Critique et analyse – Drôle de frimousse

  • Date de sortie : 1957 (1h43)
  • Réalisateur : Stanley Donen
  • Avec : Audrey Hepburn, Fred Astaire, Kay Thompson, Michel Auclair
  • Tous publics
  • Allociné spectateurs : 3.7/5
Audrey Hepburn. Fred Astaire. Deux acteurs de génie qui forment un duo superbe. Audrey  incarne la quintessence de la femme sublime déjantée. Fred Astaire est le champion de la danse. Les voir réunis est un plaisir sans égal. Réalisé par Stanley Donen, Drôle de frimousse est une comédie musicale très intéressante malgré quelques petites maladresses. Un film doté d’une position critique tout en restant très léger et tendre. Ce duo procure décidément beaucoup de plaisir.
 
Une jeune libraire new-yorkaise est envoyée à Paris par un magazine, pour la présentation de la collection d’un grand couturier. Mais le soir de l’évènement, elle disparaît pour aller rencontrer le professeur Flostre, dont elle admire la philosophie. 
 
Comme dans presque toutes les comédies musicales, le scénario n’est qu’un prétexte pour les chorégraphies qui représentent l’intérêt-même du film. Le scénario n’est pas très original, il reste très classique mais tout de même intéressant à développer. Malheureusement il y a quelques longueurs, notamment en deuxième partie mais qui ne cassent pas trop le rythme. La caméra de Stanley Donen capte le mouvement grâce à des trouvailles comme l’arrêt sur image, le dédoublement de l’image ou encore le split-screen. Le film possède beaucoup de couleurs, le jeu sur les couleurs notamment sur les arrêts d’image est très présente. Il rend d’ailleurs le film flamboyant. Les couleurs montrent clairement une joie qu’émane le film. D’ailleurs Drôle de frimousse se veut être un film sur la joie. Le travail sur la lumière est très intéressant, de l’obscurité dans la librairie à la faible luminosité de petite cour où Fred Astaire danse en solo pour Audrey. 
 
Les acteurs sont excellents. On ne remarque même pas (ou presque) la différence d’âge qu’il y a entre Fred Astaire, 57 ans et Audrey Hepburn qui a 27 ans. La classe, l’élégance et le panache de Fred Astaire masquent cette différence, bien sûre en plus de ses talents de danse. Audrey Hepburn est délicieuse, même si d’autres films affichaient une encore meilleure prestation. L’actrice personnifie le mot «glamour». Elle chante elle-même alors que malheureusement ce ne sera pas le cas dans My fair lady dans lequel elle est doublée. Ses danses sont perfectibles par moment, notamment au début du film dans la librairie, mais deviennent néanmoins meilleures par la suite, notamment une très belle improvisation sous fond de jazz dans le café.Elle va devoir subir une véritable transformation, pour passer de la lectrice acharnée de philosophie contemporaine au modèle qui s’envole pour Paris où elle découvre l’amour. C’est la première fois qu’Audrey Hepburn joue sous la direction de Stanley Donen. L’actrice possède une beauté fascinante, que ce soit dans son personnage caricaturé de la libraire aux cheveux lisses avec une jupe «sac» ou transformée en pure icône de mode dans des robes somptueuses. Enfin il ne faut pas oublier Kay Thompson qui interprète la rédactrice en chef, personnage très amusant. 
 
 
Le film est une gentille satire du monde de la mode. Les extérieurs ont pour toile de fond Paris, un Paris des histoires à l’eau de rose avec un inévitable happy end. Le film présente quelques clichés : Paris, la ville où tout est rose, d’ailleurs la chanson Think Pink le présente ainsi dès le début. On nous présente un Paris de carte postale avec des pêcheurs moustachus aux baguettes de pain, des amants aux terrasses des cafés… Les trois touristes aiment cette image fausse de Paris. Stanley Donen critique. La France est le pays des philosophes. Si Audrey va à Paris, c’est aussi pour rencontrer le philosophe Emile Flostre, qui donne des conférences dans des cafés-philo. On a une opposition dès le début : le monde superficiel de la mode légèrement moqué contre le monde triste de la pensée. D’ailleurs l’opposition se fait par les jeux de couleurs : rose pour la mode et noir (obscurité des cafés) pour la pensée. Ce sont deux mondes séparés et incomplets, le premier est clairement attribué aux États-Unis et le deuxième à la France. Pourtant Audrey essaie de rassembler les deux, notamment lorsqu’elle improvise une danse sous fond de musique jazz. Mais à la fin c’est bien le monde de la mode qui l’emporte. Jo va même finir par se débarasser de Flostre en lui fracassant une sculpture hors de prix sur la tête, c’est à dire qu’elle fracasse symboliquement ses idées et ses pensées. C’est aussi du blabla car Maggie Prescott, la directrice, comprend sa théorie, l’«empathicalisme» et non l’existentialisme en la reformulant dans des termes simples et efficaces puis la met en pratique. Donen critique l’existentialisme et Sartre. La caricature est certes moins marquée que dans L’écume des jours de Vian avec Jean-Sol Partre mais elle n’en reste pas moins intéressante. Les intellectuels dans Drôle de frimousse se prennent trop au sérieux. Pour Donen, le monde le plus superficiel n’est pas celui que l’on croit. 
 
 
L’amour l’emporte, la version idéalisée que vendent les magazines de mode l’emporte. C’est ce que le cinéaste dénonce mais aussi plébiscite en concluant son film sur un idéal de vie. Fred Astaire s’éloigne dans les bras d’une Audrey Hepburn en robe de mariage, le long d’un ruisseau parcouru de cygnes blancs, derrière une vieille église en pierre (château de la Reine Blanche près de Chantilly). On est donc passé du Paris pittoresque «rose» de la mode à un décor bucolique. Il y a un équilibre subtil entre une histoire d’amour pleine de glamour et des séquences de comédie. Impossible de faire une critique sur une comédie musicale sans parler des chorégraphies. Dès le début du film on est jeté dans l’ambiance avec la chanson Think pink, très originale, le début est superbe avec beaucoup d’humour. La séquence Bonjour Paris est moins à la hauteur, peu naturelle à mon goût, même si sympathique. Par contre la meilleure chorégraphie du film est celle exercée en solo par le maître Astaire, intitulée Let kiss and make up, un numéro de séduction avec un Astaire jouant un torero pour Audrey penchée à son balcon et qui bénéficie d’une mise en scène très soignée.
 
 
Malgré les faiblesses du scénario et une chorégraphie en particulier décevante, le reste est d’un très bon niveau. Plus qu’une comédie musicale, Drôle de frimousse est une gentille satire dotée d’une position critique. Quoi qu’il en soit, Audrey Hepburn et Fred Astaire nous procurent beaucoup de plaisir. Un classique.
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