Critique et analyse – Deux jours, une nuit

  • Date de sortie : 21 mai 2014 (1h35)
  • Réalisateur : Jean-Pierre et Luc Dardenne
  • Avec : Marion Cotillard, Fabrizio Rongione, Pili Groyne, Simon Caudry
  • Tous publics 
  • Allociné spectateurs : 3.4/5
  • Allociné presse : 4/5
Cinéastes de l’intime et du social, les Dardenne traitent de la marginalité et de l’intégration en développant les questions d’actualité. Deux fois palmés, ils ont présenté cette semaine au festival de Cannes Deux jours et une nuit, leur nouveau film réaliste et social, tourné comme toujours près de chez eux, dans la banlieue liégeoise. Pour ce nouveau film, ils choisissent Marion Cotillard qui signe une composition d’une sensibilité bouleversante. Pour moi, Deux jours et une nuit est un véritable coup de coeur. 
 
L’argument est simple. Les Dardenne nous imposent le cadre spatio temporel dès l’entrée. Sandra, jouée par Marion Cotillard, n’a aucune chance de s’échapper. Aidée par son mari, elle n’a qu’un week-end pour aller voir un à un ses collègues et les convaincre de renoncer à leur prime pour qu’elle puisse garder son travail. 
 
La carte et le territoire. C’est sûrement ce qui compte le plus aux frères Dardenne, qui tiennent leur bureau dans la banlieue liégeoise. Pour ce nouveau film, ils ont décidé de mettre en scène un horrible chantage. Filmé à coup de petits plans-séquences aussi sobres que puissants, le film délivre sa réalité frontalement. A cause du cadre spatio-temporel et des plans-séquences, il n’est pas possible à Sandra de s’échapper ni à nous de détourner le regard. La vérité nue est là, sous nos yeux. J’ai été quelque peu déçu par les plans-séquences, aucun n’excède plus de trois minutes. Les cadrages sont serrés pour capter les émotions des personnages. Sandra a 48 heures pour mener sa lutte, un périple ensoleillé, entre rires et larmes. Elle marche, court, prend le bus ou la voiture : elle avance, même si les plans-séquences semblent parfois la faire tourner par moment. Le spectateur ne pleure pas lorsqu’elle pleure. Il pleure lorsqu’elle rit, lorsqu’elle veut augmenter la musique dans la voiture pour s’amuser. Une scène très touchante. 
 
Sandra se bat pour redevenir elle-même par tous les moyens. Excluse de la société, elle a le soutien de la famille et a une force de caractère. Pourquoi le spectateur la suit-elle? Parce qu’elle nous représente, nos forces et nos faiblesses. Elle est un modèle de courage et d’abnégation. Elle ressent de l’espoir et de la détresse. La tension psychologique habite chaque plan. On regrettera cependant le manque de caractérisation du personnage, dont on ne connait pas l’origine de sa dépression. A travers elle, les Dardenne révèlent les pires mécanismes sociaux : négociations sous tension, manque de solidarité, violente psychologique et physique… Ses rencontrent permettent de comprendre les comportements des uns et des autres.  
 
Coup de coeur. Le film est bien rythmé et énergique. Marion Cotillard signe une composition d’une sensibilité brillante, qui nous fait pleurer lorsque, pendant deux secondes, entre sa lutte et ses larmes, elle se libère et rit en augmentant la musique dans la voiture. Et oui, les Dardenne ont cette capacité à émouvoir sans artifices, sans musique ou presque. Touchant.
Publicités

2 commentaires

  1. MTXOS · mai 31, 2014

    Je suis de ton avis. Un film coup de cœur qui m'a scotché au siège. Le message social est puissant. Comme tu le dis, les Dardenne prouvent que l'émotion peut naître sans artifices, ce qui fait réfléchir sur la grammaire du cinéma, et révèle les qualités de l'écriture. Concernant le manque d'info sur sa dépression, je vois plutôt ça comme une touche de mystère jamais négligeable pour caractériser un personnage. Mais c'est juste pour m'amuser à prendre leur défense… 😉

    J'aime

  2. Pingback: 2014 au cinéma : une année riche et variée | Fenêtre sur écran

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s