Dossier – Conquête de l’Ouest et cinéma : réflexion sur les représentations

La conquête de l’Ouest représente la période de colonisation, au XIXe siècle d’un immense territoire qui s’étend entre le Mississippi et l’océan pacifique, par les colons américains. Des terres colonisées au fur et à mesure après de nombreuses guerres qui étaient habitées par des peuples amérindiens et qui étaient alors pour la plupart quasiment inconnues par les colons. Cette conquête fait passer aux Etats-Unis au rang d’une puissance mondiale, elle demeure toujours ancrée dans la culture et le folklore américain. C’est donc avec une certaine logique qu’une grande majorités de westerns prennent pour contexte celui de la conquête de l’Ouest. C’est précisément la question que nous allons étudier dans ce dossier, celle du rapport entre l’histoire de la conquête et sa représentation au cinéma.

Limites de l'Ouest américain

« Us map West », Jay Carriker, Wikimedia commons (commons.wikipedia.org)

La colonisation

Le début

Au début du XIXe siècle, Saint-Louis en Haute-Louisiane est une très grande ville, très influente, puisqu’il se situe sur la frontière et constitue donc un passage pour le voyage vers l’ouest. La ville devient ainsi une très grande plateforme commerciale et bénéficie du trafic fluvial sur le Mississippi. En 1803, Thomas Jefferson, alors président des Etats-Unis, achète la Louisiane à la France, considérée comme un handicap à cause de la rébellion des esclaves et des maladies tropicales par Napoléon Bonaparte. Dans un même temps, Thomas Jefferson organise des explorations du territoire inconnu, il veut savoir s’il est possible de rejoindre le Pacifique et recenser des ressources naturelles éventuelles. Les expéditeurs les plus connus sont Lewis et Clark, chargés d’explorer le Missouri et ses affluents pour essayer de rejoindre le Pacifique par voie fluviale. Ils établissent aussi des contacts avec les tribus amérindiennes et mènent des études scientifiques, lesquelles sont pour la plupart celles du climat, du sol, du réseau hydrographique, de la faune et de la flore.

« Carte Lewis and Clark Expedition », Victor Van Werkhooven, Wikimedia commons (commons.wikimedia.org)

La mise en route

La colonisation est alors mise en route. En 1870, on recensait environ 100 000 Américains à l’ouest des Appalaches. En 1840, on en dénombre 7 millions. Des milliers de personnes se lancent vers l’Ouest en 1840. Le «Homestead Act», dès 1862, encourage à la colonisation, attribuant un titre de propriété à chaque colon qui a travaillé la terre pendant cinq ans, américain ou non. La majorité des pionniers concerne donc les agriculteurs qui partent avec un capital, ils forment des convois de chariots et suivent la piste de Salt Lake City, de Santa Fé et de L’Oregon. La traversée du continent est longue et expose plein de dangers, lesquels sont majoritairement le blizzard dans les Montagnes Rocheuses, les traversées de rivière et les attaque des Indiens. Il fallait, en moyenne, un an et demi pour atteindre l’Ouest sauvage.

Les colons établissent des points d’étapes qui deviennent leurs repères, comme Chimney Rock ou Ash Hollow. Des premiers hôtels apparaissent durant la seconde moitié du XIXe siècle. La piste de Santé Fé devient vite commerciale. Á Santa Fé, les colons vendent des armes et de la pacotille. Quant à Salt Lake City, la ville devient la plaque tournante du réseau commercial des Mormons et par la suite un centre d’approvisionnement important.

Les affameurs d’Anthony Mann est un film très intéressant qui illustre bien plusieurs aspects de la colonisation de l’ouest. Il s’agit d’un convoi de pionniers qui se dirige vers les plaines verdoyantes de l’Oregon et qui se lancent dans un périple très dangereux en 1946. Mann nous offre des séquences d’extérieur d’une beauté inédite. On retrouve aussi dans un autre film d’Anthony Mann un des symboles de la conquête, celle du winchester, le fusil type, dans Winchester 73, premier film du cycle des westerns de Mann avec Stewart.

Les affameurs

Les affameurs, Anthony Mann

Les ruées

La ruée vers l’or

L’Ouest sauvage contient des richesse minérales. En 1848, James Marshall découvre l’or. en Californie. La nouvelle se répand rapidement et la Californie devient le nouveau territoire de jeu de mineurs européens ou sud-américains. En dix ans, la population augmente considérablement, multipliée par quatorze. San Francisco est le premier port d’arrivée par voie maritime, les mineurs proviennent de tout le globe, après de très longs voyages océaniques. San Francisco est une ville née de la ruée vers l’or, passant de 800 à 20 000 habitants. Les conditions de travail des mineurs sont misérables. Ils n’ont pas de réel logement, souffrent de maladies sans avoir de traitement et bénéficient d’une nourriture pauvre en outre. Chaque camp a ses propres règles et la justice est rendue par un vote populaire. L’économie californienne est transformée, la Californie attire des géologues, des médecins, de nombreux commerçants et des avocats. Après les découvertes en Californie, les mineurs partent pour les Montagnes Rocheuses ou dans le Sud-Ouest et découvrent de l’or dans le Colorado, l’Utah, l’Arizona, le Nouveau-Mexique, le Montana et l’Idaho.

Le port de San Francisco vers 1850 témoigne de la rapidité de l'essor de la ville

Le port de San Francisco vers 1850 témoigne de la rapidité de l’essor de la ville

Beaucoup de westerns mettent en scène la quête de l’or. Le mariage est pour demain d’Allan Dwann pose comme contexte celle de la ruée vers l’or de Californie. Le film fait ressortir une atmosphère de mélancolie  dans une période où les effets de la fièvre de l’or sont omniprésents. Dans Pale Rider, le cavalier solitaire, Clint Eastwood met en exergue les conflits que peut susciter la quête de l’or, ici entre des chercheurs d’or indépendants et la ville qui veut récupérer ses parcelles. La colline des potences montre l’arrivée d’un médecin dans une petite communauté de chercheurs d’or en 1873 dans le Montana. Delmer Daves opte pour un choix réaliste et représente des portraits sombres de cette communauté composée de femmes de petite vertu et d’hommes rustres. La description de la ruée vers l’or et de ses participants est ici très précise et détaillée, montrant par exemple les phénomènes de foule comme lorsque le groupe devient fou suite à la découverte d’un filon. Le film bénéficie de superbes décors avec une nature qui tient une place très importante. En effet, Daves consacre beaucoup d’importance lorsqu’il filme les magnifiques paysages de l’État de Washington. Le film devient même presque une approche documentaire. Autre film très intéressant sur la ruée de l’or, un autre western de Mann avec Stewart, qu’est Je suis un aventurier. Il s’agit cette fois d’un aventurier qui décidé de guider avec son partenaire un convoi à travers les Rocheuses, jusqu’à une ville de chercheurs d’or. Une ville qui est proie à la violence. Mann film des lieux et paysages magnifiques qui constituent l’itinéraire passionnant de Stewart. Les paysages enneigés, notamment, appartiennent aux plus beaux paysages de western. Le film parvient à nous impliquer dans les espoirs et craintes des villageois.

Le mariage est pour demain, Allan Dwann / Pale Rider, le cavalier solitaire, Clint Eastwood / La colline des potences, Delmer Daves

D’autres ruées

Des villes naissent grâce à l’activité minière, comme Virginia City, Carson City et Silver City. San Francisco connaît aussi une croissance considérable qui contribue à l’ascension de familles riches. La célèbre ville de Tombstone, théâtre du règlement de compte de OK Corral, est une ville minière noitoire, avec des gisements d’argent découverts en 1877. Wyatt Earp et ses frères arrivent deux ans plus tard et achètent des participations dans la mine Vizina et autres droits et concessions. Trois d’entre eux sont nommés marshall et deviennent connus lors du fameux règlement. Une fusillade qui dura 30 secondes, le 26 octobre 1881 à 15 heures qui est la plus célèbre de l’histoire de la conquête de l’Ouest.

La fusillade d’OK Corral a été reconstituée dans de nombreux westerns, symbolisant la lutte entre ordre et banditisme dans les villes frontalières du vieil ouest où la police était souvent inefficace ou inexistante. Le plus connu est sans aucun doute le film éponyme de John Sturges avec Kirk Douglas et Burt Lancaster. Un film mythique qui remporte un énorme succès et permet de mettre en chantier des westerns à plus gros budgets comme Le dernier train de Gun Hill qui atteindra presque le même niveau de réussite. Lawrence Kasdan s’intéresse aussi à cette fusillade en se focalisant sur le personnage de Wyatt Earp, interprété par Kevin Costner dans Wyatt Earp.

Règlements de comptes à OK Corral, John Sturges / Wyatt Earp, Lawrence Kasdan

Règlements de comptes à OK Corral, John Sturges / Wyatt Earp, Lawrence Kasdan

Les Indiens

La politique indienne

Les terres indiennes sont dans un premier temps empruntées pour raccourcir le trajet de l’Oregon ou de la Californie. Les terres subissent des dommages considérables à cause du bétail des colons, ce qui aboutit à des ripostes de nature différente de la part des Indiens. Des traités sont alors signés pour pouvoir construire des routes et des relais des postes et permettent en échange aux Indiens de recevoir pendant dix ans des compensations annuelles pour les dégâts causés. L’attitude des colons est variante, elle va de la malveillance extrême à un humanitarisme plus déplacé. Cependant, la conclusion des traités devient de plus en plus difficile et les négociations rendent encore plus la stratégie complexe. Les guerres débutent à partir de 1850.

La ruée vers l’Ouest de Mann décrit un Ouest en construction et souligne le manque de tolérance des colons envers la population indienne, comme peut le montrer le lynchage d’un indien. La nation américaine s’est construite sur la valeur d’hommes aventureux mais aussi sur la violence et l’ambition démesurée.

Les guerres amérindiennes

La colonisation est violente. Dans la région des grandes plaines, l’afflux de milliers de pionniers, l’instauration du chemin de fer et l’arrivée des chercheurs d’or bouleversent l’environnement, les habitudes et les territoires sacrés des Indiens. Les Indiens réagissent en attaquant des convois, coupant les lignes télégraphiques ou même sabotant les voies ferrées. Parfois, ce sont des incidents mineurs qui déclenchent des tueries, comme l’abattage d’animaux et le demande de réparation. Les combats sont féroces et la résistance indienne parfois insistante, comme celle des Comanches dans les plaines du Texas, celle des Sioux dans les plaines du Nord ou encore celle des Apaches au Sud-Ouest.

Certaines tribus sont forcées d’émigrer, escortées par des soldats américains. C’est le cas de la terrible «piste des larmes» entre 1838 et 1839 pendant laquelle 4000 Cherokees moururent, à cause de températures extrêmes, de faim ou d’épuisement. Les indiens s’établissent dans le Territoire indien, laissant leurs terres d’origine aux colons blancs. En 1868, l’état américain met fin à l’insurrection des Sioux et leur garantit le respect de leur territoire sacré dans les Collines noires.

La question de la conquête aux dépens des Amérindiens est complexe. Certains respectent profondément les Indiens, souhaitant avant tout l’absence de violence, privilégiant la négociation, l’éducation ou l’évangélisation. Des philantropes et des journalistes militent pour leur respect et l’arrêt des massacres après la Guerre de Sécession. Le gouvernement fédéral et l’opinion publique de l’Est adhèrent à ce point de vue. La majorité des généraux sont favorables à l’extermination, certains partisans de la Destinée manifeste veulent imposer par la force la civilisation américaine et sont favorables à des moyens violents pour les indigènes refusant la «civilisation».

La principale défaite des soldats américains eut lieu en 1876 à Little Big Horn. Une force de Sioux et de Cheyennes massacre le 7e régiment de cavalerie. Le gouvernement réagit en envoyant des milliers de soldats qui forcèrent les tribus à se soumettre. Le massacre de Wounded Knee en 1890 marque la fin des guerres indiennes, les Indiens des grandes plaines capitulent et acceptent de vivre dans des réserves.

Carte de la déportation des Indiens d'Amérique

Carte de la déportation des Indiens d’Amérique

Ce panneau indique la

Ce panneau indique la « piste des larmes » à Fayetteville en Arkansas

Danse avec les loups de Kevin Costner remet en cause la «civilisation» en soulignant la violence et la barbarie des colons envers le peuple Sioux. Le lieutenant John Dunbar, lui, choisit les siens et s’oppose aux soldats blancs. L’oeuvre de Kevin Costner souligne aussi la menace permanente que pèse sur les peuples indiens et l’obligation de migration  pour fuir aux colons. D’autres films, à structure plus classique, mettent en scène l’opposition entre Indiens et blancs. La flèche brisée de Delmer Daves se déroule en Arizona en 1870 et souligne les conflits entre les Apaches et les blancs ainsi que la fragilité des traités. C’est le premier western à présenter véritablement les Indiens sous un jour favorable. Le réalisateur a passé deux mois dans une tribu indienne pour nourrir son film et donner une toute autre image. Le capitaine Jeffords, joué par James Stewart, est dégoûté des conflits et tente de mener une négociation pour la paix entre les deux peuples. Cependant, les blancs considèrent les Indiens comme des assassins et ces derniers refusent de céder leurs terres. Le film se concentre aussi sur la vie et les coutumes des Apaches. Un western marquant et très bien maîtrisé. Little Big Man d’Arthur Penn avec Dustin Hoffman insiste sur la violence et la brutalité des batailles, de l’extermination radicale et massive d’un village indien par des soldats jusqu’à la sanglante bataille de Little Big Horn. La mort et la désolation plane dans ce film d’un pessimisme rare et se termine sur le visage de cet homme centenaire, fatigué de la vie et surtout dégoûté des hommes. Anthony Mann, avec L’appât, souligne la barbarie des blancs, déjà par le viol d’une indienne par un ex-officier nordiste puis par le massacre d’une tribu indienne pacifiste, un carnage qui choque, alors que les indiens étaient immobiles et inoffensifs. Dans cette même lignée, Le massacre de Fort Apache de John Ford présente les Indiens comme des héros, dignes et valeureux, susceptibles de négocier la paix mais régulièrement trahis. Miguel Inclan, dans le rôle de Cochise, montre un visage noble et honnête. Ford redonne aux Indiens une dignité dans le sens où leur combat est maintenant légitime et justifié. Toujours réalisé par Ford, La charge héroïque met en scène des Indiens qui ne sont pas seulement montrés comme des sauvages sanguinaires mais aussi comme des hommes qui sont affectés par la perte de leurs terres qu’ils souhaitent seulement récupérer. C’est donc une nouvelle fois des actes légitimes et justifiés qu’expose Ford. Enfin, oeuvre très importante, une nouvelle fois de John Ford, Les Cheyennes retrace la vie du peuple éponyme en 1878 qui refuse de vivre dans une réserve. La tribu part en direction du Dakota où il espère trouver une vie meilleure. Cependant les blancs sont à leur poursuite et sont chargés de la ramener dans son camp. C’est un grand film sur les Indiens consacré à leur cause. Le film porte un superbe regard sur la souffrance du peuple indien, c’est l’histoire même d’une marche. Pour la dernière fois, Ford témoigne une nouvelle fois d’un respect sincère pour les Indiens et d’un mépris pour toute forme de ségrégation.

La flèche brisée, Delmer Daves / Little Big Man, Arthur Penn / Le massacre de Fort Apache, John Ford / Les Cheyennes, John Ford

La flèche brisée, Delmer Daves / Little Big Man, Arthur Penn / Le massacre de Fort Apache, John Ford / Les Cheyennes, John Ford

Les transports

La diligence et le chemin de fer

Les diligences sont conçues pour pouvoir escalader les déserts et parfois traverser les montagnes. La compagnie Wells, Fargo and Co transportait souvent des cargaisons de valeur dans ses coffres-forts. Les attaques de diligences étaient assez rares puisque les routes passaient au large des territoires dangereux. Les pistes sont progressivement abandonnées avec le développement des lignes de chemin de fer, surtout après l’achèvement du premier chemin de fer transcontinental, construit entre Sacramento et Omaha entre 1863 et 1869. Le durée de voyage à travers le pays d’est en ouest est réduire d’environ quatre mois à une semaine avec l’achèvement de cette ligne. L’investissement est énorme, autant économique que physique, chaque rail en fer pèse 320 kg. Le train permet de supprimer l’aspect «aventure» de l’itinéraire, permettant de voyager dans des «wagons luxueux». Bien évidemment, le chemin de fer facilite tout d’abord les échanges commerciaux puis multiplie l’arrivée de familles immigrantes dans l’Ouest.

Le cheval de fer de John Ford avec Barbara Stanwyck met en scène un ingénieur qui rejoint l’Union Pacific en 1862 et les efforts qu’il faut réunir pour construire un chemin de fer. Pacific Express réalisé par Cecil B. DeMille met en opposition deux compagnies ferroviaires rivales peu avant 1870 qui tentent de construire la première ligne de chemin de fer qui traversera le pays d’Est en Ouest. Le film permet de découvrir les difficultés et les embûches qu’ont rencontré les deux compagnies. Le train est parfois primordial dans des westerns et représente l’enjeu primordial. Il prend même le titre du film dans Le dernier train de Gun Hill dans lequel le personnage joué par Kirk Douglas retient un otage dans un hôtel contre une dizaine d’hommes à l’extérieur et doit attendre l’arrivée du train le soir pour partir, sa seule échappatoire. Plus connu, dans Le train sifflera trois fois, un shérif se retrouve seul en ville contre un bandit qui arrive par le train pour se venger, attendu par trois complices à la gare. Le train peut aussi apparaître au début des films et peut servir comme contexte spatial d’une rencontre faite par hasard, ne citons pas L’inconnu du Nord Express, nous nous éloignerons du sujet mais plutôt L’homme qui n’a pas d’étoile dans lequel le personnage de Kirk Douglas monte clandestinement à bord du train et sauve la vie d’un jeune cowboy. Mais le train peut aussi être l’objet d’un pillage de haute volée, tel dans Butch, Cassidy et le kid ou dans L’homme de l’ouest de Mann dans lequel le train qu’emprunte Link Jones, joué par Gary Cooper, pour la première fois, est attaqué par trois bandits. Impossible de parler de train sans parler du film Il était une fois dans l’Ouest dans lequel le train occupe une place centrale dans l’intrigue.

Il était une fois dans l'Ouest, Sergio Leone / Le cheval de fer, John Ford / Pacific Express, Cecil B. DeMille / Le dernier train de Gun Hill, John Sturges / Le train sifflera trois fois, Fred Zinnemann / L'homme qui n'a pas d'étoile, King Vidor / L'homme d el'Ouest, Anthony Mann

Il était une fois dans l’Ouest, Sergio Leone / Le cheval de fer, John Ford / Pacific Express, Cecil B. DeMille / Le dernier train de Gun Hill, John Sturges / Le train sifflera trois fois, Fred Zinnemann / L’homme qui n’a pas d’étoile, King Vidor / L’homme d el’Ouest, Anthony Mann

Le Pony Express

La nécessité des communications à travers le continent s’accroit avec le temps. Dans un premier temps, en 1856, les routes s’améliorent et des postes se créent. La révolution des communications a cependant lieu en 1860, avec la création d’un service de distribution de courrier plus rapide, réduisant le délai à dix jours. Les cavaliers et 150 stations distantes d’une vingtaine de kilomètres assurent ce qu’on appelle le Pony Express. Le service connait cependant une durée de vie assez minime puisque le télégraphe continental apparait en octobre 1861. Le télégraphe et le code Morse rendent possible la transmission instantanée d’informations.

Il existe peu de films qui consacrent beaucoup d’importance aux moyens de télécommunications, notamment la télégraphie. On peut retenir tout de même un western de Fritz Lang, Les pionniers de la Western Union, qui met en scène un ingénieur de la compagnie télégraphique éponyme qui est chargé de diriger les travaux d’installation d’une ligne à travers les territoires de l’Ouest, vers la Californie. Le film montre en outre les dangers que présentent un tel travail, notamment la menace indienne.

Le bétail

La disparition des bovins

La disparition de troupeaux de bisons dans les Grandes Plaines entraine l’essor de l’élevage du bétail. Les bisons qui étaient une ressource vitale pour les Indiens souffrent de plusieurs épizooties qui réduisent les troupeaux considérablement. D’autres facteurs entrent aussi en jeu, comme la chasse, notamment en faveur de l’industrie du tannage du cuir. On constate de nombreux massacres qui souvent ne mènent à aucun profit. L’abattage des bisons est aussi encouragé par l’armée américaine afin de priver les Sioux et les Pawnees de cette ressource.

Une scène dans Danse avec les loups illustre bien l’importance des bisons pour la survie des Sioux. C’est d’ailleurs en chassant avec les Indiens que le lieutenant Dunbar devient véritablement leur ami. On remarque aussi que la chasse des bisons est rendue exagérée avec l’abattage d’un trop grand nombre d’animaux.

Danse avec les loups, Kevin Costner

Danse avec les loups, Kevin Costner

L’élevage bovin

L’élevage bovin est en pleine expansion. Les ranchs s’étendent et sont détenus pour la plupart par des investisseurs écossais et anglais. Naissent alors des villes dites «du bétail», notamment dans le Kansas et le Missouri, elles se caractérisent par la construction de services spécifiques pour les éleveurs et les cowboys. Les démonstrations de tirs intempestifs est rare, parfois les armes de poing sont interdites et souvent, on constate la présence d’une forme de contrôle d’armes à feu. Contrairement à ce qui est montré dans les westerns, les duels au milieu de la rue principale sont très rares et les marshalls affrontent rarement les hors-la-loi. Cependant la loi et l’ordre existent, même s’ils mettent du temps à s’établir, sous forme d’une justice privée ou de forces de police.

Beaucoup de westerns posent comme intrigue le convoi d’un troupeau. L’exemple le plus célèbre est certainement celui de La rivière rouge de Howard Hawks avec John Wayne.  Le film détaille les difficultés du bétail à être vendu dans le Sud, ruiné par la guerre civile, ce qui entraine à Tom Dunson de mener son troupeau à travers deux milles kilomètres séparant le Texas et le Missouri. Une scène montre d’ailleurs le passage d’une rivière par 9000 bêtes, scène dont la beauté de ses images marquera les esprits. Dans Les implacables avec Clark Gable, il s’agit d’un convoyage de troupeau du Texas au Montana, un territoire dont les habitants sont en manque de viande et où celle-ci se revendrait à prix d’or. Le voyage est épique avec des traversées de rivière impressionnantes. Le nombre gigantesque de bêtes rend le film digne d’un blockbuster. Je suis un aventurier, préalablement cité, est un très beau western qui retrace l’itinéraire d’un troupeau mené par James Stewart à travers les montagnes enneigées. Enfin, plus récemment, dans Open Range de Kevin Costner,  des cowboys mènent leurs troupeaux à travers les vastes plaines de l’Ouest. D’autres films ne se focalisent pas sur le convoyage de troupeaux mais consacrent une place intéressante au bétail. La poursuite infernale et L’étrange incident se focalisent particulièrement sur le vol de troupeaux. L’exemple est plus marquant dans L’étrange incident dans lequel la population est méfiante et inquiète à cause de la succession des bols de bétail dans la région. Dans Les grands espaces de William Wyler avec Gregory Peck et Charlton Heston, le bétail est un des sources de conflit entre deux clans, puisque l’un interdit à l’autre l’abreuvage des bêtes dans un cours d’eau. Le bétail est aussi source de conflit entre deux amis dans L’homme qui n’a pas d’étoile. Ces films montrent l’existence de «guerres du bétail» qui opposent des fermiers et des éleveurs et qui suscitent que très rarement l’intervention de l’armée pour rétablir l’ordre. Les conflits éclatent essentiellement à cause des droits de l’eau ou pâturages sur les terres non clôturées. Ces guerres peuvent entrainer des vendettas.

Open Range, Kevin Costner / La rivière rouge, Howard Hawks / Les implacables, Raoul Walsh / L'homme qui n'a pas d'étoile, King Vidor

Open Range, Kevin Costner / La rivière rouge, Howard Hawks / Les implacables, Raoul Walsh / L’homme qui n’a pas d’étoile, King Vidor

La loi et la morale de l’Ouest

Les hors-la-loi

De nouvelles règles se mettent en place dans l’Ouest, notamment une qui impose qu’un homme ne doit pas s’éloigner d’une bagarre et détient une capacité de réponse, même si celle-ci entraine la mort de l’adversaire. Les représentants de la loi exercent comme principale activité celle de s’occuper des ivrognes avant qu’ils ne deviennent dangereux. Ils désarment les cowboys qui ne respectent pas les contrôles de de port d’armes et essaient d’empêcher les duels. Ils se concentrent aussi sur des projets de rénovation des rues ou d’autres tâches civiques. Les juges de paix, eux, sont pour la plupart corrompus politiquement et peu qualifiés. Les plus qualifiés rendent la justice en fonction du bon sens et de leur expérience, mais ne se réfèrent pas un code de lois. Il existe deux types de banditisme : celle menée par les Mexicains ou Indiens qui prennent les colons pour cible et celle menée par les bandits de toutes sortes. Les plus connus sont Jesse James, le gang des Dalton, Billy the Kid, Butch Cassidy, Sundance Kid. Butch Cassidy est un voleur de chevaux, de bétail, pilleur de banques et de trains et est associé à Sundance Kid. Billy the Kid est certainement le plus célèbre hors-la-loi. Petit et juvénile, il possède une attitude très colérique et manie très bien les armes. Il fut abattu à l’âge de 21 ans par Pat Garett, devenu alors figure de légende. Ces bandits peuvent être des produits de la violence de la Guerre de Sécession ou bien se forment lors de difficultés pour l’élevage du bétail. Les villes organisent des groupes d’autodéfense et des agences de détectives naissent le jour, comme celui d’Allan Pinkerton, qui invente le système d’affichage des portraits des bandits recherchés.

La majorité des westerns mettent en scène des bandits et des hors-la-loi pour aboutir à un duel final, comme dans Et pour quelques dollars de plus par exemple qui pose comme originalité un duel rythmé par la musique. Le premier western, Le vol du grand rapide, possède d’ailleurs comme récit le pillage d’un train. D’autres mettent en scène des bandits connus, comme Butch Cassidy, interprété par Paul Newman dans Butch, Cassidy et le Kid. Film très léger, il véhicule tout de même un désenchantement progressif et montre que les rêves les plus fous se heurtent au mur. Le plan final et son arrêt sur image qui fige les deux anti-héros pose la question de l’utilité d’une telle aventure. Parmi une dizaine de films, Le gaucher d’Arthur Penn met en scène Paul Newman, encore une fois, qui interprète cette fois Billy the Kid. Le film est intéressant puisqu’il remonte aux origines de la vie du hors-la-loi et le début de sa périlleuse cavale. Le récit souligne le côté immature et naïf de l’adolescent. Le gang des frères Dalton a aussi permis de réaliser plusieurs films autour de ces personnages mais on retiendra surtout leur utilisation dans la série des Lucky Luke.

Butch Cassidy et le Kid, George Roy Hill / Le gaucher, Arthur Penn

Butch Cassidy et le Kid, George Roy Hill / Le gaucher, Arthur Penn

La prostitution

Avant que l’influence des institutions judiciaires ou religieuses apparaissent, la place du jeu et de la prostitution dans les villes de l’Ouest était majeure. La prostitution apparaît d’abord dans les villes minières puis se développe dans les villes-champignons. Le taux de femmes «honnêtes» est minime.

Impitoyable accorde une place importante aux prostituées dans l’intrigue. Celle-ci se déclenche après qu’une prostituée soit défigurée par un cowboy sadique. C’est alors que William Munny, sinistre et redoutable hors-la-loi reconverti dans l’élevage, interprété brillamment par Clint Eastwood, va reprendre du service pour mener la vengeance, fatale.

Impitoyable, Clint Eastwood

Impitoyable, Clint Eastwood

Pour simplifier, on peut retenir trois genres de westerns parmi ceux énoncés dans ce dossier qui résument le genre : le western classique, de 1930 à 1950 qui met en scène des héros vertueux et des personnages stéréotypés, le western spaghetti, qui renouvelle le genre en Italie avec une audace artistique (visuelle, musicale), des situations plus violentes, des personnages plus cyniques, plus réalistes avec un petit goût pour le spectacle, enfin le western crépusculaire, depuis 1960, renouvelle aussi le genre aux Etats-Unis avec souvent des antihéros, le sort tragique des Amérindiens réhabilité et un réalisme encore plus poussé. La majorité des westerns posent comme contexte de l’intrigue celui de la conquête de l’Ouest et entretiennent une relation de contextualisation plus ou moins respectée. La contextualisation peut totalement être respectée par les cinéastes ou bien radicalement oubliée.

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