Critique et analyse – Goldfinger

  • Date de sortie : 18 février 1965 (1h52)
  • Réalisateur : Guy Hamilton
  • Avec : Sean Connery, Gert Fröbe, Honor Blackman, Shirley Eaton, Harold Sakata
  • Tous publics (France) Accord parental souhaité (Etats-Unis)
  • Allociné spectateurs : 3.8/5
Goldfinger ou le plus culte des James Bond fête ce mois son 50ème anniversaire (sortie britannique). C’est un des James Bond les plus connus et les plus appréciés par le public, les critiques et les fans de la série. Nous rendons hommage au film avec cette analyse. A travers cette analyse, nous allons essayer de comprendre pourquoi Goldfinger est autant mythique et si le film est à la hauteur des deux précédents opus.
James Bond est chargé d’enquêter sur les revenus d’Auric Goldfinger. La banque d’Angleterre a découvert qu’il entreposait d’énormes quantités d’or, mais s’inquiète de ne pas savoir dans quel but. Quelques verres, parties de golf, poursuites et autres aventures galantes plus loin, James Bond découvre en réalité les préparatifs du «crime du siècle» dont les retombées pourraient amener le chaos économique sur les pays développés du bloc Ouest…
James Bond contre dr No et Bons baisers de Russie ont connu un très large succès qui confirme que la saga ne fait que naître et qu’il y a encore une infinité de possibilités avec le personnage de James Bond. Les scénaristes doivent poursuivre dans cette voie, avec un scénario riche et novateur qui doit reprendre les meilleurs éléments du roman choisi. Ce nouvel opus doit donner encore plus d’ampleur pour confirmer le goût de la série. Sean Connery gagne de plus en plus en popularité, il réinvente la classe et l’élégance virile au cinéma, il incarne un modèle de la mode masculine, un symbole de la masculinité renaissante.
Les producteurs veulent se donner la mission de séduire le public américain. Les spectateurs américains doivent être concernés par l’histoire, c’est dans dans cette logique qu’une partie du film se déroule à Miami et dans le Kentucky. D’ailleurs, le premier plan après le générique montre une vue sur Miami avec «Welcome to Miami». Le scénario doit être plus riche avec de l’action improbable, des scènes de bravoure imaginables et un final époustouflant. Mais, au final, ce sera, on peut le dire, presque le contraire : ce Bond se veut plus réaliste, plus terre à terre, consacre une part plus importante à l’espionnage, possède moins de situations improbables (une seule vraie explosion et de plus dans la scène de pré-générique), une dose bien moins importante d’action, qui est plus réaliste que dans les précédents opus. Ce côté réaliste, c’est ce qui peut distinguer ce Goldfinger des autres James Bond, et certes le film est réaliste mais il est aussi complètement loufoque avec des gadgets à gogo, une équipe entièrement faite de femmes, la scène de laser, des décors farfelus comme la salle de jeu, c’est plutôt donc un équilibre raffiné que propose ce troisième film. 

Guy Hamilton prend la relève à Terence Young et devient ainsi le deuxième réalisateur de l’histoire de James Bond. L’équipe dispose d’un budget de 3.5 millions de dollars, une somme importante mais pas non plus énorme, cependant bien supérieure des précédents opus. Le tournage débute janvier 1964 et se termine en juillet. Ken Adam renfile le costume du décorateur et utilise 100 000 dollars pour la réplique de l’édifice de Fort Knox, le décor  le plus cher jamais construit à cette époque à Pinewood. Certes plus réaliste, ce Bond voit cependant encore plus grand.
Le film propose en ce sens la carte de l’originalité, on peut citer comme exemple la scène de pré-générique, qui restera gravée bien longtemps dans les mémoires, étant un réel modèle bondien avec de multiples rebondissements et un très von rythme. Bond apparait en tenue de plongée, sort de l’eau, s’infiltre dans un complexe, sabote l’entrepôt, enlève sa combinaison au profit d’un smoking emblématique, se rend au restaurant, entend l’explosion, rencontre son contact et retrouve une femme qu’il a séduite, se bat contre un tueur : mystère, délire des situations, érotisme, vitesse. En 3 minutes, cette séquence devient une référence. Elle est accompagnée magistralement par la musique de John Barry qui donne le rythme. Le seul problème est que la scène constitue une petite mission à part et n’est pas liée à l’intrigue, comme le seront plus tard les scènes de pré-générique, ou en tout cas la majorité. Ensuite défile le générique avec une des voix les plus puissantes de l’histoire des chansons de 007, celle de Shirley Bassey.
Moins exotique, moins tendu, plus terre à terre, ce Bond est décidément plus réaliste. Ses décors sont dans la majorité ceux de campagne : le golf, la Suisse, le Kentucky et ne représentent rien de grandiose, on est loin de la Jamaïque, d’Istanbul ou de Venise. Le Bond de Connery est-il en train de gagner en maturité? Quoi qu’il en soit, le SPECTRE lui prend une pause pour mieux revenir de manière plus vigoureuse et intrigante dans l’opus suivant. Le scénario est peu original, très simple mais combine de manière excellente intrigue principale et secondaires. Le méchant est intéressant, un amoureux de l’or, très raffiné avec une très grande profondeur. Il faut bien faire attention à tous ses dialogues et ses gestes. Goldfinger est un personnage très précis et très bien défini. Il ne laisse rien au hasard, tue quiconque représente une menace. Oddjob est le premier homme de main typé, plus insolite que Red Grant, avec une très grande force, inquiétant et aussi juvénil, on le voit s’amuser. Son chapeau reste une sinistre arme. Pussy Galore, interprétée par Honor Blackman, est la première femme forte, un personnage moderne, qui veut dominer à tout prix Bond.
Un film qui prend son temps pour définir les enjeux. L’enquête de Bond reste paisible, on joue au golf, on traverse les montagnes helvétiques, on voyage en avion, on se rase, on boit des verres… La tension et le compte à rebours ne viennent qu’assez tard. Bond est prisonnier pendant la moitié du film, résidant forcé dans un haras confortable, «le plus grand d’Amérique», où on lui sert des cocktails. Dans cette partie le scénario déçoit car la tentative d’évasion de Bond aurait pu aller plus loin, or il se fait arrêter dès qu’il sort de sa cellule presque. C’est invraisemblable, comparé au mouvement et au rythme de Bons baisers de Russie et ses scènes d’action invraisemblables qui s’enchainaient à la fin. Dans Goldfinger, ce sont plus les dialogues, les échanges verbales de haut vol qui tiennent la part la plus importante et non les scènes d’action extraordinaires puisqu’on peut le dire, tout au long du film, on aura droit pour résumer qu’à une course-poursuite et un combat final, donc environ plus de 6 minutes d’action. Les dialogues sont de grandes qualités, les personnages sont très bien approfondis et précis.
La mise en scène de Guy Hamilton est moins nerveuse, moins rythmée que celle de Terence Young, même s’il gagnera en nervosité dans Vivre et laisser mourir. Mais son cadre est beau, sobre et va à l’essentiel. Les déplacements des personnages sont remarquables. Peter Hunt accomplit aussi un travail remarquable au montage, on retient bien entendu la scène du laser et son suspens inoubliable, son intelligence et sa débrouillardise restant intacts.
Plus réaliste, mais plus loufoque, comme cité ci-dessus, les outils technologiques sont très présents dans le film, les gadgets sont plus présents et Bond a droit à sa première voiture équipée. Une vraie première course-poursuite de voitures de la saga avec un florilège de gadgets, des explosions, des dérapages… En ce sens l’Aston Martin est devenu culte, mythique! Le film se veut plus violent que les précédents, et peut-être un des plus de l’ère Connery, la majorité de la violence est exercée par la partie ennemie : on tue une femme par suffocation de l’épiderme, une autre en brisant son cou – deux idées perverses de l’érotisme prononcé comme le corps nu recouvert d’or et dont l’imagerie célèbre demeure gravée dans tous les esprits depuis lors -, un gaz tue une dizaine d’hommes, un homme est tué à bout portant dans une voiture qui va ensuite à la casse, on balance un homme dans le vide, massacre de 60 000 hommes à Fort Knox et on est à deux doigts de castrer Bond. Bond, lui reste plutôt sage et ne fait qu’électrocuter deux hommes. Il sera plus féroce dans l’opus qui suit, Opération Tonnerre.
Sean Connery est plus à l’aise que jamais. Il prononce magistralement bien «Bond, James Bond». Il a une vraie classe, vestimentaire avec sa tenue trois pièces dans le haras de Goldfinger ou son costume final, cultivé, notamment à l’arrivée dans le Kentucky il dit «je parie que le bourbon et l’eau de pays sont des qualités dans le Kentucky», il sait comment commander sont mint julep. Calme, détendu avec une parfaite maîtrise de tous les aspects du personnage. La scène du laser est une des rares où se développe chez lui une tension palpable encore jamais vu. C’est aussi le premier James Bond où le héros est sujet à l’idée de vengeance. Bond veut prendre sa revanche après la mort de Jill Masterson, le meurtre de sa soeur ne fait qu’ajouter plus de valeur à la sensation d’échec de 007 quant à la sécurité des femmes qui l’accompagnent, un point qui deviendra très bientôt récurrent dans la série.
La musique est exceptionnelle avec une véritable identité : la scène de pré-générique, la découverte du cadavre en or, l’espionnage de l’usine, le reflet de la voiture dans le miroir, le laser, la femme surveille Bond dans l’avion, l’arrivée aux États-Unis lorsque Galore accompagne Bond en dehors de l’aérodrome chez Oddjob, le gardien qui surveille Bond… Une des plus grandes pistes sonores de l’histoire du cinéma.
Goldfinger est un film mythique avec plusieurs scènes cultes qui resteront à jamais gravées dans la mémoire : la découverte du cadavre, l’Aston Martin DB5, la scène du laser et le combat final. C’est bien plus un film d’espionnage terre à terre plus réaliste qui met en duel des egos qu’un spectacle qui mise les enjeux sur ses scènes d’actions. Pourtant le film se veut aussi original et loufoque. Peut-être manque-t-il à Goldfinger cette petite touche de folie? Quoi qu’il en soit, on apprécie toujours ce classique.
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