Critique et analyse – White Bird

  • Date de sortie : 15 octobre 2014 (1h31)
  • Réalisateur : Gregg Araki
  • Avec : Shailene Woodley, Eva Green, Christopher Meloni, Shiloh Fernandez
  • Tous publics (France) – 13 ans (Etats-Unis)
  • Allociné spectateurs : 3.6/5
  • Allociné presse : 3.6/5
Je suis allé voir White Bird pour Eva Green. Seulement Eva Green. Rien que pour Eva Green. Le film développe des thématiques intéressantes, mais l’ensemble reste assez maladroit et très lent, notamment à cause d’un scénario qui n’est pas au point. Précisions ci-dessous.
Kat Connors a 17 ans lorsque sa mère disparaît sans laisser de trace. Alors qu’elle découvre au même moment sa sexualité,  Kat semble  à peine troublée par cette absence et ne paraît pas en vouloir à son père, un homme effacé. Mais peu à peu, ses nuits peuplées de rêves vont l’affecter profondément et l’amener à s’interroger sur elle-même et sur les raisons véritables de la disparition de sa mère…
Le scénario parle de thématiques intéressantes mais leur développement est mauvais. Il ne suffit pas de développer des thèmes pour en faire une histoire, et donc un scénario. Les thèmes doivent servir pour se focaliser sur l’histoire. Or ici l’histoire sert seulement à développer une succession de thèmes chers au réalisateur. Adapté du roman de Laura Kasischke, Un oiseau blanc dans le blizzard, le film propose le déroulement d’une enquête intime, une enquête passive et lente qui sert seulement à développer des thèmes. Cette absence inexpliquée et pesante et les épisodes de la vie de la famille Connors permettent de développer les insatisfactions quotidiennes, l’usure du mariage, la critique du rêve américain, les rapports humains troublants, la relation mère/fille, la deuxième chance, l’ambiguïté sexuelle. La disparition est énigmatique mais Araki ne mise malheureusement pas son film sur le mystère de celle-ci mais plutôt sur les conséquences et causes. Mais la relation mère/fille reste tout de même intéressante. Araki développe la possession maternelle, la complicité, l’étouffement d’ado, la guerre ouverte entre mère et fille. Alors que la mère est omniprésente, le père est effacé en retrait. S’ajoute à ce trio le boyfriend de Kat, au charme duquel la mère ne semble pas insensible. C’est un triangle amoureux duquel la fille pourra quitter pour avoir une liaison avec un adulte : le flic. L’absence et les flash-back permettent de montrer la difficulté de se construire dans l’ombre d’une figure maternelle trop écrasante ou absente. La mère a perdu le goût de la vie, elle est en dépression. Avant même qu’elle ne disparaisse, elle avait disparu. Elle veut prendre la place de sa fille, dualité entre elle et sa mère, comme l’indiquent la scène du miroir et la première scène sur le lit. L’aveuglement des personnages est aussi intéressant. Tout le monde sait tout et n’ose pas le dire ou alors personne n’arrive à voir, à comprendre la clé du mystère. Les clichés sont nombreux. Kat a pour ami les «exclus» de la norme sociale majoritaire, c’est à dire des copains homosexuels ou obèses. Eva Green a toujours un verre dans la main. Le traitement psychologique est intéressant, mais le scénario n’est constitué que de ça du début à la fin. Ainsi il rend le film non seulement lourd mais aussi très lent, puisqu’on ne fait que développer des psychologies. Le film est lent, le spectateur s’ennuie. On aurait dû placer le mystère, l’énigme au centre du film, ce qu’Araki ne fait absolument pas. Pendant tout le film on attend que l’enquête progresse enfin, ce qu’a lieu peut-être dans les 5 dernières minutes avec une succession de deux rebondissements qui représentent une chute finale très maladroite avec une révélation, excusez-moi du terme, nulle, bon enfant, qui n’est pas à la hauteur de l’attente du spectateur et qui justifie largement un fou rire. Tout ça pour ça, dit-on.
Les acteurs sont bons, Eva Green, encore une fois, est magistrale. Belle mais son personnage n’est pas attirant du tout, étant à la fois névrosée et grande gueule. Son regard est magistral, sa présence est inquiétante. Elle est l’atout, l’intérêt majeur du film et elle est absente durant toute la deuxième partie du film!! Quel dommage! Même quand elle est absente, on ne pense qu’à elle. Shailene Woodley adopte aussi un bon jeu mais c’est difficile de tenir debout quand on est face à Eva Green qui s’impose, pendant tout le film, alors même qu’elle est, encore une fois, absente. Par contre le père joué par Christopher Meloni est plus décevant, même si sa prestation reste honorable. Le reste du casting reste d’un bon niveau aussi. La réalisation d’Araki se veut classique et originale, quoi qu’il en soit, réussie. D’abord, il magnifie ses acteurs, surtout Eva Green moyennant de très beaux plans : la scène de la piscine par exemple, ou des draps. La reconstitution de l’esthétique des années 80 et 90 est réussie : costumes, objets, mobilier, précision des cadres, la house wife (automatismes : dîner par exemple), séquences oniriques, B.O. Dans ce décor calme et pavillonaire de la middle class américaine, Araki adopte pour une majorité de panoramiques et l’absence de mouvements, comme d’ailleurs dans le scénario. L’atmosphère est onirique, vaporeuse, avec un côté pastel. Le décor du sous-sol, à l’image d’une scène de théâtre, met en scène le jeu des apparences.
La succession des thèmes ne permet pas de rendre le film moins lent ou moins lourd. Le film est plus une exposition de consistances psychologiques qu’une vraie histoire, qui est d’ailleurs ridiculisée par une fin qui n’est pas à la hauteur. Peut-être le film souffre de sa date de sortie, en même temps de l’excellent, du chef-d’oeuvre Gone Girl qui développe la même question mais d’une toute autre manière (mais ici n’est pas critiquée cette différence, au contraire). L’intérêt majeure du film reste Eva Green, magistrale comme à son habitude.
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2 commentaires

  1. Pingback: 2014 au cinéma : une année riche et variée | Fenêtre sur écran
  2. Benjamin · avril 4, 2015

    La reconstitution années 1980 est étonnante, entre les intérieurs marrons, sombres et velours appréciés de Lynch et les extérieurs colorés californiens (sans compter les flash-backs dans les années 1960). Il n’y a en vérité que la musique qui me rattache aux années 1980.

    Je ne me suis pas ennuyé même si je pense que le film gagne à la réflexion. Il ne soulève en effet aucune émotion ou excitation particulière en le voyant. On se laisse porter par ce rythme assez lent (rien de silencieux ou contemplatif pour autant) et cette ambiance de semi-rêve.

    Quant à Eva Green…

    Aimé par 1 personne

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