Critique et analyse – The Homesman

  • Date de sortie : 18 mai 2014 (2h02)
  • Réalisateur : Tommy Lee Jones
  • Avec : Tommy Lee Jones, Hilary Swank, David Dencik, William Fichtner, Grace Gummer, John Lithgow, Tim Blake Nelson, Miranda Otto, Sonja Richter et Meryl Streep
  • Accord parental
  • Allociné spectateurs : 3.6/5
  • Allociné presse : 3.5/5
Présenté en compétition à Cannes, The Homesman est la deuxième réalisation de Tommy Lee Jones pour le cinéma, également son deuxième western après Trois Enterrements, une odyssée macabre dans les terres arides du Texas. Cette fois, le cinéaste nous propose un périple étonnant pour faire un western solide aux paysages puissants. 
 
Hilary Swank joue le rôle de Mary Bee Cuddy, une femme autoritaire courageuse qui est obsédé pour trouver un mari et fonder un foyer. L’actrice interprète le personnage avec beaucoup de justesse et de profondeur. Elle rencontre sur sa route un vagabond, Briggs, interprété par Tommy Lee Jones. Sa première apparition est saisissante. En caleçon long et le visage noir de suie, face à cinq hommes armés. Lorsqu’elle le rencontre, il est pendu à un arbre et monté à cheval. Son personnage s’approche de la bouffonerie, quelque peu comique. Puis, son interprétation devient plus complexe, étant en quête de rédemption. Briggs est un solitaire qui ne peut trouver sa place, un peu comme le drifter de Clint Eastwood qui apparaît soudainement, ou alors progressivement. Il incarne presque l’homme sans nom. L’obscurité, la solitude et la mélancolie du personnage reflètent bien celui de Clint Eastwood. Sa relation avec Mary Bee Cudy est séduisante avec beaucoup d’émotions.
 
The Homesman est plus fidèle à l’Ouest américain que les autres westerns contemporains. Il est bien plus classique, ne développant pas de sous-intrigues. Sa beauté crépusculaire le rapproche aux films de Clint Eastwood et sa structure narrative à ceux de John Ford. Tommy Lee Jones fait donc un retour au classicisme. La mise en scène est magnifiée. La maîtrise de l’espace est un très grand point fort du film. Les espaces sont magnifiés : la vastitude des grandes plaines, les maisons, les chevaux, les carioles. Jones rend sensible le vent, qui balaye le sable d’une tombe, la neige, le froid, les angoisses de la nuit et la douceur d’un feu. Le film est beau. Rodrigo Prieto a accompli un travail remarquable sur la lumière. Les décors sont magnifiques. Les cadres sont très précis et très riches, certaines scènes se classeront parmi les scènes les plus belles de l’année comme la scène de l’incendie de la maison avec la silhouette de Tommy Lee Jones, qui fait rappeler celle de Raoul Silva dans Skyfall. La classe! 
 
Le malaise du Middle West est montré, d’un côté le Nebraska avec un Ouest sauvage où le périple a lieu et de l’autre côté l’Iowa, la terre de transition vers un est civilisé qui est représenté par la sagesse. Le film est un tableau de l’âme humaine, il montre le courage des femmes qui finit par les mener à leur perte et l’opulence des hommes qui sont punis par les flammes pour leur mépris. Le film est complètement imprévisible, le spectateur ne s’attend jamais à tel ou tel dénouement. La deuxième moitié passée, une scène dont personne ne s’y attend, marque incontestablement une rupture brutale du récit mais aussi de l’ambiance. Aussi le film ne débouchera sur aucune conclusion réelle. Ainsi, l’homme solitaire, dansant, disparaît, un peu comme Clint Eastwood. La conclusion serait-elle «don’t go west!» comme l’indique Jones à une jeune femme quelques minutes avant le générique. Le chemin pour mener à cette conclusion amère, si elle l’est vraiment, est long et inégal : Jones montre les promesses et les rêves abimés (le rêve de Mary), qui sont associés aux douleurs de l’Ouest montrées en flash-back limités pour réduire la peine du spectateur et vécues par les trois folles : la dureté des travaux, les maladies, les deuils, les violences conjugales…et bien sûre des évènements tragiques. 
 
Certes classique, Tommy Lee Jones ose aussi les innovations (déjà avec le côté imprévisible du film) mais aussi avec l’absence de fusillades, d’un duel final, de guerre entre cow boy et indiens. Le film se concentre sur la complexité des personnages. Jones fait recours au pistolet s’il n’a vraiment plus de choix. Adaptant le roman éponyme de l’écrivain Glendon Swarthout, le scénario présente de véritable qualités et quelques déceptions. Tommy Lee Jones fait preuve de décalage total et montre une qualité d’écriture estimable. Il utilise différentes tonalités avec une aisance remarquable. Son personnage habite des maisons abandonnées et ne répond à aucune véritable morale. De sa pendaison hilarante à sa petite danse finale le personnage est presque insouciant. Il ne correspond à aucun archétype lié au western, car il est extrêmement bien écrit : c’est un véritable point fort. Jones ne fait pas recours aux artifices pour les scènes émotives. Cependant la progression est lente, et parfois même assez monotone. Le rythme est lent (comparable à celui du chariot, à la limite du documentaire), mais heureusement les péripéties sont intéressantes. Le gros point faible est le stéréotype de la folie, comme les hurlements ou pire, les longs cheveux gras. 
 
Jones critique la conquête de l’Ouest par la folie et montre trois victimes d’un système sans foi ni loi. Il signe une oeuvre sensible, élégante, mais surtout différente. Il utilise le genre du western pour aller plus loin et cherche à capter la nature de l’être humain. Le film possède des qualités et est complètement imprévisible. Il devient donc assez lourd, voire pesant. C’est un retour au classique avec des innovations. Un film qui ne laisse pas indifférent.
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