Critique et analyse – L’expert

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  • Date de sortie : 9 novembre 1994 (1h50)
  • Réalisateur : Luis Llosa
  • Avec : Sharon Stone, Sylvester Stallone, James Woods, Eric Roberts, Rod Steiger
  • -10 ans (France) – 17 ans (Etats-Unis)
  • Allociné spectateurs : 2.2/5

Il y a bien trop de critiques défavorables pour L’expert, un thriller assez solide des années 90. Le film réunit un duo magistral constitué de Sharon Stone et Sylvester Stallone et se révèle assez qualitatif, en plus d’être nostalgique de cette décennie riche en action et rebondissements. Je tenais absolument à démontrer dans cette critique que le film est très honorable.

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Désireuse de se venger des assassins de ses parents, tués sous ses yeux lors qu’elle n’était qu’une enfant, la troublante Ray Munro recourt aux services de Ray Quick, ancien membre des Services spéciaux américains.

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Le film sort en 1994, période durant laquelle le thriller et le film d’action atteignent leur apogée. Il se développe alors plusieurs sous-genres, notamment le thriller romantique, dont le précurseur est Basic Instinct en 1992 grâce auquel Sharon Stone devient une vedette internationale. On peut citer par la suite Color of night, Harcèlement ou même Silver avec Sharon Stone une nouvelle fois. L’expert n’est certainement pas un thriller érotique brut, plutôt léger avec des scènes de nudité légère qui ne représentent pas l’enjeu du film. Il s’agit plus d’un thriller tourné vers l’action, présence de Sylvester Stallone oblige. Pourtant, le scénario se détache véritablement des autres thrillers d’action de la décennie en proposant un équilibre très subtil entre l’action et la psychologie des personnages, qui prend finalement une place assez consistante dans l’oeuvre. Il se rapprocherait plus d’un Heat que d’un Die Hard ou d’autres comme True Lies, Rock qui sont aussi de bons films, l’un n’empêchant pas l’autre. Le cocktail explosif et psychologique est tout l’intérêt du film. Les scénaristes ont véritablement bien travaillé cet équilibre et proposent des dialogues très riches, pas aussi savoureuses que dans Basic Instinct, mais qui restent très intéressants. Le niveau psychologique est intense, sans jamais atteindre toutefois et encore une fois celui de Basic Instinct – je n’apprécie certes pas la comparaison entre des films mais l’exemple de Basic Instinct est réfléchi puisque le film me tient à coeur et que Sharon Stone y joue. Cependant, ici, il ne s’agit pas non plus de composer qu’avec la psychologie des personnages puisque c’est un équilibre qui est voulu. Cet équilibre peut certainement expliquer la déceptions vis-à-vis du box-office, plus de quatre fois le budget mais n’étant pas celui qui était attendu et mérité. On regrettera tout de même la présence de quelques facilités scénaristiques, qui restent mineurs dans l’appréciation du film.

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Les personnages sont tous très bien travaillés, sans exception. Il ne s’agit donc pas seulement d’action et d’explosions, mais aussi d’étude de personnages fascinants, même s’ils restent plutôt classiques. Le personnage de May Munro est excellent, le plus intéressant de l’intrigue. Il se révèle finalement assez ambigu et ajoute de l’épaisseur, de la consistance, de la matière à l’ensemble. La figure vengeresse accepte de s’infiltrer dans la famille ennemie pour se rapprocher des assassins de ses parents, May n’hésitera pas à utiliser tous les pions disposés sur table et manipuler tout le monde pour arriver à ses fins. Le personnage est donc assez fort puisqu’il résiste littéralement devant son nouvel ami, Tomas. Alors qu’elle ressent du dégoût et de la haine, elle s’oblige de l’accompagner pour le piéger. On retrouve en quelque sorte le côté déterminant et aussi mystérieux, troublant de Sharon Stone dans ce rôle. Le personnage, exactement comme dans Basic Instinct, utilise un processus d’envoûtement pour arriver à tous ses fins. Celui-ci implique trois moyens différents. L’envoûtement auprès de Ray se fait par une relation téléphonique séduisante. Ray finira d’ailleurs par avouer qu’il la trouve intrigante en quelque sorte. Elle est de nature différente auprès de Tomas puisque celui-ci exprime un véritable coup de foudre envers elle, lequel était calculé d’avance. Elle a aussi manipulé Ned puisqu’il lui a vendu Ray contre sa couverture au sein des Leon. On voit donc bien que May Munro est intelligente et prévoit les évènements à venir, comme Catherine Tramell. Les deux personnages ne sont pas pour autant similaires sur tous les points.

© infographie créée par Keyvan Sheikhalishahi

© infographie créée par Keyvan Sheikhalishahi

Le personnage de Ned Trent est aussi très intéressant. Il cherche également, en quelque sorte, la vengeance, souhaitant tuer Ray à cause de l’échec de la mission à Bogota. Il est tout de même toujours admirateur envers le travail de son ancien coéquipier et possède une certaine franchise pour l’avouer. Totalement déjanté, prétentieux, il n’y a qu’un seul objectif pour lui : se venger et il n’hésite pas non plus à tout entreprendre, comme trahir les Leon puisqu’il accepte l’intervention de Ray. La perte de contrôle est également intéressante puisqu’elle surgit plusieurs fois durant le film, notamment lors de la menace explosive de Ned ou bien lors de sa furieuse engueulade téléphonique avec Ray. Fou furieux, le personnage ajoute une touche comique au film. On retrouve donc ce très bon équilibre. Le personnage de Tomas vaut également le détour, assez consistant. Il se révèle à la fois très cruel et profondément attachant. Il aime beaucoup May et on aurait peut-être voulu voir sa réaction s’il avait appris sa véritable motivation. Enfin, il faut l’avouer, le personnage de Ray est moins intéressant, l’étude est moins consistante. Il s’engage en quelque sorte dans la lutte contre les voyous et souhaite aider May, entrainé par l’envoutement. Il s’agira ensuite pour lui de survivre face aux hommes de Ned. L’histoire d’amour avec May est plutôt subtile. On voit bien que chaque personnage dans ce film possède ses propres objectifs, utilisant tous les pions pour y parvenir.

The Specialist

La distribution du film est très solide et représente un très grand atout. Sharon Stone retrouve le rôle de la femme mystérieuse, troublante et envoutante. Son jeu est sublime, son regard impressionnant. Elle démontre une nouvelle fois toutes ses possibilités et son talent, immense. Il est totalement ridicule et même grotesque qu’elle soit non seulement nominée mais aussi gagnante de la catégorie «pire actrice» des Razzie Awards. Il faudrait avoir honte. La cérémonie est certes insolite mais elle finit par être ridicule. Il faut dire que la cérémonie en veut quelque chose à ce film puisqu’il nomine Sylvester Stallone dans la catégorie «pire acteur», sans gagner – mais c’est pire puisque c’est Kevin Costner qui remporte le prix – puis dans la catégorie «pire couple», c’est bien celui formé par Sharon Stone et Sylvester Stallone qui gagne. Pire, décidément, le film est nominé également dans la catégorie «pire film». Il n’aurait plus manqué que John Barry dans la «pire bande originale». Sylvester Stallone, il faut avouer qu’il n’est pas toujours extraordinaire, reste honorable dans ce film puisqu’il arrive à résister face à la magistrale Sharon Stone, et il faut dire que tout le monde ne s’appelle pas Michael Douglas. Le jeu de Stallone est aussi influencé par celui de Sharon Stone qui l’envoute sur le plateau et l’aide ainsi à montrer que c’est un acteur honorable. James Woods, totalement déjanté et prétentieux, est génial. Éric Roberts, frère de Julia, est très convaincant également. Rod Steiger propose par contre un jeu moyen.

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La réalisation de Luis Llosa est réussie, elle est convaincante. Elle rend le film assez sensuel et un charme s’opère assez vite. Les plans ne sont certes pas extraordinaires mais le travail est réfléchi, rendant les tensions omniprésentes. On notera aussi une direction d’acteurs presque parfaite. La photographie est aussi réussie, jouant bien de la couleur locale d’un Miami festif dirigé par des familles influentes. Dans l’ensemble du film, les atmosphères sont réussies. La musique de John Barry est exceptionnelle, délicieuse, un pur produit brut propre au compositeur : Barry compose ce qu’il sait le mieux jouer. Toutes les pistes de la bande originale sont excellentes. John Barry nous propose deux thèmes principaux : celui de l’action, Bogota 1984 et un autre plus nostalgique qui montre le dégoût et la haine de Sharon Stone, entre autre le thème dédié au duo du film, The specialist in miami. Ce que réussit le mieux John Barry et ce dans de nombreux films qu’il a composé, c’est de véritablement bien décliner les thèmes pour les pistes secondaires. May and Ray at the Cemetery propose les mêmes tonalités que le deuxième thème avec un rythme plus lancinant. Barry propose aussi des pistes indépendantes, très jazzy qui rendent véritablement le film charmant, comme May dances with Thomas. Les violons dans la piste After Thomas– sont délicieux et composent une partition magnifique. The first bomb décline le premier thème, Barry commence à proposer des pistes pur bondiennes. Explosive Trent continue dans la lignée des James Bond, se rapprochant des pistes d’Octopussy, de Dangereusement vôtre et de Tuer n’est pas jouer. Barry nous confirme sa lancée bondienne avec The parking lot bomb qui est très similaire. Don’t touch me Ned et The death of Tomas déclinent assez bien le deuxième thème, Barry réussit à accroitre les tensions et les enjeux grâce à sa musique. Barry joue avec ses notes en déclinant avec May’s Room, le violon est magnifique et l’ajout de quelques notes de piano contribuent à l’ambiance jazz et aussi, peut-être nostalgique. Les pistes Ray meets May at her funeral, Closing in on Ray et You go in and get him sont plus graves et on retrouve par la suite des notes très propres aux 007 de Roger Moore avec There goes the hotel room. May meets Joe est aussi un pur joyau tant il décline bien le thème pour offrir une bande sonore plus complexée. Enfin, les trois dernières pistes sont de très belles déclinaisons avec une préférance pour les deux dernières, magnifiques. On a donc bien un ensemble musiclal cohérent et magnifique, très travaillé par Barry qui envoute littéralement le film lui aussi et représente un atout majeur pour apprécier encore plus le divertissement.

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L’expert n’est donc pas le film qui mérite toutes ces critiques négatives que l’on peut retrouver sur la toile. Nostalgique de la décennie 1990, ce thriller tourné vers l’action propose un scénario de qualité grâce à une étude de personnages fascinante. Il réunit un grand nombre d’atouts qui le rendent très qualitatifs, lesquels sont une distribution majestueuse, une technique réussie et une partition musicale magistrale. Belle réussite.

  • Réalisation : 8/10
  • Scénario : 8.5/10
  • Casting : 10/10
  • Musique : 10/10
  • Ambiance : 10/10

Film : 9.5/10

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