasciné rendent la relation dévastatrice.

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© infographie créée par Keyvan Sheikhalishahi

Mais comment se déroule le processus d’appropriation qui détruit Dan? Tout d’abord, Alex s’intéresse à sa vie et y débute une intrusion, elle le « prend » ensuite, l’obligeant à rester auprès d’elle après avoir tailladé ses veines, le tenant ainsi prisonnier. Puis, elle rentre chez lui, dominant de manière indirecte son environnement, son lecteur CD pour que sa voix soit omniprésente mais surtout son téléphone qui ne cesse de sonner, sa voiture, puis prend sa femme d’abord en souhaitant lui acheter la maison puis en lui causant un accident puis en souhaitant l’éliminer. Elle prend ensuite le lapin de son enfant puis l’enfant lui-même. La prise de possession de Catherine Tramell est plus douce et surtout séduit Nick, c’est bien pour cette raison que l’appropriation dans Basic Instinct fait bien parti de l’envoûtement et non de la détérioration. La détérioration, elle, s’expliquait par une copie de Tramell par Nick Curran qui se focalise sur elle et fait littéralement « comme elle », basculant dans le mauvais monde. Dans Liaison fatale, c’est tout le contraire, il essaie d’échapper le mauvais monde. C’est bien la faute du personnage de Michael Douglas, dans les deux films, mais Dan met ici la faute sur Alex lorsque la fidélité conjugale est menacée, instaurant un malaise puritain face au désir sexuel. Incompatibilité entre carrière et vie personnelle heureuse?

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Chez Lyne toujours, ou presque, on s’identifie à l’homme. Dan, le mari infidèle, montre au spectateur les risques liés à l’infidélité. Dans Infidèle, le spectateur s’identifie clairement au personnage de Richard Gere, qui ne trompe pourtant pas, mais qui finit par déraper. La configuration n’est jamais bonne : Dan trompe sa femme avec une femme célibataire et Connie – Diane Lane – trompe son mari avec un célibataire. La configuration idéale aurait été celle entre deux personnes mariées, soit entre Dan et Connie, ce qui aurait limité bien plus les risques. On y retient donc le goût du risque de la part de ces personnages, à l’image de Catherine Tramell, dont l’action est influencée par l’inconscient.

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Il est intéressant de noter que, comme dans Infidèle, le début du film se focalise sur la vie a priori « normale » des personnages, qui ont une vie très plaisante, une famille, une maison. Le basculement a lieu dans une rue dans Infidèle mais plus courant, lors d’un cocktail, une réception privée dans Liaison fatale qui rappelle celle de Sens unique et rappellera celle d’Eyes Wide Shut. Faisons aussi une comparaison entre le personnage d’Alex Forrest et de Catherine Tramell, en excluant tout processus. Les deux femmes mènent au même chemin : nuire l’autre, toutefois pour des raisons différentes. Alex est une femme punie qui n’a pas d’enfant, pas d’homme et qui trouve uniquement intéressants les hommes mariés. Catherine Tramell n’est pas du tout le même type de personnage, bien plus manipulatrice et volontaire dans ses actes. La destruction de l’autre lui procure du plaisir, tout comme la prise de risques. Alex, elle, ne réussit pas à faire la différence entre amour véritable et amour d’un soir – contrairement à Catherine qui elle la fait très bien. C’est donc cette confusion qui la chagrine tant et la rend folle. Il y a donc chez elle une part de tristesse et de nostalgie. Ses actions pour nuire l’autre ne lui procurent pas du tout du plaisir. Elle est bien plus désorientée et son état mental dérangé l’amènent à agir. Ainsi, bien que partageant plus de caractères similaires avec Catherie Tramell qu’Alex Forrest, Meredith Johnson – Harcèlement – se positionne au centre de l’échiquier, entre les deux femmes. Il s’agit plus pour elle d’une lutte pour le pouvoir et l’inversion des rôles est plus marquée avec elle et Catherine Tramell que chez Alex Forrest. Quoi qu’il en soit, Michael Douglas, dans ces trois films, se livre à une guerre des sexes assez intense mais différente par trois modèles féminins qui partagent des caractères similaires mais ont tout de même des différences majeures.

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La réalisation, bien qu’inégale, est assez convaincante. La mise en scène est efficace mais ce sont surtout les acteurs qui séduisent. Michael Douglas est formidable et propose, comme toujours, une interprétation brillante. Alex Forrest est un grand tournant dans la carrière de Glenn Close qui est formidable également. Elle était d’abord opposée à la nouvelle fin – l’ancienne visait à l’arrestation de Dan, coupable du « meurtre » suicide d’Alex mais trop sombre par les producteurs -, elle l’a toutefois accepté et réussit à épaissir le rôle et proposer un jeu moins manichéen, nuancé, jouant une femme qui ressent des sentiments mais est quand même bien dérangée. N’oublions pas pour autant Anne Archer qui joue l’épouse de Dan et qui interprète le rôle avec une très grande subtilité et douceur.

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Classé parmi les films cultes, Liaison fatale réunit des acteurs formidables et une intrigue convaincante qui laisse place au suspens. L’affrontement psychologique est intéressante même si perfectible.

  • Réalisation : 7/10
  • Scénario : 7/10
  • Casting : 10/10
  • Musique : 7/10
  • Ambiance : 8.5/10

Film : 8/10

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