Critique et analyse – Pour une poignée de dollars

  • Date de sortie : 1 mars 1966 (1h35)
  • Réalisateur : Sergio Leone
  • Avec : Clint Eastwood, Gian Maria Volonte, Marianne Koch
  • – 12 ans (France) – 17 ans (Etats-Unis)
  • Allociné spectateurs : 3.2/5
  • Allociné presse : 2.6/5
Pour une poignée de dollars est le premier volet de la trilogie culte du Dollar, réalisée par Sergio Leone avec Clint Eastwood dans le rôle principal du célèbre cavalier sans nom. C’est le film pilier de la trilogie grâce auquel non seulement deux autres films vont suivre mais aussi le genre du western qui va connaitre une réelle révolution, Leone apportant de nouvelles codes. 
Le scénario est inspiré de Yojimbo, réalisé par Kurosawa en 1961, dans lequel un garde du corps, Sanjuro, va décimer deux bandes rivales d’un village. Le film est signé Bob Robertson avec Johnny Wells (Gian Maria Volonté) et Dan Savio (Ennio Morricone) pour dissimuler tant que possible au public son origine européenne. L’intrigue du film reste assez classique avec un rythme plutôt lent mais elle n’est jamais ennuyeuse. Un étranger débarque dans le village de San Miguel et tire profit de deux bandes rivales, les Baxter et les Rojo. Pour le rôle principal, la production s’est penchée sur Henry Fonda puis James Coburn qui était trop cher. Clint Eastwood a été repérée dans la série TV Rawhide (1959-1965) mais dans lequel il était trop propre à l’égard de Leone. Il lui a alors donné un poncho, un chapeau et un toscano, cigare dur alors que l’acteur ne fumait pas. Ce fut son seul calvaire. 
 
Le début est in medias res. L’arrivée de l’homme se fait sans aucune justification. Clint Eastwood est enfermé dans le mécanisme du récit et doit obligatoirement appliquer un nouvel ordre pour ensuite pouvoir « quitter » le récit. Il n’y a pas d’autres chemins possibles pour lui. Dès qu’il arrive, même si on ne voit pas encore son visage, on sait que dans ce village, qui a l’air plutôt tranquille à part une petite dispute, il va y avoir un problème car il est venu ici pour le régler. On nous le présente le visage froncé, cigare en bouche avec un long poncho. Le cavalier solitaire sans nom fait son entrée. Il a ainsi un aspect légendaire. Il n’a ni nom ni origine. Sa présence dans ce village est justifiée, il y a une raison, il doit la découvrir et régler le problème. Le western trouve son côté mythologique, qui n’est plus tragique ou dramatique comme l’avait pu être Le dernier train de Gun Hill. Il incarne le parfait individualiste, ne cherchant pas forcément la paix mais avant tout l’argent. D’ailleurs, pour Leone, c’est bien l’argent qui doit avoir une place importante dans le western car il est le grand moteur de l’Amérique. S’enchaîne ensuite le gros plan sur le héros inconnu et on comprend qu’il se place au dessus des autres, se donnant le pouvoir de juger du comportement des autres, en témoigne son regard sur un père mal-traitant son enfant. Son entrée est jubilatoire, à la manière de Pale Rider en 1985 dans lequel il annonce «il ne faut pas jouer avec les allumettes». Agaçant aussi ce personnage, peut-être trop, notamment lorsqu’il demande des excuses pour le dérangement causé à sa mule. 
 
Sergio Leone innove le genre et le transforme. Il invente de nouveaux plans comme les gros plans sur les visages lors des duels. Les 30 dernières minutes marquent l’allongement de la temporalité des scènes, c’est sa marque de fabrique. Les femmes sont exclues du récit, plus par économie de superflue que par sexisme. Pour Réglements de comptes à OK Corral réalisé en 1956 par John Sturges, Leone déclare «je me suis toujours demandé ce que Rhonda Fleming venait foutre dans cette histoire». Il y a aussi une véritable transformation physique. Auparavant les personnages sont bien coiffées et bien rasées avec des vêtements impeccables comme le montrent Henry Fonda et son compagnon Anthony Quinn dans L’homme aux colts d’or, réalisé en 1959 par Dmytryk. Leone accordait aussi beaucoup d’importance sur l’authenticité du visage. Pour choisir les personnages secondaires, son critère de sélection était dans la plupart des cas le visage et non le professionnalisme de l’acteur. Leone ne tourne pas le film aux États-Unis, d’ailleurs l’histoire n’y s’y déroule pas. La volonté de transformation est donc majeure pour Leone. Il disait même qu’il avait lancé la mode des génériques animés. C’est plutôt James Bond. 
Le pessimisme de Leone se manifeste par l’omniprésence de la mort et de la violence. La mort est présente dans beaucoup de scènes. On a d’abord droit à un premier massacre d’un des clans jusqu’à déboucher à un climax mortuaire : le grand massacre du film. Une scène dans laquelle on tue à la mitrailleuse un des clans, même ceux qui sont prêts à partir et à laisser les biens. La violence est manifestée par la torture exercée sur le héros, allant même à la défiguration. Pour Leone, la violence est le constat de tous les jours. D’ailleurs, le héros annonce «je n’ai jamais rencontré la paix…je n’y crois pas». C’est un monde en guerre, où le happy end si on peut l’appeler ainsi, se déroule après le climax de la mort (le massacre) et la torture agressive de l’aubergiste, délivré par le héros. La théâtralisation du film est volontaire avec un jeu de faux-semblants, de masques, métaphorisant le changement de camp du héros comme, tel un valet au service de deux maîtres, comme au théâtre donc. La théâtralisation se manifeste aussi par la mise en scène. Avant de rentrer dans le village, l’homme sans nom provoque une explosion, une sorte d’alarme ou plutôt d’avertissement qui annonce son arrivée. Il traverse le nuage de fumée pour apparaître, tel l’homme ressuscité, révolté et vengeur. 
 
Pour ce film, la musique d’Ennio Morricone a été composée après, ce qui n’est pas le cas pour les prochains films de Leone, dont la musique est composée avant afin qu’elle puisse être jouée pendant le tournage, une méthode qu’appréciait beaucoup Clint Eastwood mais qu’Henry Fonda a eu du mal à accepter même s’il s’est habitué par la suite. La musique occupe une place déterminante. Elle met en valeur les personnages pittoresques, l’atmosphère insolite de certaines séquences, l’aspect solaire et désertique et le lyrisme de la réalisation comme l’arrivée du duel, qui n’est pas toujours le climax (ici le climax est le massacre). Avant, jamais, à part quelques exceptions, la musique accompagnait un duel. Ici, ce n’est pas encore véritablement le cas non plus. La musique est jouée juste avant et on laisse se dérouler la scène en silence. Ce ne sera pas le cas pour les deux prochains films de la trilogie, dans lesquels la musique sera maître du climax car, particulièrement dans Et pour quelques dollars de plus, c’est la musique qui commande. Il y a une bonne alternance entre silence et musique et une symbiose parfaite entre vidéo et son. Leone a déclaré «Morricone n’est pas mon compositeur. Il est mon scénariste».
 
Certes pilier d’une trilogie culte, Pour une poignée de dollars est aussi le début du changement du genre du western avec des innovations et des transformations, ce qui donnera à un nouveau sous-genre : le western spaghetti (ou italien). Grand classique, le film rassemble tous les bons ingrédients pour aboutir à un excellent western.
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4 commentaires

  1. stephane fontana · août 22, 2014

    très bon article…un retur sur les lieux de tournages en 2014 sur mon blog…
    http://lieuxdetournages.over-blog.com/2014/04/pour-une-poignee-de-dollars-sergio-leone-1964.html

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  2. Pingback: Dossier – Les parties du corps au cinéma | Fenêtre sur écran
  3. le cinema avec un grand A · avril 22, 2015

    Excellent article 😀 Sergio Leone était vraiment un grand maître du 7ème Art =)

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