Critique et analyse – Batman

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  • Date de sortie : 13 septembre 1989 (2h05)
  • Réalisateur : Tim Burton
  • Avec : Michael Keaton, Jack Nicholson, Kim Basinger, Michael Gough
  • Tous publics (France) – 13 ans (États-Unis)
  • Allociné spectateurs : 3.9/5
  • Allociné presse : 4/5

50 ans après la création du personnage par Bob Kane et Bill Finger, les studios confient le projet d’un nouveau film, Batman, à Tim Burton dont l’univers loufoque et fantastique se veut propice à celui du héros. C’est donc en 1989, après ses deux premiers longs-métrages, Pee-Wee Big Adventure et Beetlejuice, que Burton réalise ce nouveau volet avec son acteur fétiche, Michael Keaton. Le film connaît un immense succès et marque une rupture avec la série télévisée ainsi qu’avec le film kitsch de 1966 en instaurant une ambiance noire et glauque, préparant la trilogie magistrale de Nolan, mais il n’est pas question ici de faire une comparaison.

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Gotham est une ville où la criminalité et la corruption dominent. Heureusement, un justicier, le Batman, surveille les rues de la ville qui sont plongées dans la pénombre de la nuit. Le jour, il est en réalité un milliardaire philanthrope qui tombe amoureux d’une photographe lors d’une réception, Vicky Vale, menacée par un nouveau psychopathe, le Joker.

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Malgré des rides bien présentes dans le film, un charme s’opère vite, lequel est très propre aux films des années 80. La réalisation de Tim Burton est très intéressante. Le réalisateur réussit à instaurer son univers, mélange d’humour et de noirceur, et qui fait tout le charme de cet opus. L’ambiance est en effet noire, associée à de l’humour. L’ensemble ne paraît toujours pas réaliste, notamment les décors, on retrouve cet excès si cher au cinéaste. Ceci n’empêche pas aux décors d’être très réussis, la ville bien entendu mais également la batcave et le manoir Wayne. L’ensemble artistique reste concret. Malheureusement, les scènes de combat au corps à corps auraient pu être meilleures comme l’action dans son ensemble. On regrettera cette absence de dynamique dans la mise en scène. Burton, en quelque sorte, délaisse donc la virtuosité de sa mise en scène au profit de la création d’un univers total, à la fois dérangeant et original, mais qui fait le charme de l’oeuvre, univers qui peint bien de plus cette ville corrompue, véritable enfer bureaucratique, dans laquelle la criminalité domine.

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Le scénario, bien qu’à la trame très classique, pas toujours fidèle aux comics, développe bien ses deux personnages. Le récit n’est malheureusement pas très complexe, n’épargnant pas non plus de petites invraisemblance, mais il est propice à la mise en exergue, voire même, l’accroissement des psychologies. Le personnage du Joker, le méchant, est mis en avant, peu surprenant puisqu’on est chez Burton. La main sortant de hors de l’acide comme une tombe, tel le Zorro d’Hopkins, montre le commencement d’une nouvelle vie. La résurrection se veut fatale puisque le personnage devient encore plus fou et plus méchant, ce n’est plus le simple mafieux Jack Napier. Sa première apparition en tant que nouvel homme est fantomatique, perverti mais souffrant réellement, le personnage devient complexe. Pour lui, Vicky incarne l’Idéal, dans une scène paradoxale, il vient chez elle mais ne l’emmène pas pour autant. Il s’agit plus ici d’un amour platonique, le Joker privilégiant la danse, la valse de préférence et non le tango se démarquant de James, métaphore poétique de l’acte sexuel. La scène finale renvoie directement en ce sens à celle de Vertigo. Le but du Joker est amplement de nature destructrice, la sous-critique de l’excès de la société de consommation, des artifices, de la sur-valorisation de la beauté, est certes visible mais ne représente pas l’intérêt réel de l’oeuvre. On retrouve une forme de jalousie, de complexe qui s’exprime dans ce personnage qui souhaite, revendique la réduction des autres à son image. Le Joker, en somme  est doté d’un pouvoir qui provient de l’au-delà, l’utilisant sans aucune compassion, en témoigne la cruauté envers Alicia. Le parallèle, d’ailleurs mis entre les deux femmes, du sort d’Alicia va s’abattre sur Vicky.

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Même si la présence du Joker domine dans le film, celle de Bruce Wayne n’est pas pour autant négligée. On retrouve ici un Bruce Wayne assez timide, élégant, cérébral, drôle, en somme un homme raffiné mais dont la personnalité est tourmentée. La prestation de Jack Nicholson, acteur magistral, est exceptionnelle mais il ne faut pas pour autant oublier celle de Michael Keaton, ici à contre-emploi, qui compose un beau personnage moyennant un jeu de retenue. La performance, charmante grâce à ce jeu, est à la hauteur et accroît la psychologie du personnage. On regrettera qu’il soit un peu trop souvent rigide, mais on le pardonnera à cause de son costume. On retrouve donc deux personnages doubles, surtout pour Bruce Wayne. Les doutes sur l’identité sont bien présents, en témoigne cette réponse ironique à la question de Vicky qui lui demande s’il connaît Bruce Wayne. Condamné à la solitude, isolé dans une grande forêt, son masque cache sa souffrance et son humanité, il n’a que la compagnie d’Alfred. Michael Gough, d’ailleurs, apporte un peu de mystériosité à ce personnage. L’humanité de Bruce Wayne est mise en exergue par le personnage de Vicky Vale, reporter de l’extrême. Malheureusement, ce personnage n’est pas très consistant, purement négligé par le scénario, alors que Kim Basinger est une actrice au potentiel gigantesque.

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Le rapport entre le Batman et le Joker suscite également l’intérêt. Ces deux personnages doubles utilisent des masques, à des fins différentes toutefois. Alors que Batman le porte afin de lutter contre la criminalité et la corruption, le Joker le porte pour libérer ses pulsions, c’est bien un de ses aspects les plus troubles. Les deux personnages se ressemblent mais différent bien. L’un a donné naissance à l’autre et vice-versa : le Joker, le Mal, a donné la naissance du Bien ; le Batman, le Bien, à donné la naissance du Mal. L’un a besoin de l’autre pour s’émanciper, pour survivre. Le Batman ressent ce besoin vital de faire justice la nuit mais la combat est également une lutte personnelle, contre lui-même afin de changer psychologiquement, en témoigne la fin indécise du film.

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Malheureusement, le scénario délaisse totalement les personnages secondaires. Le commissaire Gordon n’est qu’anecdotique, tout comme Harvey Dent. Ils ne sont pas du tout compris dans l’intrigue. Le journaliste Alexander Knox est à peine plus intéressant. Nous avons approuvé la réalisation de Burton malgré des défauts, et pour terminer cette analyse, concluons sur une note musicale, celle de Danny Elfman. Le thème principal, cette marche funèbre culte, rend le film mythique et encore plus savoureux. Les autres pistes sont également dignes d’intérêt, telle le Love Theme.

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Le film de Tim Burton est mythique. Malgré des défauts dans la réalisation ainsi que le scénario, l’univers à la fois loufoque et noir du cinéaste associé à celle du héros fonctionne à merveille et grâce à des acteurs magistraux, le spectacle devient passionnant.

  • Réalisation : 7/10
  • Scénario : 7/10
  • Casting : 9.5/10
  • Musique : 9/10
  • Ambiance : 8/10

Film : 8/10

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2 commentaires

  1. NeoDandy · juillet 20, 2015

    Arte l’avait diffusé il y a une année ou deux. Je n’avais pas du tout accroché : c’était la première fois que je le voyais.

    Tu parles très justement de rides. Il faudrait ne pas les voir pour développer cette opinion. J’ai trouvé les personnages trop secondaires en dehors des stars de l’époque. Avec, surtout, un Jack Nicholson capable d’effacer voire de rendre Batman joué par un Michael Keaton un peu risible voire ridicule.

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  2. Benjamin · juillet 26, 2015

    Moi je reste attaché au carton-pâte de la ville. Cette Gotham de studio est un des éléments qui démarquent bien ce Batman (malgré tout assez personnel) de celui de Nolan, réaliste et véritablement urbain (Chicago parfaitement identifiée) et qui lui apporte le charme de « l’ancien ». Rien d’aussi ancien toutefois que The bat de West (1926 !) qui jadis inspira Kane. Burton compose son propre Vertigo bien sûr, de l’impuissance des super-héros (cf Spider-man redevenu Parker en costume chez Sam Raimi), donne un modèle sur le thème du double pour de tels personnages et réalise-là un très beau film.

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