Critique et analyse – Bullitt

  • Date de sortie : 17 mars 1969 (1h53)
  • Réalisateur : Peter Yates
  • Avec : Steve McQueen, Jacqueline Bisset, Robert Vaughn, Robert Duvall
  • Tous publics
  • Allociné spectateurs : 3.8/5
Avec un budget initial de 4.5 millions de dollars, Bullitt rapporte plus de 42 millions de dollars aux États-Unis et plus de 3 millions d’entrées en France avec un tiers des entrées à Paris. Bullitt, avant d’être un film, c’est un véritable mythe. Un polar urbain qui va devenir un des piliers du film policier dont le genre va prendre un nouveau souffle dans les années 70, notamment grâce aux influences de Bullitt. Parmi les films influencés par Bullitt, on retiendra The french connection avec Gene Hackman, la série L’inspecteur Harry avec Clint Eastwood ou encore le célèbre duo Starsky et Hutch. J’ai donc décidé de consacrer une analyse pour ce film qui suivra cette structure : le scénario et ses nouvelles projections, l’interprétation des personnages, la réalisation/mise en scène avec le souci d’authenticité ainsi que le rapport musique/image et enfin, bien sûre l’analyse ne pourrait être complète sans dire un mot sur la séquence mythique du film qu’est la course-poursuite de 10 minutes.
 
Bullitt, un lieutenant de police, est chargé par un politicien ambitieux de protéger Johnny Ross, un gangster dont le témoignage est capital dans un procès où est impliqué l’homme politique. Malgré les précautions prises par Bullitt et ses hommes, Ross est grièvement blessé, puis tué sur son lit d’hôpital. Bullitt s’aperçoit que la victime n’était pas le vrai Ross…
 
 
Le scénario raconte 48 heures de la vie d’un flic. Il s’agit presque un documentaire. Il est certes un peu complexe, il faut reconstituer les éléments pour bien comprendre l’histoire, mais il manque véritablement de rythme. Il faut aimer à savourer la lenteur du film, comme si c’était quelque chose de rare qui est en voie de disparition. Malheureusement rapidement la tension s’évanouit et seule l’atmosphère survit. C’est le charme même du film. Le scénario est très classique mais il est un modèle du genre de polar urbain oppressant (Serpico, L’inspecteur Harry, The french connection, Les flics ne dorment pas la nuit, Meurtre dans la 110ème rue…). Il est aussi original car il instaure une limite temporelle de 48 heures, ce qui influencera bien d’autres films policiers tels que 48 heures ou même 16 blocs avec Bruce Willis, polar urbain qui est presque un remake de Bullitt. L’histoire se déroule à San Francisco. La ville est mythique : le tramway, les rues vallonnées, la baie et bien sûre le Golden Gate Bridge. Le film se déroule donc un décor magnifique, dans une ville où a été tournée et sera tournée un très grand nombre de films policiers 70’ comme notamment L’inspecteur Harry. Le film incarne une époque, donnant un nouveau tournant avec de nouvelles projections à Hollywood. 
 
Bullitt est le sommet de la carrière de Steve McQueen, avec L’affaire Thomas Crown, sorti la même année aux États-Unis, lui aussi étant un film révolutionnaire. Les deux films représentent tout l’accomplissement de son charme, l’acteur est très charismatique et très crédible. La force de son regard et irremplaçable. Sa posture est culte, vêtu d’un col roulé bleu marine qu’il serre avec une ceinture et un holster attaché à l’épaule. Steve McQueen, c’est une classe imperturbable, une attitude décontractée, un charisme naturel, un côté bad boy, une démarche assurée, un regard perdu dans des réflexions personnelles : on sent que ce personnage complexe a vécu des évènements pas forcément faciles à vivre. Ses méthodes sont peu conventionnelles mais sont bien scandaleuses, violentes et illégales, il va jusqu’au bout de ses idées. La justice n’étant pas assez forte, il doit recourir à la force pour accéder à la justice, c’est le seul moyen. Dans l’ultime scène, Bullitt se servira pour la première de son arme et tirera trois coups à travers une porte vitrée, étant en position de légitime défense. On nous montre ainsi une contamination du Mal qui infecte ceux qui le combattent, cependant ces méthodes représentent la nature du personnage, qui indirectement, est moins sensible à la souffrance d’autrui comme Cathy. Mais il n’y a pas que Steve McQueen qui joue dans le film (quoi que la question peut être sujet d’un débat), Jacqueline Bisset joue sa dulcinée. Elle est malheureusement sous-exploitée, parfaite expression de la misogynie de l’époque. Ce sont les plans sur les jambes, le besoin de sécurité et les conversations banales qui caractérisent alors le rôle féminin, sauf petite exception (mais on aura droit au plan sur les jambes…) dans L’affaire Thomas Crown dans lequel est entraîné un jeu de domination alternant entre Faye Dunaway et Steve McQueen. Dans Bullitt, on retiendra avant tout la superbe jupe jaune de Jacqueline Bisset, simple et efficace comme la mise en scène. A noter également la prestation de Vaughn qui interprète un type ambitieux et odieux ainsi que l’apparition sympathique de Robert Duvall dans le rôle d’un chauffeur de taxi. 
 
 
Yates tend pour une approche très naturaliste pour représenter le banal quotidien de Bullitt. La mise en scène est d’un réalisme très minutieux. Les décors sont naturels. On emploie de vrais policiers ainsi que de vrais médecins. De ce film se dégage un vrai souci d’authenticité, si fort et si primordial que le film en deviendrait même un documentaire. Les jeux de regard sont favorisés aux dialogues. Le tournage aura duré 12 semaines dont 3 seront consacrées pour la séquence de la course-poursuite automobile. La musique de Schifrin, très jazzy, est parfois un moment de répit avant une scène de brutalité inattendue, notamment avant l’assassinat du témoin. Deux séquences s’enchaînent ainsi : la complicité pleine de tendresse entre le héros et sa dulcinée, coupés du monde (musique) puis celle de la sauvage et dure réalité du métier de flic. La musique sait parfaitement quand s’arrêter et ses notes de jazz sont un pur régal, accompagnant avec beaucoup de délicatesse l’enquête de Bullitt. Schiffrin composera la bande son de Starsky et Hutch et d’Un shérif à New York. 
 

Une scène en particulier : la course-poursuite


Une séquence en particulier : celle de la course-poursuite automobile. C’est clairement la course-poursuite la plus célèbre du cinéma. 10 minutes de film qui ont révolutionné le cinéma d’action, la séquence est une référence. Le flic possède une voiture banale mais puissante, une Ford Mustang. La voiture des méchants, une Dodge Charger, a été choisie car elle représente un requin, un prédateur, monstre de 375 chevaux, elle était utilisée à l’époque par la plupart des services de police. La course-poursuite est la dernière séquence filmée du film pour s’assurer que Steve McQueen, passionné de formule 1 voulait conduire lui-même, n’allait pas trop en faire. Les producteurs et les assureurs étaient très nerveux car McQueen avait tendance à prendre les voitures pour les siennes. À la plus grande joie des assureurs, une doublure prit le volant pour les séquences les plus dangereuses. Lorsque le rétroviseur est tourné vers l’extérieur, la doublure conduit. Lorsqu’il est tourné vers le conducteur, c’est McQueen. Autorisés à rouler par la ville à 80 km/h dans les rues du centre, McQueen dépassera les 150, des excès qui feront des dégâts comme la cultissime marche arrière (image 1) lors de la poursuite. McQueen perd réellement le contrôle de la Mustang pendant que les méchants s’enfoncent sur la caméra placée sur une voiture garée. En plus de l’autorisation, le maire a assuré la sécurité des lieux en barrant les rues et mettant en place des policiers. En guise de remerciement, Steve McQueen obligea les studios Warner Bros à donner au maire l’argent nécessaire à la construction d’une piscine.  Steve McQueen s’est entraîné à haute vitesse avec Bill Hickman dans un circuit automobile de San Francisco. Deux Dodge Charger et deux Mustang seront utilisés. La séquence ne bénéficie d’aucun trucage. Le réalisme est flamboyant : Peter Yates n’utilise pas les techniques d’accélération de l’image qui permettent l’augmentation artificielle de la vitesse des voitures. Ainsi, c’est une des course-poursuites les plus réalistes du cinéma. La séquence se découpe en 3 mouvements : une filature précède la course-poursuite qui s’achève sur l’explosion finale. Le procédé d’apparition/disparition sur chaque plan accentue la tension et permet de jouer sur les effets de surprise, encore plus lorsque la route est vallonée et sert de tremplin. Le suspense est émané par le rôle de la bande son pendant les deux premières minutes avec le morceau de Lalo Schifrin. Les percussions jazzy de Schifrin rythment la filature et s’arrêtent net lorsque Steve McQueen enclenche la vitesse. Bullitt le pourchassé devient subitement le poursuivant. Succèdent aux notes du compositeur le vrombissement du moteur et le crissement des pneus sur l’asphalte.

Steve McQueen et la course-poursuite sont les deux ingrédients qui rendent le film un incontournable du cinéma policier, qui sera aussi un des films les plus rentables de l’acteur et un grand tournant pour Hollywood donnant un nouveau souffle aux films des années 70. Mais souvent on oublie son réalisme  avec l’aspect presque documentaire qui est presque unique.
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