Critique et analyse – Revenge

Revenge affiche

  • Date de sortie : 3 juillet 1991 (2h04)
  • Réalisateur : Tony Scott
  • Avec : Kevin Costner, Anthony Quinn, Madeleine Stowe, Miguel Ferrer
  • Tous publics (France) – 17 ans (Etats-Unis)
  • Allociné spectateurs : 3.5/5

Revenge est un des films les moins connus du réalisateur Tony Scott. Aussi, peu de gens savent que deux monstres du cinéma ont joué dans ce film : Kevin Costner et Anthony Quinn. J’ai vu le film parce qu’il mettait en scène Kevin Costner, un acteur que j’estime beaucoup. Revenge est sûrement un des films les plus noirs de Costner, et il délivre une leçon d’humanité fascinante.

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Après son départ de la Navy, le capitaine Cochran reçoit une invitation de son ami, le senior Tiburon, qui l’invite à le rejoindre sans sa splendide résidence au Mexique. Cochran le rend visite et fait par la même occasion la connaissance de son épouse, la ravissante Mireya. Tombé sous le charme du séduisant capitaine Cochran, Mireya lui fait part de ses sentiments, et Cochran en oublie vite les liens d’amitié qui l’unissent à Tiburon pour se jeter dans les bras de sa belle épouse. Mais Tiburon n’est pas dupe et il entend bien laisser exploser sa colère…

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Le scénario propose deux parties distinctes avec une transition comme point de symétrie.  On regrettera seulement un rythme lent pour certaines séquences, le scénario est donc perfectible. La première développe l’amour interdit et insouciant. Elle ressemble un peu au début de Sens Unique en exposant la même situation. Le personnage de Quinn ressemble aussi à celui, interprété par lui-même, dans Le dernier train de Gun Hill, riche, possédant de grandes terres, entrant en duel avec son ami de toujours, mais pour des raisons différentes. La transition est la vengeance de Quinn, très violente, sanglante, barbare, excessive dans les images chocs. Vient ensuite la deuxième partie qu’est la deuxième vengeance, celle de Costner. D’abord il se rétablit puis mène un enquête pour retrouver la femme qu’il aime et se venger. Dans ce film aucun personnage n’est sage ni bon. Ils sont tous impitoyables, même s’ils présentent aussi tous un bon côté. Chaque personnage présente donc un fort clivage. Tiburon est violent, nerveux, très agressif. Il va même jusqu’à tuer ceux qui sont laborieux dans leur travail. Il peut apparaître inquiétant, voire même effrayant. D’un autre côté, il est assez sympathique et possède un côté paternel assez unique. Il ne souhaite que le bien pour les personnes qu’il aime. Il adore son épouse et veut le bien de son ami. C’est un respect réciproque total. Cochran, à l’inverse, est calme et insouciant. Il trahit son ami et supporte de s’amuser avec lui alors qu’il le trompe. Il est odieux mais il n’arrive pas à contrôler la situation, ce n’est pas lui qui a voulu que la situation dérape ainsi. La situation lui échappe des mains, il ne sait plus quoi faire, quel choix prendre, il devient hésitant. Quant à Mireya, elle est belle, gentille, souhaite aussi le bien de son mari mais tombe amoureuse de Cochran. Envoutée par lui, elle ne pense même pas à son mari, son comportement est aussi odieux. Tous les personnages présentent donc un clivage. Cependant Tiburon est extrême, dans les deux facettes. Il est bien plus agressif, violent que les deux autres mais son humanité ressort davantage.

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Le code d’honneur est primordial pour lui. Le respect est total et réciproque. Tiburon essaie d’éloigner Cochran de sa femme avec plusieurs tentatives, il suggère notamment de conduire l’avion, mais Cochran ne les prend pas. Il souffre donc en son intérieur et se demande comment son épouse ait pu en arriver là. Sa souffrance fait pitié. On ne peut pas en lui vouloir de s’énerver, mais il dépasse les limites. Cochran et Mireya désobéissent au code d’honneur, la conséquence de cet acte est une punition sévère et fatale. Cet amour interdit et insouciant est donc tragique. Dès le début, on sait qu’il ne peut perdurer et que la vengeance de Tiburon sera conséquente. Dans ce concours d’hommes, la femme n’est considérée comme un simple pion, cependant le pion déclencheur du conflit. Elle sera ensuite jetée de côté pendant l’épreuve de force. Il est très dommage que le personnage de Quinn s’efface quelque peu durant la deuxième partie. Le film est dépressif. Tous les personnages sont perdants. Cochran perd l’amitié si intense et magique et il souffre du sort de sa bien aimée. Il est atteint physiquement et moralement. Le final n’arrange pas sa situation. Tiburon perd sa femme, en souffre, et aussi son ami. Il regrette beaucoup d’avoir perdu cette amitié, si chère à ses yeux, le voir porter toujours le manteau offert par Cochran alors que celui-ci l’a trompé est très émouvant et prouve ô combien ses regrets sont intenses et importants. Et bien entendu, Mireya, tout d’abord défigurée puis maltraitée, elle n’attend plus que la mort, dans les bras de son bien aimé. Tout le film, et en particulier, l’ultime confrontation pleine de tensions, mettent en valeur deux sentiments primordiaux dans le film qui sont éprouvés par les deux hommes : le regret et le pardon. En somme, le film nous montre que la vengeance ne mène finalement à rien, il ne peut constituer un échappatoire, il ne crée qu’un cercle vicieux et ne fait qu’empirer la situation. A la question philosophique « Faut-il se venger ? », le film met en exergue ses effets dévastateurs et les prouve, penchant donc pour la réponse négative.

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L’atmosphère contribue aussi beaucoup à la noirceur du film. L’atmosphère du Mexique est oppressante et macabre, les personnages évoluent dans le milieu de la corruption, la mafia mexicaine, les mauvaises fréquentations. L’environnement est assez inquiétant, très bien filmé par Tony Scott. Deux composantes constituent l’environnement : l’urbain et le rural. D’une part, on a les rues mal fréquentées et sales des villes colorées par les néons des bars mafieux et de l’autre, des vastes étendues désertiques. L’ensemble est inquiétant. Le seul endroit qui n’a pas l’air inquiétant, c’est la propriété de Tiburon, qui échappe soi-disant à ces milieux. Magnifique et reposante, la propriété est constituée d’un vaste et beau jardin et d’une piscine entretenue. Mais, on apprend par la suite que chez lui, c’est encore pire, en effet ont été installés des dispositifs d’espionnage et Tiburon enchaine les assassinats des infidèles ou des gens imprécis dans leur travail. Ce sorte de Paradis cache en réalité un Enfer, gardé par des milites armés, un homme de main inquiétant, des chiens furieux et des armes cachés de part et d’autre des pièces de la maison. C’est dans cette maison que Mireya s’approche de Cochran… On l’a dit, cet amour est insouciant, Mireya se retrouve piégée dans cet Enfer, surveillée par tout le monde malgré elle : déplacements, appels téléphoniques… et donc manipulée. Elle tombe dans le piège de sa propre maison.

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Le casting est formidable. Sans surprise, Kevin Costner propose une interprétation exceptionnelle, très minutieuse et très précise. Son ami ou ennemi Anthony Quinn est formidable, très surprenant, voire même bluffant, dans un rôle qu’il maîtrise totalement. Sa présence est magnétique et il domine tous les autres acteurs. Enfin Madeleine Stowe donne le meilleur d’elle-même, surtout en première partie. Les rôles secondaires sont convaincants aussi. Techniquement, le film est réussi même si c’est encore perfectible, comme le scénario. La réalisation de Tony Scott est correcte, certains plans sont très réussis, le dernier par exemple, mais d’autres sont perfectibles. La très bonne entente entre Scott et Costner sur le plateau a permis de livrer un bon travail. La photographie est réussie, avec un goût pour les images avec filtres de couleur. Cependant, elle est complètement ratée pour 3-4 scènes, c’est un désastre, on se demande alors si le film est amateur de ce point de vue ou si c’est vraiment volontaire. La musique de Jack Nitzsche est réussie, honnête, délicate bien que perfectible, elle aurait pu être encore meilleure. Le Love Theme et la dernière piste, semblables, sont magnifiques et représentent très bien le film et cette liaison interdite et insouciante. Les pistes Miryea et Betrayal sont belles. Beaucoup parlent d’une version director’s cut raccourcie de vingt minutes, beaucoup plus rythmée et réussie, certains disent même qu’il ne faut voir que cette version. Pour ma part, j’ai vu l’original, mais je suis bien tenté de voir cette version vu le nombre d’éloges de la part du public qui n’adhère généralement pas à ces versions director’s cut.

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Bien que perfectible, le film réunit un trio d’acteurs époustouflant et répond minutieusement bien au débat philosophique sur la nécessité d’une vengeance, notamment grâce à des personnages très approfondis qui se différencient littéralement des habitués des thrillers d’Hollywood. Un film différent et marquant.

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