Dossier – La Côte d’Azur dans les films

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Après San Francisco, ne nous arrêtons pas en si bon chemin et continuons notre voyage cinématographique, dans d’autres paysages ensoleillés du monde, avec cette fois-ci un escale moins lointain mais tout aussi intéressant, la Côte d’Azur. Il faut dire que les relations entre la Côte d’Azur et le cinéma sont très anciennes, et leur origine date même du siècle dernier. Beaucoup de cinéastes, depuis toujours, filment sur la Côte d’Azur, des films qui appartiennent à des genres très variés. D’ailleurs, très récemment, on peut citer Duo d’escrocs, Grace de Monaco, Magic in the moonlight, La FrenchL’homme que l’on aimait trop. Il faut dire que la région ajoute souvent un côté pictural moyennant la couleur locale, à travers ce dossier, on analysera donc les représentations de la Côte d’Azur dans le cinéma.

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Grace de Monaco, Dahan / Duo d’escrocs, Hopkins / Magic in the moonlight, Allen

Comme dit précédemment, la Côte d’Azur et le cinéma, c’est toute une histoire, née à la fin du siècle dernier. En 1897, les frères Lumière filment le Carnaval de Nice. Par la suite, Pathé emménage très vite dans des studios de tournage, puis ce sera au tour de Gaumont. Voient le jour ensuite les très célèbres studios de la Victorine, un haut lieu du cinéma européen, dans lequel sont tournés un grand nombre de films. Et si l’on ajoute l’emblème phare, le Festival de Cannes, on en conclut que la Côte d’Azur et le cinéma sont indissociables. D’autant plus que la Côte d’Azur connaît une croissance économique très élevée grâce au festival qui génère un chiffre d’affaires d’environ 200 millions d’euros et recueille le double de sa population habituelle lors des deux fameuses semaines. La Côte d’Azur, c’est un cadre idyllique, une belle mosaïque entre la douceur de ses hivers et la beauté de la Méditerranée, formant des paysages lumineux. On peut le dire, la Côte d’Azur est un endroit unique au monde, et c’est peut-être pour cela qu’un grand nombre de cinéastes y viennent tourner, oui, mais tourner quoi?

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La majorité de cinéastes veulent filmer sur la Côte d’Azur pour la couleur locale unique. Les scènes sur les plages sont très nombreuses, des plages qui peuvent être bondées, montrant les flux touristiques comme dans La main au collet ou même des plages qui peuvent être désertes, éloignées de toute activité humaine, laissant admirer la beauté des vagues tombant sur le sable fin comme dans Et dieu créa la femme, un cadre idyllique pour mettre en scène une séduction et même plus. La plage peut être utilisée pour des scènes cocasses, dans le film de Stanley Donan, Voyage à deux, les corps d’Audrey Hepburn et d’Albert Finney sont rouges tant ils ont bronzé. Mais dans les films, on nage aussi, on fait du pédalo ou du ski nautique, comme dans Ni pour, ni contre.

Et dieu créa la femme, Vadim

Et dieu créa la femme, Vadim

Le paysage est propice à la fête, notamment la danse. Il s’agit d’un bal costumé dans La main au collet afin de reproduire la magie d’antan. Moins prétentieux, une danse improvisée sur une table, accompagnée d’une petite troupe de musiciens dans Et dieu créa la femme. On retrouve également une multiplicité des danseurs, à l’intérieur comme dans Ne nous fâchons pas ou bien à l’extérieur avec Bonjour tristesse. Les danseuses peuvent également porter de superbes robes, de marque de préférence, comme dans Bienvenue à Monte-Carlo.

La main au collet, Hitchcock

La main au collet, Hitchcock

La Côte d’Azur, c’est aussi synonyme de luxe. La région possède toutes les composantes de l’univers du luxe, ce qui peut entrainer certains cinéastes à choisir ce lieu. Qui dit luxe dit argent, qui dit argent dit casinos. Des casinos qui ont attiré un grand nombre d’acteurs célèbres pour jouer aux machines à sous, au poker ou alors pour «taquiner la roulette». Des acteurs comme Alain Delon, Curd Jürgens ou même Jeanne Moreau dans La baie des anges. Jamais plus jamais utilise le casino de Nice pour des scènes cocasses au début très bien trouvées, un duel «éléctrisant» entre Sean Connery et Klaus Maria Brandauer puis et surtout, un des meilleurs tangos du cinéma, éblouissant sous une musique entrainante de Michel Legrand. Mais nous aurons l’occasion de revenir sur ce film plus tard. Pierce Brosnan, à son tour, rencontre la charmante mais menaçante Xenia Onatopp interprétée par Famke Janssen dans le casino de Monaco, c’est d’ailleurs dans ce lieu que Brosnan citera son premier «Bond, James Bond»

GoldenEye, Campbell / Jamais plus jamais, Kershner / La baie des anges, Demy

GoldenEye, Campbell / Jamais plus jamais, Kershner / La baie des anges, Demy

Qui dit luxe dit aussi des activités ou loisirs de luxe. Sur la Côte d’Azur, dans les films, on montre souvent des activités, dans le but d’accentuer sur la couleur locale. On peut faire du golf dans des cadres paradisiaques, du polo comme dans Bienvenue à Monte-Carlo ou bien nager toute la journée dans des piscines majestueuses comme dans La piscine ou encore plus relaxant, dans Jamais plus jamais, passer des vacances dans des résidences de luxe. Il existe également des activités plus humbles mais toujours propres à la région, Marion Cotillard joue la dresseuse d’orques dans le parc d’aquatiques d’Antibes, par exemple. Mais revenons au luxe. Sean Connery, dans Jamais plus jamais, «passe des vacances» dans une villa de luxe qui offre une très belle vue sur la ville de Villefranche, depuis les hauteurs. Bond ira même jusqu’à masser, bien évidemment de manière très sensuelle, Kim Basinger. Il faut dire que les vacances de James Bond sont très ensoleillées et ajoutent une véritable couleur locale à sa mission, qui est accentuée par les costumes aux tons colorés qu’il porte, souvent bleus ou beiges. Mais le film ne s’arrête pas là dans la couleur locale et montre même des pièces à l’intérieur de la somptueuse Villa Ephrussi de Rothschild, des scènes qui se déroulent en Afrique du Nord dans le film. Le film met en scène également une moto extraordinaire, capable d’exécuter toutes sortes de cascades mais aussi un yacht somptueux, parce que la Côte d’Azur, c’est aussi des bateaux, presque toujours magnifiques, comme dans un autre James Bond, GoldenEye, dans lequel Pierce Brosnan découvre un cadavre dans le port de Monaco.

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La piscine, Deray / Jamais plus jamais, Kershner / GoldenEye, Campbell

Qui dit luxe dit hôtels de luxe. Il y en a un grand nombre, et ils sont souvent représentés dans les films, cependant pour un but différent. Il s’agit de charmer la splendide Grace Kelly dans le Carlton de La main au collet ou organiser un hold-up pour Jean Gabin. D’autres hôtels, comme le Negresco ou l’Hôtel de Paris apparaissent aussi dans les films, comme dans Ne nous fâchons pas, La fille de monaco ou Mélodie en sous-sol. Les hôtels de luxe possèdent également des ascenseurs, et qui dit pièce close dit scène intime, vécue notamment par Gad Elmaleh et Audrey Tautou dans Hors de prix, lesquels s’embrassent également dans leur chambre et dégustent un – ou plutôt plusieurs – cocktail exotique spécialement préparé par lui.

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Hors de prix, Salvadori

On a donc toutes les composantes de l’univers du luxe : les casinos, les loisirs de luxe, les hôtels de luxe mais il ne faut pas oublier les bijoux, qui représentent très souvent un enjeu majeur dans les films. Dans La main au collet, Cary Grant doit prouver qu’il n’est pas l’auteur de vols de bijoux. Dans Les spécialistes de Patrice Leconte, deux cambrioleurs essaient de faire le «casse du siècle» en cambriolant un casino à Menton qui appartient à la mafia. L’enjeu de La bonne année est de préparer un plan de hold-up avec minutie pour dérober une antiquaire, séduite par le malfrat. Plus récemment, dans Duo d’escrocs, Pierce Brosnan et Emma Thompson se rendent sur la côte d’Azur pour dérober un diamant de grande valeur et ainsi assurer une bonne retraite. Film déjanté avec des décors fabuleux, ce hold-up romantique fait bien évidemment penser au film de Hitchcock. Enfin, n’oublions pas de citer Ocean twelve même si toute l’intrigue ne s’y déroule pas. Il s’agit également d’escroquerie, pas de bijoux certes mais d’argent, dans Le plus escroc des deux.

Duo d'escrocs, Hopkins

Duo d’escrocs, Hopkins

Louis de Funès a également immortalisé la Côte d’Azur. Son rôle de gendarme dans la saga Le gendarme de Saint-Tropez est devenu culte. Les films peignent de très beaux tableaux, en plus de la trame principale, de la région : fêtes, mariages, promenades. Il s’agit d’une vie plutôt humble, souvent dans l’arrière-pays, rythmée par la routine du gendarme, mais tout de même une vie qui est parfois survoltée, notamment grâce à des poursuites totalement déjantées. On retrouve également Louis de Funès à Monaco, dans L’homme orchestre, créateur d’un spectacle de danse contemporaine, qui déteste être dépassé lorsqu’il conduit.

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Le gendarme de Saint-Tropez, Girault

Le festival de Cannes est également représenté au cinéma, notamment dans Femme fatale de Brian De Palma ou encore dans le culte La cité de la peur qui se déroule intégralement à Cannes, pendant le festival. Entre poursuite sur la croisette, parodie de Pretty Woman et carioca, l’atmosphère cannoise prime dans le film.

La cité de la peur, Berberian / Femme fatale, De Palma

La cité de la peur, Berberian / Femme fatale, De Palma

Pour clôturer ce dossier, nous nous focalisons en particulier sur le village pittoresque de Villefranche, dans lequel ont été tournés 140 films. La ville a accueilli le tournage de La main au collet, Elle et lui, Le diamant du Nil, La baie des anges ou encore Jamais plus jamais. Ces films profitent des couleurs chaudes, des petites rues escarpées et de ses maisons retirées en hauteur, sous l’ombre des arbres pour installer une véritable atmosphère douce et chaude. Ville très appréciée par Cocteau, on y retrouve la fameuse rue obscure d’Orphée, classée monument historique. Le restaurant La mère germaine recense les signatures de Rita Hayworth, Liza Minelli, Elizabeth Taylor, Brigitte Bardot, David Niven, Anthony Quinn ou encore Omar Sharif.

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Elle et lui, McCarey

Ce dossier permet de peindre un panorama, lequel se veut non exhaustif, des utilisations du décor naturel de la Côte d’Azur dans le cinéma, en espérant qu’il vous donne l’envie d’y aller, cet été peut-être, afin de (re)découvrir les lieux de tournage mythiques. Pour redécouvrir précisément la région, ville par ville, il existe un dossier très intéressant qui pourrait aider – lequel n’a pas servi pour ce dossier, excepté sur le paragraphe dédié à Villefranche.

http://cms.cotedazur-tourisme.com/userfiles/file/presse/DP%20Cinema%20VF.pdf

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2 commentaires

  1. Benjamin · juillet 3, 2015

    Tourisme (bourgeois plus que de masse dans les films évoqués), luxe, affaires et escroqueries (les casinos et leurs malfrats, voleurs et mafieux), un pas de plus et nous plongeons dans la mer criminelle… J’ai vu récemment un Téchiné niçois, L’homme qu’on aimait trop, qu’on n’a pas beaucoup aimé, malgré Deneuve, malgré Adèle Haenel… Il y était justement question de casino et d’un meurtre (peut-être)…

    De la liste dressée dans ton article, on manque la campagne littorale, sauf à travers les courses-poursuites des Gendarmes, De Funès à leur tête. Mais on comprend que l’arrière-pays intéresse moins les producteurs que les plages et le front de mer (quitte à être sur place…).

    Il serait intéressant de mesurer le poids du tourisme et de la carte-postale dans ce cinéma de Côte-d’Azur, et forcément tourné essentiellement vers le grand public (comédie, aventures) (le très chouette Arnacoeur à Monte Carlo dans ce double genre-là). Egalement de se pencher sur l’économie des lieux filmés (leur publicité faite dans les films, apparenté à du « placement de marques », son coût et ses retombées)… A l’opposé, il faudrait voir l’originalité de certains autres films. La Côte-d’Azur sert-elle jamais de trame de fond pour les drames sociaux, familiaux, un décor pour les plus modestes, quid de la pauvreté au soleil ? Bref, merci pour l’article car le dossier est passionnant !

    De notre côté, nous avons un faible pour un film de 1930, à la fois plus géographique et plus social que tous ceux évoqués, plus documentaire aussi (ceci explique cela), c’est A propos de Nice de Vigo.

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