Critique et analyse – Gemma Bovery

  • Date de sortie : 10 septembre 2014 (1h39)
  • Réalisatrice : Anne Fontaine
  • Avec : Fabrice Luchini, Gemma Arterton, Jason Fleyming, Isabelle Candelier, Niels Schneider, Mel Raido, Elsa Zylberstein
  • Tous publics 
  • Allociné spectateurs : 3.4/5
  • Allociné presse : 3.4/5
Gemma Bovery était un des films les plus attendus de la rentrée. Il faut dire que l’affiche est alléchante et originale, film réalisé par Anne Fontaine avec Fabrice Luchini et Gemma Arterton, plongés dans l’arrière pays de la Normandie. C’est rare, et original, le film suscite donc les curiosités, et il se voudra finalement être voluptueux malgré un ou deux défauts.
 
 
Martin Joubert, ancien éditeur, est reconverti plus ou moins volontairement en boulanger d’un village normand. Passionné par l’oeuvre de Flaubert, il lui reste une forte capacité d’imagination et un jour, un couple d’anglais Gemma et Charles Bovery devient son voisin. L’occasion est trop belle pour Martin de pétrir, outre sa farine quotidienne, le destin de personnages en chair et en os. Mais la jolie Gemma Bovery, elle, n’a pas lu ses classiques, et entend bien vivre sa propre vie…
 
Le scénario est adapté du roman du même nom de Posy Simmonds qui a décidément beaucoup d’imagination. En 2010, Stephen Frears avait mis en scène un de ses livres Tamara Drewe avec, pure coïncidence, Gemma Arterton dans le rôle principale. Dans l’ensemble, le scénario est réussi, et même si à proprement parler, il n’est pas ici question du mélange des genres, les ressorts comiques et dramatiques sont bien réussis. On rigole assez souvent. Entre le réel et le fantasme, on transpose un irrésistible jeu du littéraire à la réalité. Martin Joubert prête à sa nouvelle voisine une destinée romanesque à l’issue dramatique semblable à celle de l’héroïne du grand classique de Flaubert. Les scénaristes nous proposent une opposition entre la réflexion littéraire de Joubert et la simplicité de Gemma à la superficialité du monde, c’est à dire entre frustration masculine nageant dans une culture influençant beaucoup trop sa perception des choses et féminité libérée. La conclusion mélancolique était une bonne idée mais ici est bien mal exploitée, et surtout très mal appliquée, en terme d’écriture et de mise en scène. 
 
Le casting est clairement bon. En tout cas, les deux têtes d’affiche sont excellentes. Fabrice Luchini est excellent dans son rôle qui lui va comme un gant. Acteur lettré par excellence, il prend un tel plaisir pour jouer ce rôle. Il voit en la vie un roman. Il fantasme autour d’une étrange Mme Bovery et de son époux, dans ce lieu de culture et d’ennui, où la tentation de les voir répéter l’histoire de Flaubert est irrésistible. Le personnage est excellemment bien défini. Boulanger à l’imagination débordante, voyeur, extrêmement curieux, il enquête sur ses voisins à un point où on se demande s’il est plutôt un détective privé que le boulanger du bourg, voyeur, tenace à un point où il veut jamais lâcher l’affaire… c’est presque une maladie chez lui qu’il faut à tout prix soigner… bref un personnage complètement déjanté… qui manipule son monde pour alimenter son propre désir, combler un manque de romanesque dans son propre quotidien. La présence magnétique de Gemma Arterton est impressionnante. Le rôle est fait pour elle, d’ailleurs le personnage de Simmonds a le même prénom qu’elle. Sensuelle, très juste, son interprétation est excellente. On remarque qu’elle gagne en maturité au fil des années, notamment depuis son rôle chez Bond dans Quantum of Solace, intéressant mais qui manquait de profondeur. Ici, c’est tout le contraire. D’ailleurs, elle aussi à cause de ses caractères, je ne veux pas spoiler, devient un personnage déjanté. Une chose est certaine, les deux acteurs prennent du plaisir. Les autres sont un peu oubliés à cause de leur présence, sauf peut-être Niels Schneider, alors qu’ils ont des capacités (Isabelle Candelier, Jason Flemying, Elsa Zylberstein). 
 
 
Même si elle aurait pu être meilleure, la réalisation d’Anne Fontaine est réussie. Elle magnifie ses deux acteurs, en particulier Gemma Arterton. Du coup, les autres personnages à part l’amant sont presque transparants. Dommage, surtout que les acteurs ont de grandes capacités. L’évènement dramatique final, à part le défaut d’écriture, est mal réalisé et exploité de la part de la réalisatrice, et c’est dommage car l’idée était bonne, et puis c’est un peu artificiel . La bande originale est convaincante.
 
Gemma Bovery est un bon film de rentrée, un très bon film français, notamment grâce à l’écriture qui marque un quasi sans faute et des acteurs très en forme, qui prennent du plaisir à jouer. Le principal est réussi, on passe un bon moment, et on oublie pas le film, qui reste  et restera un bon souvenir.
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