Critique et analyse – Ascenseur pour l’échafaud

  • Date de sortie : 29 janvier 1958 (1h34)
  • Réalisateur : Louis Malle
  • Avec : Jeanne Moreau, Maurice Ronet, Georges Poujouly, Yori Bertin, Lino Ventura
  • Tous publics
  • Allociné spectateurs : 3.7/5
Sorti en 1958, Ascenseur pour l’échafaud peut être considéré comme un des premiers films de la Nouvelle Vague ou alors comme un film qui l’annonce. C’est également le premier film de fiction de Louis Malle, qui réalise, on peut le dire, son meilleur film. Influencé par plusieurs styles, Ascenseur pour l’échafaud est une mosaïque de films dont l’ensemble paraît parfait, même si le film souffre un manque de rythme en deuxième partie.
 
Un homme assassine son patron avec l’aide de sa femme dont il est l’amant. Voulant supprimer un indice compromettant, il se retrouve bloqué dans l’ascenseur qui l’emporte sur les lieux du crime. Au même moment, il est soupçonnée d’un meurtre qu’il n’a pas commis…
 
L’idée originale est très intéressante et aurait beaucoup plu à Alfred Hitchcock. Pour son premier film de fiction, Louis Malle tape fort. L’année précédente, il recevait la Palme d’or pour la co-réalisation avec Jacques Yves Cousteau du documentaire Le monde du silence. Pour son premier film, Malle réussit à garder le spectateur en haleine, ou presque, émouvoir un peu et même envouter. On peut dire que le pari est réussi. 
 
 
Le scénario ressemble à un scénario de cinéma américain. Ascenseur pour l’échafaud est un véritable polar hollywoodien : la voiture décapotable de Maurice Ronet, l’immeuble de verre à Paris qui est un archétype américain et en plus très rare à Paris, le suspens et on n’oublie pas la musique de Miles Davis. Le scénario est haletant jusqu’à la 50ème minute où on ressent clairement un véritable manque de rythme et l’installation d’un vide et ce pendant 30 minutes, le souffle revenant lors des 10 dernières minutes. Mais on s’ennuie beaucoup pendant ce vide… C’est un mélange de styles et d’influences : du néo-réalisme italien jusqu’au film noir des États-Unis où un individu se trouve dans un engrenage criminel qui ne fera que révéler le poids de la fatalité en passant par le cinéma français de la fin des années 40 et début 50. La société est individualiste : personne n’aide personne, chacun est occupé pour satisfaire ses propres objectifs. Cependant le film donne parfois l’impression qu’il effleure son sujet, ou plutôt s’en approche vivement mais ne traite pas totalement l’histoire du meurtre non commis, car absorbé par la romance, oui, les histoires d’amour, toujours en premier!
 
Maurice Ronet interprète Julien. Piégé dans un ascenseur, il se trouve déjà en prison, dans le couloir de la mort. Ceux qui ne savent pas où il est vont influer par leurs comportements durant cette nuit sur son destin. Ainsi, quand Julien sortira de sa prison, il verra directement les conséquences. Jeanne Moreau, qui est l’actrice principale du film, joue magistralement bien son personnage, Florence. Elle a épousé un homme plus vieux qu’elle pour assurer sa situation financière puis a pris un bel et jeune amant, qu’elle a sûrement rencontré grâce au travail de son mari, les deux travaillant dans la même entreprise. Pour la plupart des scènes, Jeanne Moreau est en monologue intérieur, elle divulgue sa pensée, elle incarne la solitude, les doutes, la perdition et même la déchirure à merveille. Julien et Florence ne sont jamais réunis dans le film, à part le coup de fil au téléphone et encore, ils ne sont ensemble que sur une photo, qui représente le passé. A partir de la décision du meurtre, ils ne seront plus jamais ensemble. La virée nocturne des deux amants, interprétés par Georges Poujouly et Yori Bertin, est tragique. Ils sont partis, dès le début, pour se détruire. Et le spectateur le sait exactement. La question qu’il se pose est si le vrai assassin sera démasqué ou pas. Louis et Véronique sont éloignés de la réalité du monde. Véronique semblerait d’ailleurs être plus intéressée par le blouson neuf, la belle voiture et l’appareil photo design et moins souciante vis à vis du vol, du meurtre ou du suicide. 
 
La réalisation et la photographie sont réussis dans l’ensemble. Les plans avec Julien sont sombres, il n’y a que le briquet qui peut éclairer. Mais là où la technique frappe véritablement dans le film, c’est bien entendu les scènes avec Jeanne Moreau, sous la pluie, baignée dans les lumières de Paris grâce aux phares de voitures, lampadaires de la ville et les néons des bars. C’est une photographie magnifique. Parlons un peu de musique. Particulièrement la musique culte de Miles Davis, qui l’enregistra en… une seule nuit. La musique imprègne l’ambiance du récit. Davis et son groupe improvisaient alors que les séquences étaient diffusées, ils étaient d’ailleurs les premiers à voir le montage final. La musique contribue énormément aux séquences d’errance nocturne notamment. La bande originale fut un grand succès commercial. 
 
 
Avec une bonne idée de départ, un bon casting, une bonne technique et une belle musique, Ascenseur pour l’échafaud devient un classique du cinéma français, on regrettera cependant toujours le manque de rythme en deuxième partie.
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