Critique – Gone Girl

  • Date de sortie : 8 octobre 2014 (2h29)
  • Réalisateur : David Fincher
  • Avec : Ben Affleck, Rosamund Pike, Carrie Coon, Neil Patrick Harris, Tyler Perry, Kim Dickens
  • Tous publics (France) – 17 ans (Etats-Unis)
  • Allociné spectateurs : 4.4/5
  • Allociné presse : 4.1/5
Personnellement, David Fincher me laisse toujours perplexe, même si je reconnais totalement son talent. Seven m’avait laissé mitigé, même s’il faut admettre que c’est un très bon thriller, et je n’ai pas accroché à Fight Club. Dans Meurs un autre jour, Rosamund Pike m’avait également déçu. Et quant à Ben Affleck, acteur talentueux dans l’ensemble de sa filmographie. Mais je suis quand même allé voir Gone Girl, c’est assez paradoxal, et quelle surprise, quel choc, un film génial chef-d’oeuvre du genre.
Le jour de son cinquantième anniversaire de mariage, Nick Dunne signale la disparition de sa femme, Amy. Sous la pression de la police et l’affolement des médias, l’image du couple modèle commence à s’effriter. Très vite, les mensonges de Nick et son étrange comportement amènent tout le monde à se poser la même question : a-t-il tué sa femme?
 
 
A l’heure des thrillers avec des courses-poursuites et des explosions, sans véritable profondeur, dont certains s’en sortent grâce à un ou deux rebondissements ou alors un ou deux personnages intéressants, Gone Girl se veut original et passionnant. David Fincher mise tout sur la qualité de son propos et la qualité de son interprétation. Le scénario est adapté du roman Les apparences, best-seller de Gillian Flynn, par l’écrivaine même. C’est une histoire sombre à suspens. On nous présente un jeu de piste, qui se veut très méticuleux, où rien n’est laissé au hasard, avec une structure complexe en flash-back, qui aboutit à un labyrinthe narratif qui donne le vertige. Ce drame conjugal nous montre les rouages du couple. Les vices narratifs sont omni-présents, sont au menu : manipulation, paranoïa, détournement d’intentions, dédoublement de personnalité, secrets familiaux, esprits dérangés. Fincher étudie le couple avec passion, et par le biais, nous fait une satire des médias. Les rebondissements sont présents et permettent à Fincher de redistribuer les cartes après une heure et recommencer dans l’heure et demie restante un nouveau film, vertigineux, qui alterne les points de vue et varie les tonalités. Le spectateur ne sait plus qui ni quoi croire, il est seul, perdu, a le vertige à cause d’une ambiguïté présente du début à la fin. Il est angoissé, tourmenté, parfois même choqué, surpris, et c’est ce qui est tant intéressant dans ce film qui manipule comme le sont si bien manipulateurs ses personnages. Alors oui, tout ceci présente quelques invraisemblances, mais les sensations sont tellement intenses que le spectateur perd le fil de la crédibilité, il est plongé dans un mystère ambigüe, psychologique, vertigineux. 
Les personnages sont travaillés avec une très grande finesse, même si tout n’est pas parfait. Le travail sur le personnage d’Amy est très soigneux, très fin, même si on aurait aimé en savoir plus sur son passé, qui est révélé mais peut-être pas assez, mais dans un autre côté on veut la garder mystérieuse et la présenter seulement dans le contexte de l’histoire. Le personnage ressemble à celui de Catherine Tramell, femme fatale manipulatrice,blonde, elle est comme Tramell auteure d’une franchise littéraire populaire, au détriment de son époux qui devient très vite suspect dans sa disparition. D’autres éléments peuvent aussi la comparer avec Tramell, mais je ne veux en aucun cas spoiler les lecteurs. Le personnage de Nick est bien travaillé également, on aurait pu ajouter un peu plus de psychologie mais le niveau est déjà très élevé et très satisfaisant. 
 
 
Les acteurs sont… incroyables. Je l’assume, pour Rosamund Pike, je change immédiatement d’avis! Son interprétation dans Meurs un autre jour légèrement fade bien qu’un prometteuse, décevait, elle ne savait pas adopter vraiment le bon ton, même si l’absence de maturité apportait au rôle. Tout simplement, elle m’a bluffé cette fois-ci. J’en ai même eu les larmes aux yeux, Rosamund Pike m’a bluffé! Son interprétation est digne des plus grandes et elle mérite de gagner des prix. Son jeu est tout en subtilité. Son visage lui attribue un côté innocent, Rosamund Pike m’a surpris tant elle était juste… grandiose! Amy est sûrement le rôle de sa vie. Elle donne beaucoup d’ambiguité à son personnage, elle a l’air innocente, puis nous surprend, difficile de parler d’elle sans spoiler. Elle a vraiment bien compris la psychologie de son personnage et l’a très bien adopté, elle s’est imprégnée du rôle. Elle adopte toujours les bons tons, il n’y a pas une scène où l’actrice ne donne pas le meilleur d’elle-même. Fascinante, interprétation grandiose, merveilleuse, je me répète j’en ai eu les larmes aux yeux. A côté Ben Affleck résiste et s’en sort bien, même très bien. Son jeu est complètement honorable, très juste, son personnage est moins difficile d’un point de vue psychologique que celui d’Amy, mais son jeu reste sans problèmes excellent. On a donc un duo d’acteurs magnifique, les deux acteurs vont très bien ensemble. Mais je n’oublie pas pour autant Neil Patrick Harris, qui livre une bonne prestation, qui aurait pu être encore meilleure, Tyler Perry très bon et surtout Carrie Coon, dont l’interprétation est très juste et sans fautes. 
 
Techniquement, le film est magistrale. Grâce à une succession de plans fixes dès le début, David Fincher nous pose son cadre spatio-temporel, dans lequel la majorité de l’action va se dérouler. On nous présente les différentes rues de cette ville, les maisons, les commerces. David Fincher adopte une mise en scène magnifique, sans fautes, excellente, bluffante, qui laisse planer l’ambiguité. Quel talent! Quelques scènes seront très vite devenues cultes, je pense notamment à la scène anthologie du meurtre. Fincher s’inspire aussi de De Palma et Hitchcock, on pense au portrait de la blonde fatale et à la scène de la douche. La photographie est soignée et remarquable. Le cadrage est excellent. La bande-annonce est hypnotique, mais elle aurait pu être un peu plus peaufinée. 
 
Élégant, intrigant, passionnant, Gone Girl est génial, une perle rare, un polar angoissant vertigineux avec une profondeur très psychologique. Aussi ambigu, le spectateur ressent des sensations devant un film qui mêle manipulation, paranoïa, détourment d’intentions, dédoublement de personnalité, secrets familiaux, esprits dérangés. Il est plongé dans un mystère, interprété par des acteurs grandioses et exceptionnels. Du grand cinéma !
 
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