Critique et analyse – J’ai tué ma mère

affiche

  • Date de sortie : 15 juillet 2009 (1h40)
  • Réalisateur : Xavier Dolan
  • Avec : Anne Dorval, Xavier Dolan, Suzanne Clément, François Arnaud, Patricia Tulasne, Monique Spaziani, Pierre Chagnon
  • Tous publics 
  • Allociné spectateurs : 4.1/5
  • Allociné presse : 3.5/5

J’ai tué ma mère, le premier film de Xavier Dolan, a gagné de nombreux prix en 2009 et révélé son réalisateur. Réalisé à 20 ans, le film s’inspire de l’expérience de Xavier Dolan mais ce n’est pas pour autant une autobiographie. Il reste avant tout une fiction. Le titre annonce une oeuvre choc, alors est-ce que l’oeuvre en lui-même est-il aussi puissant?

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Hubert Minel n’aime pas sa mère. Du haut de ses 16 ans, il la méprise, ne voit que ses pulls ringards, sa décoration kitsch et les miettes de pain qui se logent à la commissure de ses lèvres quand elle mange bruyamment, ce qui s’ajoute à la manipulation et la culpabilisation. Confus par cette relation amour-haine qui l’obsède, Hubert vague dans les arcanes de l’adolescence, rongé par la hargne qu’il éprouve à l’égard d’une femme qu’il aimait pourtant jadis.

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Le scénario propose une réflexion très puissante, malgré des défauts, toutefois mineurs. L’intrigue est un extrait de vie, il n’y a ni début ni fin. L’histoire est donc véritablement comme un constat que l’on peut dresser, celle d’une cohabitation difficile entre une mère et son fils. Le quotidien est résumé par des prises de tête, des irritations, du chantage, de la culpabilisation, de la fatigue et bien plus encore. Il ne la comprend pas, se sent incompris, étouffe dans ce quotidien. J’ai tué ma mère, c’est l’apogée de l’épuisement d’une relation. Pourtant, on constate bien de la tendresse dans cette relation et peut-être même beaucoup trop d’amour réciproque, cause du problème? C’est le véritable intérêt du film : haïr tout en aimant, en quelque sorte le leitmotiv du film, ou encore l’impossibilité de vivre sans l’autre, un sujet qui fascine. C’est avant tout un problème d’incompatibilité puisque d’après Hubert, ils s’entendraient très bien s’ils étaient inconnus. L’intrigue ne dévoile pas tout sur ses personnages, ce qui permet des interprétations personnelles pour expliquer comment les deux personnages en sont arrivés à ce point. Elle laisse suggérer une mère paraissant désintéressée, n’arrivant pas à contrôler les situations à cause d’une lassitude des crises de son fils. On voit donc bien que le récit, d’une manière subtile, pose des questions sans toujours y répondre, nous invitant à la réflexion. Les dialogues font la force du film, les répliques sont fascinantes. Elles sont parfois drôles, mais c’est assez rare, trop rare à mon goût. Les relations avec les autres personnages sont aussi dignes d’intérêt, notamment avec le professeur d’éducation artistique qui partage avec Hubert un amour platonique très touchant. Le portrait est touchant mais on regrettera le manque d’approfondissement de certains personnages, empêchant une réflexion encore plus intense et intéressante. On peut noter par exemple le manque d’approfondissement pour le personnage d’Hélène Rimbaud, intéressant mais pas assez exploité. Le récit évite la monotonie narrative et nous épargne, heureusement, des clichés. Ici, les rôles sont presque inversés, c’est Chantal qui adopte une vie semblable à celle d’un adolescent : elle ne veut pas être dérangée lorsqu’elle visionne ses programmes favoris, sort avec ses amis, s’achète des vêtements, ne veut pas faire à manger… Les clichés sont donc heureusement évités. Le propos s’élargit aussi sur des malaises sociaux sans toutefois s’y centrer : l’enfance roi, le divorce, l’homosexualité. Tout ceci confère à l’intrigue une approche très réaliste et vraie, grand atout du film. Le parcours d’Hubert est ainsi assez réel avec des détails qui précisent la réalité du parcours des adolescents, comme la prise de drogue qui n’est pas exploitée dans le film mais énoncée. Cette approche très réaliste et vraie empêche tout enrichissement qui reste assez pauvre, l’absence d’un véritable bilan. C’est au spectateur de travailler.

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La réalisation de Xavier Dolan, malgré des défauts mineurs, contribue au réalisme du film, qui lui confère tout son charme. Les références artistiques sont nombreuses, même débordantes, mais heureusement utilisées de manière ingénueuse. L’utilisation des décors permet des contrastes, entre la maison sombre, encombrée et étouffante de Chantal et celle plus spacieuse et lumineuse d’Hélène Rimbaud. Les flash-back, sous forme de paradis perdu, ajoutent de la matière au film. Les citations littéraires sont par contre assez démonstratives et peu subtiles, contrairement aux lettres ou messages, dans la lignée de l’approche réaliste. Le montage parallèle entre le présent et le futur proche en noir et blanc n’apporte pas grand chose au film mais permet de le dynamiser. Toutefois, l’aspect journal intime permet d’affiner quelque peu la personnalité d’Hubert. Le tableau est crédible mais peut-être ces plans en noir et blanc forcent-ils un peu le tour. En général, Dolan a de bonnes idées, même de très bonnes, mais souvent elles ne sont pas tirées jusqu’au bout, ce qui les rend parfois dévalorisantes, notamment pour le cadre. Il est impossible de conclure sans souligner les interprétations. On retiendra en premier une Anne Dorval saisissante, magistrale, qui apporte au film un charme unique. Bluffante dans ce film, elle sait adopter toutes les nuances qu’il faut, jusqu’à un échange téléphonique fascinant. Xavier Dolan joue très bien aussi, mais on se rend souvent compte qu’il est un acteur qui joue sur un plateau de cinéma. Aussi peut-être insiste-t-il trop sur les connotations biographiques alors que le récit est bien plus une fiction. François Arnaud est  convaincant et Patricia Tulasne ainsi que Monique Spaziani optent pour un jeu intéressant. Pierre Chagnon opte un jeu très sincère. Enfin, Suzanne Clément apporte de la fraicheur.

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Puissant et poignant, malgré des défauts, il n’y a pas de honte à verser quelques larmes par moments devant ce spectacle émouvant. On conclura sur une réplique qui résume plutôt bien le film :

«Tu ferais quoi si je mourrais aujourd’hui?»

En le voyant s’éloigner, Chantal murmure pour elle-même :

«Je mourrais demain.»

  • Réalisation : 8.5/10
  • Scénario : 8.5/10
  • Casting : 9/10
  • Musique : 7.5/10
  • Ambiance : 10/10

Film : 9/10

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