Critique et analyse – Opération Tonnerre

  • Date de sortie : 17 septembre 1965 (2h04)
  • Réalisateur : Terence Young
  • Avec : Sean Connery, Claudine Auger, Adolfo Celi, Luciana Paluzzi, Philip Locke, Bernard Lee, Rick Van Nutter, Desmond Llewelyn, Lois Maxwell, Martine beswick,
  • Tous publics (France) Accord parental souhaité (Etats-Unis)
  • Allociné spectateurs : 3.5/5
La franchise a commis un grand pas vers l’avant avec le succès véritable de Goldfinger, qui devient très rapidement un film mythique apprécié de tous. Le film dépasse clairement tous les records, ce qui confirme aux producteurs la réussite, sans doutes, de la formule bondienne. Bond représente le divertissement populaire, l’aventure suprême. Il devient même une référence. Dans les années 60, quelques parodies se dessinent, certaines sont réussies mais aucune n’arrive à la cheville de Bond. Pour Sean Connery, son salaire reste trop faible : 500 000 dollars et 5% du bof-office total, ce qui est peu avec la somme phénoménale rapportée avec Goldfinger. Pour Opération Tonnerre, son salaire augmente de 100 000 dollars avec 25% sur le merchandising mondial, ce qu’il juge tout de même insuffisant quand il verra les résultats époustouflants du film. Mais le rôle lui permet de tourner ce qu’il désire à côté. Quoi qu’il en soit, sa motivation pour le prochain film ne faiblit jamais.

 

L’organisation criminelle du SPECTRE détourne un avion de l’OTAN transportant deux bombes atomiques puis réclame une rançon au gouvernement britannique. L’agent secret James Bond est envoyé au Bahamas à la recherche de Domino, la soeur du commandant Derval, qui pilotait le Vulcan. Celui-ci a en fait été tué et remplacé par sosie. 007 découvre que l’instigateur de l’opération est un dénommé Emilio Largo, un homme riche et cruel passionné par les requins. Bond n’a que 3 jours pour agir…

Il faut donner plus de rythme que dans Goldfinger. En quelque sorte, Opération Tonnerre est une mosaïque parfaite entre l’exotisme de Dr. No, la tension de Bons baisers de Russie et la fantaisie de Goldfinger. Dès le début, le pré-générique donne le ton : un enterrement, les initiales JB et une épouse endeuillée : des confusions qui amènent à deux rebondissements. On débute à jouer avec l’image invincible du héros, pré-commencée dans Goldfinger, avec notamment la scène du laser, et qui va culminer dans On ne vit que deux fois, où Bond meurt, pour revivre une « deuxième fois ». Le combat est très rythmé et violent, bien que le montage accéléré fait has been, la musique magistrale. La scène, dynamique et puissante, restera toutefois dans les mémoires. Bond rejoint ensuite sa voiture avec un propulseur. Le pré-générique, comme dans Goldfinger, est un court-métrage qui manie à merveille la formule : humour, action, femmes, gadgets, décor somptueux, voitures. 
 
 
L’intrigue est rigoureuse et captivante. La réunion de l’organisation du SPECTRE est un moment d’anthologie. Le décor secret dans Paris est futuriste. Chacun des membres s’assoit sur un siège électrique mortel. Le souverain, n°1, dont on ignore encore le nom et le visage, maintient la terreur totale. Le nouveau plan machiavélique provient cette fois-ci du n°2, un certain Emilio Largo, cache noir sur l’oeil gauche, semblable à un pirate. Largo est un pirate moderne puisqu’il va voler les missiles. Son entrée dans le film est complètement insolite. Personnage fascinant et mystérieux, il est déjà bien défini contrairement à ce qu’on peut penser dans les 10 premières secondes de son apparition, pourtant avec des actions très habituelles. Sans prononcer un mot, simplement en garant sa voiture puis en sortant de la voiture, on devine qu’il est le méchant, grâce à plusieurs signes : bien entendu l’oeil, il ne répond pas au policier, et aussi sa veste – avec son chapeau dans une moindre mesure – qui contribue magistralement bien au personnage. Cette veste montre qu’il domine son entourage, il rend le personnage totalement imposant, écrasant, dominateur au point où on a du mal à respirer à côté de lui et c’est, on peut le dire, cette veste qui donne le droit à Largo de ne pas répondre au policier. S’il n’avait qu’un costume, il se serait retourné, peut-être n’aurait rien dit, le spectateur n’aurait trouvé rien de flagrant. La veste change tout, elle donne des droits, du pouvoir, de l’autorité, et aussi sa façon d’être mise, comme un bouclier, une défense contre les autres, une invulnérabilité totale, qui sera ôtée lorsqu’il ira à la réunion, il sera alors vulnérable, comme celui qui est électrifié par le n°1. 
 
 
Certes, il y a des invraisemblances : Bond est par hasard dans la même clinique que ses futurs ennemis, mais peu importe : l’intrigue est fluide et bien rythmée et contrairement au précédent volet, le scénario d’Opération Tonnerre est plus réfléchi, parce que Bond mène son enquête du début à la fin et il n’est pas emprisonné par l’ennemi pendant la moitié du film. L’emprisonnement de Bond était le grand point négatif de Goldfinger et rendait l’enquête de 007 bien moins intéressante. Ce sera la seule fois dans la franchise qu’a lieu une réunion avec tous les double 0. Le vol des missiles est palpitant et constitue une séquence remarquable. L’action a lieu à Nassau, île paradisiaque, sur la totalité de l’intrigue. C’est une belle mosaïque de rêve entre sable fin, eau turquoise et limpide, fonds marins magnifiques. Opération Tonnerre respecte plus l’idée d’exotisme et de voyage que le précédent volet. L’univers est dépaysant, agréable et lumineux. C’est un univers de luxe que fréquente pour la première fois James Bond : le confort, l’hôtel de 007, la superbe propriété de Largo, le casino. D’ailleurs, le dialogue dans le casino est excellent et propose une superbe provocation, un jeu psychologique, une guerre d’egos. Le jeu est capital pour Bond : il affirme son intelligence, son culot et aussi sa chance. Il affûte la colère de son rival et il désigne Bond comme la cible à abattre. Tout comme Goldfinger, Opération Tonnerre montre un point important du personnage, son besoin de danger permanent, son plaisir malicieux à côtoyer la mort en lui échappant in-extremis. Un besoin qui lui permet de survivre. 
 
Sean Connery devient plus dur, plus nerveux, cela peut s’expliquer par l’urgence de la situation, chaque minute est comptée. L’heure est grave car la menace est imminente. Il ne peut pas se détendre, comme il l’a fait auparavant en s’engageant dans une lutte avec Pussy Galore dans la paille ou en faisant une partie de golf. Il n’hésite pas à frapper son ami de toujours Felix Leiter dans le ventre lorsque celui-ci veut commettre une faute involontaire. Les sports nautiques, la séduction, les cocktails et le sexe ne sont cette fois-ci qu’un moyen d’atteindre son but, il le dit bien fort à Fiona Volpe : «Ma chère petite, ne vous faites donc pas! Ce que j’ai fait ce soir, je l’ai fait pour la reine et pour mon pays. Vous ne pensiez pas  que ça m’avait causé le moindre plaisir j’espère». Bond met tout en jeu dans un but professionnel. Les extravagantes prouesses épicuriennes, tel faire l’amour au fond de l’eau, ne sont accomplies que pour la mission. Bond n’a que trois jours, et c’est bien la première fois et seule fois que le temps limite réellement Bond. 
 
 
Adolfo Celi est excellent. Largo est un méchant de la pire espèce, sadique, un avant goût de la violence de Sanchez. Comme lui, il possède son univers de luxe : yacht, villas, moyens matériels, maîtresse charmante. Ils possèdent de nombreux moyens d’action et ses employés sont fidèles : Vargas (Dario pour Sanchez). Les deux sont à la quête de l’argent, lui travaille pour l’organisation criminelle mais Sanchez ne travaille que pour lui. Ils sont millionnaires. Ils sont très calmes, un vrai contraste avec la violence et névrose qui les rattrapent lorsqu’ils font face à des incompétents ou des infidèles. Largo jette l’incompétent dans la piscine aux requins. Sanchez punit l’infidèle avec une cabine de décompression. Moins mégalomaniaque que Goldfinger, Largo est un serviteur d’une cause terroriste. Par contre ils sont tous les deux ingénieux et décidé à tenir leur mission. Il n’est pas particulièrement beau, mais comme Sanchez, il dégage un magnétisme et une prestance. Il veut tout contrôler, tout diriger, ne veut rien laisser au hasard. C’est un homme d’action, il s’adapte aux situations, il garde son calme. C’est une petite différence avec Sanchez, qui essaie de s’adapter lorsque la situation dérape, mais la névrose lui rattrape lui faisant perdre complètement son calme. Ainsi, son envie de tout contrôler ou dirager lui échappe, donc il fait des erreurs. Revenons à Largo, qui a la passion des requins, on retrouvera le requin aussi chez Sanchez d’ailleurs. Le requin, dix ans avant Les dents de la mer, devient réputé pour tuer. Largo est un homme raffiné, courtois, poli, il s’habille d’ailleurs élégamment. Il possède une grande classe distinguée, qui montre parallèlement sa richesse. En parlant de requin, il est intéressant de noter que Sean Connery a pris de véritables risques en tournant avec les requins, derrière des vitres de plexiglas, afin de rester en sécurité. Mais l’un des requins est passé entre deux vitres et est venu sur lui. La peur qu’il affiche sur son visage au moment de s’écarter n’est vraiment pas jouée. La scène de la piscine est très tendue et est une des plus réussies du film. 
 
 
 
Le trio féminin du film représente aussi un des atouts du film. Martine Beswick joue le rôle de Paula, un agent du terrain, qui entretient une relation strictement professionnelle avec Bond, il y a une sorte de respect mutuel. Le rôle est honorable. Claudine Auger, première française à jouer une Bond Girl, joue le rôle de Domino. Même si le personnage reste fascinant, l’interprétation aurait pu être plus réussie. Largo exerce sur elle une emprise mentale et sexuelle. Elle est désabusée, enfermée dans une prison. Elle est totalement soumise, dans l’espoir de revoir son frère, son seul repère, le seul espoir de bonheur que Bond va utiliser pour casser définitivement son lien avec Largo. Ce sera un choc pour elle, mais elle ne paraît pas céder à la douleur, Claudine Auger aurait pu faire mieux lors de cette scène de révélation. 
 
 
Luciana Paluzzi est un avant goût du personnage d’Elektra King. Elle est belle, très convaincante, troublante. Une rousse flamboyante, qui domine toutes situations. Elle incarne la femme fatale par excellence, elle est efficace dans l’action, manie les explosifs et les fusils comme un homme. Elle est l’opposé de Domino. Cependant on aurait aimé que le scénario propose une relation de jalousie envers elle pour pouvoir conquérir le coeur de Largo, comme dans Jamais plus jamais. Intelligente, elle incarne le premier choc frontal qui égratigne l’ego de James Bond, «on ne peut gagner à tous les coups», lui lancera Bond. Sa fidélité au SPECTRE est inébranlable. Elle ordonne, dirige, exécute. Elle mène la poursuite contre Bond en plein milieu du junkanoo, une scène qui reste un moment d’anthologie, elle traque James Bond, pour la première fois gravement blessé, presque handicapé, et inquiet. Il regardera plusieurs fois derrière lui pour voir l’avancée de ses traqueurs. Elle maîtrise la situation. La musique infernale suit le rythme du montage. La poursuite aboutit à une piste de danse, Bond se servira d’elle comme bouclier, c’est la première fois dans la saga qu’il provoque directement la mort d’une femme, il aurait pu toujours esquiver le tir et l’entrainer avec elle. Une mort qui prépare celle d’Elektra. Cette danse mortelle, avec mort et réplique insolites, est un moment illustre de la franchise. 
 
 
Terence Young mène une réalisation somptueuse. La tension est omniprésente : l’espionnage nocturne de Bond dans la villa de Largo qui précède la scène de la piscine avec les requins, la poursuite nocturne, le combat final. La beauté visuelle est présente tout au long du film. Peter Hunt accomplit un montage excellent. La photographie de Ted Moore est splendide. Les scènes d’actions sont magistrales, le combat final est palpitant et le combat sous-maritime, véritable exploit à l’époque, est réussi. Encore une fois, la musique est magistrale. 
 
 
Plus rythmée avec plus d’action, remplie de tensions et de suspens, tout en restant réaliste, l’enquête de Bond dans Opération Tonnerre représente l’expérience ultime du film d’espionnage. Réel divertissement, le film propose une confrontation excellente très mouvementée. En ce sens Opération Tonnerre, même s’il n’est pas parfait en tous ses points, est un véritable chef-d’oeuvre. Objectivement donc, Opération Tonnerre est sûrement le meilleur Bond avec Sean Connery. Pour le prochain volet, il faut proposer quelque chose de différent, tout en restant dans cette lignée, c’est à dire encore plus grand et ambitieux.
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