Critique – Birdman

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  • Date de sortie : 25 février 2015 (1h59)
  • Réalisateur : Alejandro González Iñárritu
  • Avec : Michael Keaton, Zach Galifianakis, Edward Norton, Emma Stone, Andrea Riseborough, Naomi Watts, Amy Ryan, Lindsay Duncan
  • Tous publics (France) – 17 ans (Etats-Unis)
  • Allociné spectateurs : 3.9/5
  • Allociné presse : 4.1/5

Lors de la cérémonie des Oscars, Birdman de Alejandro González Iñárritu a été l’un des grands gagnants : meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur scénario original, meilleure photographie. Tout juste sorti ce mercredi au cinéma, le nouveau film d’ Iñárritu aurait donc plein de qualités et pourtant la critique en France de la part des spectateurs est plutôt nuancée…Alors Birdman est-il vraiment extraordinaire? Critique.

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À l’époque où il incarnait un célèbre super-héros, Riggan Thomson était mondialement connu. Mais de cette célébrité il ne reste plus grand-chose, et il tente aujourd’hui de monter une pièce de théâtre à Broadway dans l’espoir de renouer avec sa gloire perdue. Durant les quelques jours qui précèdent la première, il va devoir tout affronter : sa famille et ses proches, son passé, ses rêves et son ego…S’il s’en sort, le rideau a une chance de s’ouvrir…

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Je débute, une fois n’est pas coutume, par la réalisation d’Iñárritu, qui est extraordinaire. Le film est constitué d’un faux plan-séquence de deux heures. Le réalisateur s’inspire de la méthode Hitchcock pour créer l’illusion que le plan est continu sur deux heures. L’atmosphère qu’il crée dans le St. James Theater réussit véritablement à nous faire plonger dans l’ambiance des coulisses d’un théâtre, en nous faisant perdre dans ce dédale de couloirs et de pièces remplies. C’est un très beau tour que joue Iñárritu, d’un point de vue technique, puisque l’immersion est totale et l’intérêt juste pour la découverte de l’ambiance et des actions que peuvent avoir lieu dans les coulisses est vraiment très intéressante, même si ici il ne s’agit pas vraiment d’actions habituelles…Des actions, il y en a beaucoup, ce qui enrichit beaucoup le cadre. En effet, il se passe beaucoup dans ce cadre, ce qui le rend très dynamique : bagarres, courses, engueulades… La caméra est fluide, habile et exécute un beau parcours. Iñárritu nous montre sa totale maîtrise, et c’est bluffant. De plus, la photographie d’Emmanuel Lubezki permet de magnifier les personnages et rendre le film encore plus plaisant. La photographie est un véritable atout et arrive en plus à se faire discret. Le travail de Lubezki est plein de virtuosité. La musique est intéressante, rythme bien le film avec des accélérations et des freinages de batteries, et pour une fois, ce genre musical ne lasse pas.

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Le scénario est intéressant, mais quelque peu décevant. Il ne représente pas l’intérêt majeur du film, mais ses faiblesses sont vite camouflées par la réalisation d’Iñárritu. Outre le fait qu’il donne aux personnages une consistance psychologique très intéressante et solide, et peut-être qu’il mélange habilement réalité et fantastique, il n’a rien d’exceptionnel. Les dialogues sont bien écrits, mais le récit n’est pas extraordinaire, il raconte les rêves, les désirs, les échecs et les cauchemars d’un acteur dans ce semi huis-clos, qui essaie de tenter une renaissance artistique au théâtre. Le propos est donc simple, magistralement bien mis en scène, mais reste simple. Cependant, on retiendra un mélange de genres pas total mais réussi tout de même, entre un registre pathétique et comique. Dans ce drame, on rigole aussi beaucoup, notamment lors de cette scène complètement hilarante et déjantée qui ajoute encore plus de dynamisme, dans laquelle le personnage de Michael Keaton est forcé de parcourir Times Square, en slip, pour rejoindre le théâtre dans lequel il doit jouer.

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Le casting est extraordinaire. Le rôle de Riggan est fait véritablement pour Michael Keaton, qui avait joué le Batman de Burton et qui s’est fait oublié quelque peu par la suite. Il renaît totalement dans ce film. Son interprétation est très solide, il joue très bien la dualité entre Birdman et Riggan, c’est à dire la dualité entre le super-héros et la trace artistique prestigieuse qu’il veut avoir. Comme le scénario accorde beaucoup de consistance psychologique à son personnage, son jeu devient alors magistral, le personnage étant très solide : vie privée médiocre, interrogation sur sa condition d’acteur… Iñárritu critique à travers ce personnage les films de super-héros ainsi que la négligence des critiques. Le cinéma de super-héros représente un overdose pour Hollywood, qui est trop drogué. Le cinéaste nous l’explique dans ses propres paroles, ayant dit qu’il avait peur qu’une génération grandit avec des «spectacles stupides» et qu’elle ne va plus «avoir la capacité de se voir révéler des choses sur sa vie. C’est une honte». Le film bénéficie de seconds rôle de luxe. Edward Norton est impressionnant et propose une composition tout en nuances, un travail très subtil. Zach Galifianakis est surprenant, dans un rôle différent, et propose aussi un jeu très intéressant et surtout juste. Naomi Watts et Andrea Riseborough sont très brillantes. Emma Stone propose un jeu intéressant aussi, surtout dans une scène d’engueulade ultime, mais plus décevant en dernière partie.

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J’avais peur de m’ennuyer, je ne me suis jamais ennuyé. Iñárritu propose une chronique brillante, une belle réflexion sur l’art et la vie sur la forme d’un beau spectacle. Malgré quelques petites faiblesses, ce défi technique et artistique énorme est réussi. Félicitations.

  • Réalisation : 10/10
  • Scénario : 7.5/10
  • Casting : 10/10
  • Musique : 9/10
  • Ambiance : 10/10

Film : 9.5/10

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3 commentaires

  1. Benjamin · avril 13, 2015

    Même si le plan séquence est faux, disons qu’il n’y en a pas mais peut-être 10 (???), on imagine le travail et l’extraordinaire coordination de tous. Les acteurs, comme souvent chez Inarritu (et souvent -mais pas ici, même si le film partage singulièrement les critiques- à défaut du reste), sont excellents.

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