Dossier – La douche dans les films

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Il faut bien l’admettre, la douche est un objet très cinégénique qui offre de très nombreuses possibilités d’utilisation. Elle permet d’instaurer une atmosphère bien spécifique comme elle permet d’accroitre le suspens d’une scène. Dans ce dossier, nous passerons en revue de manière rapide  et totalement subjective les possibilités de mise en scène de la douche dans les films- avant celles de la baignoire dans un prochain billet. L’analyse d’une scène en particulier à la fin du dossier permettra de comprendre de manière plus concrète le propos.

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Les personnages prennent souvent une douche dans les films. Ils peuvent être plusieurs, à deux ou bien seuls. Souvent, la douche signifie une habitude ou une routine, comme avec Christian Bale dans American Psycho ou, dans un tout autre registre, avec Bill Murray dans Lost in Translation, lequel doit s’accommoder à une douche qu’il n’a pas l’habitude de prendre. Il s’agit pour Gérard Depardieu de se raser dans Welcome to New York et pour Sophie Marceau de se brosser les dents dans L’étudiante. Quant à Roman Polanski, il préfère utiliser ce code dans Frantic lorsque Harrison Ford, prend comme tous les jours, sa douche matinale mais apprend la disparition de sa femme.

On peut donc dire que la douche a sa place dans les thrillers et autres films de suspens puisqu’elle accroit les tensions et la panique. La douche est un lieu anxiogène séparée du reste de la pièce par un rideau ou une vitre. La salle de bain, en plus, est une pièce assez petite et encombrée de meubles. On peut donc dire que la douche est doublement anxiogène. En quelque sorte, le personnage se cloître et sa nudité participe évidemment à l’inquiétude omniprésente. Il faut bien évidemment citer une scène iconique, une des meilleures scènes du cinéma, réalisée par un des plus grands, si ce n’est le plus grand, celle de Psychose mais que l’on ne développera pas ici. Une scène reprise par Gus Van Sant dans Psycho plan par plan, parodiée par Mel Brooks dans Le grand frisson et qui inspire de nombreuses scènes de films de Brian De Palma. Dans Blow Out, la scène de la douche est très importante pour l’intrigue puisqu’elle permet d’attribuer d’emblée un objectif pour Jack : chercher un cri propice à la peur que ressent la jeune femme. Il est intéressant aussi de noter que la jeune femme ne mourra pas dans la douche, puisqu’il s’agit de fiction, laissant donc ce sort à son double, la maquilleuse Sally. De Palma rappelle plusieurs fois tout au long du récit l’importance du cri, mais que l’on ne comprendra qu’à la fin, lorsque Sally meurt, permettant à Jack d’avoir un cri de douleur véritable. C’est donc avec une certaine logique que l’on retrouve Tony Montana, obligé d’assister à la mort de son ami, tué cette fois-ci par une tronçonneuse. Dans Pulsion en 1980, l’ascenseur remplace la douche. Une nouvelle fois, De Palma s’amuse des codes en optant pour un gros plan sur les yeux de la victime, une perruque pour le tueur, des violons stridents de Pino Donaggio et remplaçant le couteau par le rasoir. Enfin, le témoin de cette scène, devient à son tour la victime du tueur dans la scène finale du film, cette fois-ci dans une véritable douche, jusqu’à se rendre compte qu’il ne s’agit en fait que d’un cauchemar. De Palma avait commencé son film par une autre scène de douche, à l’image de Carrie au bal de diable. Dans les deux films, pas de mort lors de la première scène mais du sang dans la dernière. La douche devrait-elle être interdite? On ne peut citer des scènes de douche chez De Palma sans relever celle du Phantom of the Paradise, parodie comique et décalé de celle de Psychose. Enfin, De Palma clôture Body Double par une scène de douche – peu surprenant – avec du sang évidemment, mais pas de mort, comme dans les autres exemples.

Nous l’avions dit, lorsque le personnage prend une douche, il se sépare de son environnement, symboliquement, il se sépare du monde. La douche, un lieu pas comme les autres, permet de se mettre à nu et de révéler ses tourments. La scène magnifique de Casino Royale, une des plus belles après Psychose et sûrement la plus belle dans la franchise 007, l’illustre à merveille. Un seul plan-séquence suffit ainsi que la musique très simpliste mais profonde de David Arnold pour nous émouvoir. Grâce à sa simplicité, cette scène transmet d’immenses émotions et réussit à transformer, une bonne fois pour toutes, le mythe James Bond. Suite à la scène de l’escalier, Vesper Lynd, incroyablement interprétée par Eva Green, se réfugie toute habillée sous la douche et est rejointe par James Bond. Il s’agit pour Vesper, qui a vu sûrement la mort pour la première et, en tout cas, a contribué à tuer, d’oublier toute la violence et l’atrocité du combat ainsi que la peur qu’elle a ressenti elle-même d’être tuée. En détresse, traumatisée, elle doit absolument oublier, en tout cas dans  un première temps, masquer la douleur et nettoyer ce sang indélébile. James Bond montre son côté humain et émotionnel en la réconfortant. Des gestes simples suffisent à émouvoir, Vesper s’accroche à son bras pour demander de l’aide, Bond met de l’eau chaude. Il y a donc transformation de la violence en douceur et délicatesse. Une délicatesse unique dans la franchise qui se révèle être une parenthèse dans le film, entre deux parties de poker bien animées, et même dans dans la franchise. Cette scène douce, véritable moment de décompression, est magistrale.

Cette dernière scène contribuant à l’attachement des deux personnages, on peut donc dire que la douche est propice pour des scènes de drague amoureuse où s’expriment les désirs des personnages, à l’image de Woody Allen et de Charlotte Rampling dans Stardust Memories ou bien avec Ben Affleck et Rosamund Pike dans Gone Girl, lesquels se retrouvent enfin après une très longue séparation pour réfléchir sur leur avenir. Quant à Cary Grant, il préfère séduire sa partenaire de jeu Audrey Hepburn tout habillé dans Charade. Quant à Roger Moore, il préfère rester dehors et attendre Maud Adams sortir dans L’homme au pistolet d’or. Il en va de même pour Jack Nicholson dans Shining mais qui voit subitement des visions morbides. Dans la douche, on s’embrasse aussi, et même parfois plus, comme Sharon Stone et Sylvester Stallone dans L’expert accompagnés d’une musique très délicate de John Barry mais aussi dans des James Bond, à l’image de Dangereusement vôtre ou plus récemment, Skyfall.

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Charlotte Rampling et Woody Allen dans Stardust Memories.

La douche peut servir également dans de nombreuses scènes, toutes différentes. Il s’agit de prendre une douche sur scène dans Flashdance, d’être décontaminé dans Dr No ou encore d’être moqué dans Le corniaud. Mais souvent, contrairement à ce que l’on pourrait croire, des couples se séparent dans la douche. Une séparation symbolique dans Frantic, on l’a vu, mais aussi dans Skyfall puisqu’en prenant une douche avec Séverine, Bond la condamne définitivement à la mort, ou encore dans Irréversible avec Monica Bellucci et Vincent Cassel ou même dans La captive de Chantal Akerman.

Nous clôturons ce dossier par la scène célèbre de la douche de Psychose. Il n’est pas question ici de tout analyser, en prenant soin de chaque détail, mais d’analyser seulement l’utilisation concrète de la douche. Alfred Hitchcock s’amuse des codes puisqu’il commence la scène comme s’il s’agissait d’une scène du quotidien de Marion, comme si elle prenait sa douche chez elle. C’est donc un moment d’habitude et de décompression. L’absence totale de musique accroit cette quiétude et les bruits du quotidien, tels la chasse d’eau ou bien le rideau, sont en accord avec cette idée. Il faut aussi retenir le fait que la douche permet d’instaurer des lignes qui ne sont pas à négliger, lesquelles sont perpendiculaires ou bien obliques. Les lignes perpendiculaires, celles de la faïence de la douche, permettent de mettre en scène Marion dans un espace cloîtré bien géométrique avec une succession régulière des lignes. Ainsi, dès qu’il y aura une agitation dans la cabine de douche, le spectateur le remarquera immédiatement et l’aspect géométrique du lieu permettra de le mettre davantage mal à l’aise, notamment quand Marion bouge sous les coups de couteaux et lorsque sa main glisse, montrant sa mort. Enfin, les lignes obliques composées du jet d’eau et des coups de couteaux accroissent le tragique de la scène. Lorsque Marion meurt, l’eau continue toujours de couler et le bruit de l’eau toujours présent rend cette mort d’autant plus tragique. On retiendra également l’omniprésence du cercle qui traduit la spirale infernale dans laquelle Marion nage. Les figures du cercle sont représentées par la cuvette des toilettes, le plan dans lequel l’eau sort du pommeau, filmé en contre-plongée avec une courte focale, la forme ronde de la bouche de Marion ainsi que ses yeux. L’efficacité de la scène résulte également de la musique de Bernard Herrmann, les sons dissonants de ses cordes, du montage et de l’alternances des points de vue qui rend le spectateur à la fois victime et agresseur.

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Psychose, Alfred Hitchcock

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