Critique et analyse – Vivre et laisser mourir

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  • Date de sortie : 21 décembre 1973 (2h01)
  • Réalisateur : Guy Hamilton
  • Avec : Roger Moore, Jane Seymour, Yaphet Kotto, Clifton James, Julius Harris, Geoffrey Holder, David Hedison, Gloria Hendry, Bernard Lee, Lois Maxwell
  • Tous publics (France) Avertissement (États-Unis)
  • Allociné spectateurs : 3.3/5

Sean Connery quitte le costume du célèbre espion britannique avec Les diamants sont éternels,véritable succès international. Pour les critiques, Bond est mort mais celui-ci, fort heureusement, connait la résurrection, en témoigne le huitième opus de cette saga, Vivre et laisser mourir qui présente le nouveau visage de James Bond, Roger Moore, et instaure une nouvelle atmosphère propre aux années 1970.

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Suite à l’assassinat de plusieurs agents, James Bond est chargé d’enquêter sur Mr. Big, un caïd de la drogue. Il commence alors son enquête à New York où il rencontre la mystérieuse et splendide Solitaire, une cartomancienne oeuvrant pour Big. Bond se lie alors à elle afin de déjouer les plans du Dr. Kananga et de son mystérieux homme de main au bras d’acier, Tee Hee.

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Après le retour et retrait de Sean Connery, les producteurs ont vite choisi un nouveau visage. Roger Moore, ami de Sean Connery, était alors une vedette du petit écran, en témoignent les séries telles Ivanhoé, Le Saint ou bien Amicalement Vôtre. Les producteurs l’avaient d’ailleurs déjà choisi pour incarner le personnage plus tôt mais l’acteur avait refusé, devant tenir ses engagement pour la série Le Saint. Libéré, en quelque sorte, il signe rapidement un contrat pour trois films, payé un million de dollars pour chacun. En 1973, la saga connaît une diversité des visages puisque Connery part pour laisser place à George Lazenby, alors inconnu du public, qui partira également et laisser Connery revenir. Cependant, il ne tournera que Les diamants sont éternels avant que Moore n’endosse le costume. Roger Moore doit alors affirmer un nouveau style, différent, pointilleux et désireux, l’acteur s’implique pleinement dans le projet.

Roger Moore Live and Let Die

Comme chaque James Bond, Vivre et laisser mourir est marqué par son temps, les années 1970. Les États-Unis sont alors secoués par la guerre du Vietnam et le mouvement hippie atteint un pic de popularité. Au cinéma, on retrouve des polars américains qui mettent en scène des shérifs dotés d’un chapeau de cowboy et d’un revolver, au volant de voitures vrombissantes, chassant des gangsters dans les rues sales du centre-ville. Ce nouveau Bond se met au goût du jour et choisit les États-Unis comme terrain de jeu, plus précisément New York et son centre-ville, chose rare pour James qui n’apprécie pas toujours d’enquêter au centre des villes urbaines. Dans Vivre et laisser mourir, il explore pourtant les boutiques, les bars et se promène dans les rues encombrées des quartiers délabrées, tout cela sous un grain d’image.

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Le choix des décors affirme la volonté de la direction artistique du film. Bond explore les États-Unis et le souhait de dresser tout un panorama est majeur, des rues sales de New York à la ferme des crocodiles dans un espace pleinement naturel de Louisiane. Vivre et laisser mourir est en cela un James Bond terrien, une aventure à hauteur d’homme sans combat gigantesque ni même de prouesse aérienne. La visite guidée est intéressante et continuera avec l’exploration des bayous, dans lesquels a lieu une course-poursuite spectaculaire et unique qui décrochera un record de saut de bateau. Il s’agit ici d’un décor à l’image d’un western moderne, où s’affrontent gangsters et policiers, le shérif américain suivant Bond sur une route désertique longeant le fleuve. Guy Hamilton privilégie ici des plans larges pour que le spectateur puisse savourer la beauté des paysages, contraste avec ce qu’il se produit : voitures écrasées, cascades délirantes, incroyables sauts et duel final. Bond est non seulement l’explorateur mais aussi l’agent de terrain. Dans Vivre et laisser mourir, il s’agit d’une véritable enquête comme dans les premier opus de la saga, Bond combattant des ennemis plutôt anodins que l’on peut croiser dans les rues et non des comploteurs du SPECTRE. En quelque sorte, Bond est plutôt un enquêteur, un inspecteur tel Clint Eastwood dans L’Inspecteur Harry qu’un agent secret au point d’empêcher une nouvelle guerre mondiale. Cela n’empêche pas les ennemis d’être puissants puisqu’ils sont nombreux, en témoignent les rôles secondaires mais aussi les nombreux figurants qui confirment le formation d’un réseau à travers toute la ville ou bien toute la campagne. Il s’agit d’une nouvelle menace pour Bond.
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Cependant, ce Bond se veut plus sage, moins violent en quelque sorte, que les polars américains contemporains. Vivre et laisser mourir reste un James Bond avant tout, le film se veut ainsi élégant et sophistiqué. Bond s’adapte reste mais conserve le goût de l’aventure démesurée. Le cocktail traditionnel est conservé : cascades magistrales, paysages magnifiques et tropicaux, femmes éblouissantes. Le film possède un rythme variable et se divise, comme la plupart des Bond, en deux parties. La première pose l’intrigue du film alors que la deuxième est tournée vers l’action. Le film évite des longueurs grâce à des scènes de cascade unique comme celle avec les crocodiles ou bien grâce à des dialogues humoristiques, Moore tente la carte de l’humour et y arrive. Il est certes moins musclé ou sportif que ses prédécesseurs mais plus délicat, calme et détendu. Le Bond de Moore change également ses habitudes, fumant le cigare et non la cigarette, buvant du bourbon et non de la vodka martini. Moins violent, moins cruel, il gagne toutefois peut-être en efficacité grâce à sa douceur et sa joie de de vivre, son calme.
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Pleinement investi, l’acteur n’hésite pas à assurer la plupart de ses cascades, ainsi il conduit le bus sous le pont et le hors-bord et la mise en scène ne se prive pas de le montrer. Certes moins à la mode, il reste tout de même élégant avec de beaux costumes, privilégiant souvent des tons clairs excepté son col roulé noir ou le costume réversible. Il semble répugner la violence, use très peu de son permis de tuer même si cela ne lui pose pas de problème moral. Il ne possède également pas de nombreux gadgets, le film privilégiant les scènes de cascades spectaculaires. Bond est plus charmeur, il agit comme un gentleman et laisse souvent son ego de côté. Difficile de penser que Moneypenny est amoureuse de ce Bond-là, elle se prête juste à son jeu de séduction. Moneypenny est en effet bien présente, mais Vivre et laisser mourir est le seul opus qui ne tienne pas en compte Q, si nous laissons de côté la période Daniel Craig. Bond, ici, utilise plutôt ses ressources personnelles et n’utilisera jamais son walther PPK, détruit par Tee Hee. Il faudra attendre la fin pour le voir utiliser son Smith & Wesson.
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Le scénario est certes moins audacieux que les opus précédents, n’étant pas très complexe. Il reste toutefois efficace, rejetant désormais le gigantisme des bases souterraines, marines ou montagnardes. Dans Vivre et laisser mourir, le spectateur doit apprendre à se contenter d’un Bond confronté à un parrain de la drogue, qui possède une île avec des plantations, une belle résidence, une ferme, un bar et on peut l’ajouter, une femme avec des pouvoirs. Jane Seymour incarne d’ailleurs avec perfection une femme troublée dotée de pouvoirs de voyance. Elle succombe au charme de Bond et est la convoitise privilégiée des deux hommes. Elle incarne également avec beaucoup de justesse l’image de la jeunesse et de la naïveté et joue avec subtilité son côté mystérieux, caché. Yaphet Kotto interprète un méchant satisfaisant, à la fois effrayant mais aussi distingué, cultivé et sensible. Il offre un beau mélange des attitudes, protégeant sa belle Solitaire mais jaloux, la battant également ne supportant pas sa trahison. Sa mort, peu sérieuse, est quelque peu ridicule. Son homme de main, Tee-Hee, est doté d’un bras en acier. Sa dangerosité ne s’affirmera que lors de la scène finale, dans laquelle il souhaite se venger de Bond dans une chambre privée dans un wagon de train. Roger Moore prouve dans cette scène qu’il est également capable de s’engager dans une lutte physique dans un décor similaire à celui de la mythique bagarre de Bons baisers de Russie.
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Vivre et laisser mourir offre également une des chansons les plus célèbres de la saga, de Paul McCartney et les Wings. Le film propose changement un changement de direction musical dans l’ensemble. George Martin remplace pour la première fois John Barry et met au goût du jour la composition musicale, des sonorités groove et funky de son temps, assurant un nouvel opus à l’ambiance très contemporaine à l’époque de sa sortie, ses notes confirment l’aventure terrienne non extravagante et rend la mise en scène de Guy Hamilton davantage dynamique, qui présente ici une meilleure approche de l’action que sur Les diamants sont éternels.
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Vivre et laisser mourir décide de faire de son héros un homme de son temps. Adoptant un bon équilibre dans l’ensemble, le film demeure une très belle réussite, même si imparfait. Certes moderne et mis au goût du jour, les clins d’oeil, sur les premiers opus notamment, sont multiples – l’intrigue est d’ailleurs très similaire à celle du Dr. No. On a donc ici un Bond nouveau en bonne forme, avec son lot de surprises et de risques, mais qui est toujours marqué par son identité « old fashion » qui départage les avis. Malheureusement, la qualité de l’aventure connaîtra une chute conséquente dans le prochain opus.
  • Réalisation : 9/10
  • Scénario : 7/10
  • Casting : 9.5/10
  • Musique : 10/10
  • Ambiance : 10/10

Film : 9.5/10

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