Critique et analyse – James Bond contre Dr. No

  • Date de sortie : 27 janvier 1963, 1962 aux USA et RU (1h51)
  • Réalisateur : Terence Young
  • Avec : Sean Connery, Ursula Andress, Joseph Wiseman, Jack Lord, John Kitzmiller, Bernard Lee, Lois Maxwell, Anthony Dawson
  • Tous publics (France) Accord parental souhaité (Etats-Unis)
  • Allociné spectateurs : 2.9/5

James Bond Contre Dr. No,  le premier James Bond de la saga, avec Sean Connery.Ce film a tout simplement réussi à créer un mythe âgé désormais de plus de 50 ans. Il est donc très intéressant de revenir sur ce tout premier opus pour comprendre le commencement de cette saga formidable. 

James Bond est chargé par M d’aller en Jamaïque pour enquêter sur la disparition d’un collègue. Sur place, les tentatives de meurtre à son encontre se multiplient et le mystère s’épaissit. Aidé par un agent de la CIA Felix Leiter et Quarrel, Bond ne tarde pas à découvrir que quelque chose de mystérieux et sans doute très dangereux se déroule sur l’île de Crab Key…

1962 : le film sort. Le monde vit au début des années 60 les heures les plus invraisemblables de la guerre froide. JFK s’installe à la Maison Blanche, CDG à l’Elysée. Les tensions s’accroissent du 16 au 28 octobre 1962 avec la fameuse crise des missiles de Cuba, qui fait alors trembler la planète, au vu d’une guerre nucléaire. Mais il ne faut pas oublier la révolution culturelle : les Beatles et autres groupes musicaux, «la coolitude», les débuts au cinéma de la Nouvelle Vague. Et deux producteurs indépendants presque inconnus vont lancer la saga cinématographique la plus durable et la plus populaire de tous les temps…

Pour rafraichir les mémoires, c’est Ian Fleming qui a crée le personnage avec comme premier roman Casino Royale sorti en 1953. Il publie ensuite 12 autres romans et une kyrielle de nouvelles jusqu’en 1965. Il s’inspire de son passé dans les services secrets britanniques. James Bond est l’incarnation idéale de Fleming, l’homme qu’il rêvait d’être. Les histoires sont complexes avec des sous-intrigues et l’humour est variable. Il ressemble déjà au personnage adapté sur grand écran, mais pas totalement non plus. Fleming enchaine les scènes cruelles et d’autres plus agréables.  Les producteurs doivent donc faire un travail de traduction, ou plutôt d’adaptation à l’écran, rendre le personnage encore plus intéressant, aller à l’essentiel, car l’univers du 007 de Fleming est trop riche pour un film.

En 1959, Fleming essaie de vendre ses droits à Alfred Hitchcock. Cependant ce sera Harry Saltzman qui achètera les droits et s’associera avec Albert R. Broccoli. Ils créent alors deux sociétés : Danjaq et EON Productions. A cause d’un budget limité, il faut choisir un livre simple, avec peu de déplacement dans les pays pour limiter les dépenses. Dr. No est le livre parfait, il se déroule entièrement en Jamaïque avec quelques scènes à Londres. La plus grande difficulté est alors de choisir le bon acteur. Les producteurs envisagèrent Cary Grant, mais ce dernier ne voulut faire qu’un seul film. Ils se tournèrent ensuite sur Roger Moore, qui était occupé avec la série Le Saint. Sean Connery obtiendra finalement le rôle. Il est alors presque inconnu du grand public, ayant fait seulement quelques apparitions dans divers films. Dr. No est donc le début de sa carrière.  La United Artists, contrairement à de nombreux studios, donne un accord pour débuter la préparation du film avec un budget très limité de 1,2 million de dollars. Le réalisateur Terence Young fournit beaucoup de pistes à Sean Connery pour s’approprier véritablement le rôle.

Bond, James Bond

Contrairement aux livres de Fleming, le scénario de Dr. No est simple et efficace. Il va à l’essentiel. Ainsi Dr. No est un très bon film d’espionnage, plus qu’un « simple début ». La formule employée, c’est à dire le mélange entre luxe, action et rythme fonctionne à merveille, loin des schémas habituels. Le dosage du film est très réussi et reste l’une des meilleures réussites du film. Le suspense, les scènes de bravoure et les retournements de situation sont très bien dosés. A cause du budget limité, les scènes d’action sont courtes au profit d’une véritable enquête. D’une mystérieuse histoire de meurtres et de vols d’informations inexpliqués, le récit s’envole progressivement dans un complot technologique dirigé par le SPECTRE qui veut saboter les fusées américaines partant de Cap Canaveral. Difficile de ne pas penser à la crise des missiles de Cuba qui a eu lieu la même année. Une chose est claire et nette, et c’est aussi une raison qui explique pourquoi on aime autant 007, c’est que Bond a toujours été un produit de son temps, d’années en années. 

Même si le SPECTRE est évoqué, son patron Ernst Stavro Blofeld n’apparait que dans le film suivant, mais il ne montrera pas encore son visage. Il faudra attendre 5 films pour que le processus de dévoilement permette l’apparition de son visage dans On ne vit que deux fois. Le film contient la majorité des codes qui jalonneront la saga : la Vodka-Martini, le Walther PPK, le casino, les décors luxueux, l’exotisme, les voitures, les gadgets et bien entendu le thème musical. A cela s’ajoute les personnages récurrents : M, Moneypenny et la Bond Girl – ou les -, reste toujours Q, qui viendra dans le prochain opus. Pour la seule fois dans un James Bond, ce n’est pas une chanson qui accompagne le générique mais le thème principal crée par Monty Norman et orchestré par John Barry. On retrouve également des chansons dans le film comme Underneath the mange tree, ce qui est très rare dans un 007.

La mise en scène de Terence Young remplit le cahier des charges. Le réalisateur s’approprie réellement l’histoire et lui donne un excellent aspect visuel. La précision du cadre, les tons de couleurs et la photographie forment un visuel extraordinaire. Ils donnent à Dr. No des allures de film culte instantané. La réalisation est presque parfaite et offre une esthétique visuelle magnifique.

L’équipe a réussi à rendre le budget limité comme un réel atout en utilisant très bien des éléments à disposition. Young fait preuve d’astuces, notamment dans les décors crées par Ken Adam. Un exemple très précis : le bureau de M dans lequel la porte n’est pas en cuir et le bureau n’est pas en bois non plus. Les décors crées par Adam sont tous extravagants et ont un goût futuriste, comme le décor du repaire du Dr. No où le professeur Dent rencontre la tarentule censée tuer Bond. Autre décor intéressant, la maison de Miss Taro, ornée d’une décoration chinoise. Adam a ajouté une cloison pour instaurer une tension dans la scène. La cloison divise en deux la pièce et personne ne sait qui se trouve de l’autre côté. Le film alterne merveilleusement bien les prises de vues en extérieur et celles en intérieur. On nous montre ô combien on peut réaliser un grand film avec peu d’argent. Presque deux heures de vacances de soleil, deux heures d’excursion et de plaisir pur. 

Sean Connery n’a pas encore toute l’aisance qu’il saura développer par la suite. Cependant il dégage un naturel, notamment grâce à son charisme. Il incarne un Bond dur, très viril, doté même d’une présence quasi-animale. Il porte des costumes soignés, fume des cigarettes. Il aime les femmes, toutes, et arrive à les séduire. Il considère que la vie est un enchainement de plaisirs immédiats. Il garde tout de même beaucoup de sériosité pour sa mission, il doit la réussir, c’est primordial, mais sans oublier de profiter de sa visite. Il a beaucoup d’assurance, même dans les situations les plus dangereuses. C’est sans aucun doute le seul Bond qui a autant d’assurance. Il fait peur et il le sait. Le questionnement, le doute, la dépression sont des attributs qui ne doivent aucunement exister dans sa vie. Il est capable de gérer toute situation. Sauf quelques rares occasions, il ne tombe jamais réellement amoureux. Il aime et profite de l’instant. Son aventure avec Sylvia Trench est un exemple parlant. Cependant il a un talon d’Achille : les femmes. Elles sont capables de l’atteindre, dans le bon sens comme dans le mauvais. 

Le casting est très bon. A deux semaines du tournage, l’équipe du film choisit Ursula Andress pour incarner Honey Rider. Comme l’avait souligné Fleming, elle sort de l’eau comme la Vénus de Botticelli. Elle incarne l’aventurière naïve, qui voudrait bien participer à une «petite» aventure, sans en connaître réellement le danger. Bernard Lee inaugure M. Il entretient une relation de respect avec beaucoup de confiance envers l’agent secret. Miss Moneypenny est sa secrétaire et son rêve est de conquérir le coeur de Bond, lui profite de cette situation et elle le sait. Elle représente d’une certaine manière l’élégance britannique. 

Dr. No marque une étape dans l’histoire du cinéma. Plus que le premier opus de la plus grande saga cinématographique, c’est un réel film d’espionnage avec un cocktail qui réunit tous les ingrédients nécessaires pour faire un bon film, malgré un budget très limité. Le film obtiendra un succès immense. James Bond ne fait que commencer. 

Une scène en particulier : l’apparition de 007

 
 
L’apparition de 007 instaure dès le premier film un mythe, qui sera respecté dans tous les James Bond (ou presque), à savoir la phrase : « Bond, James Bond » ou en anglais « My name’s Bond, James Bond ». La scène a lieu dans un casino, Le Cercle à Londres. Il y a beaucoup de monde autour de la table mais deux personnages seulement attirent l’attention. C’est d’abord la femme qui attire notre attention, grâce au contraste qu’elle forme entre sa robe rouge et ses cheveux par rapport à tous les autres hommes en smoking. Elle regarde un homme en face, celui-ci attire donc ensuite notre attention. Notez beaucoup de plans rapprochés sur Sylvia Trench, on ne peut voir Bond qu’à travers les yeux de cette femme.

Le processus de dévoilement, réutilisé dans Au service secret de sa majesté puis légèrement dans GoldenEye dévoile petit à petit l’homme, à savoir James Bond. C’est donc un dévoilement lent, contrairement à l’apparition de Timothy Dalton dans Tuer n’est pas jouer qui est très brutal. Un travelling arrière dévoile de plus en plus l’homme avec une faible profondeur de champ, au début Bond est flou puis il devient net : il entre alors dans la zone de netteté. C’est assez original car les yeux sont rivés sur la zone de flou, et non de netteté. Ensuite vient un gros plan sur les mains, il prépare le plan du visage. L’homme prend une cigarette, et donc va la mener à la bouche. Ainsi on pourra enfin voir le visage de l’homme. On découvre Sean Connery.

Le jeu du chat et de la souris entre Trench et Bond est très intéressant. Au début c’est bien elle qui a de l’importance avec beaucoup de plans rapprochés. Puis ses plans deviennent éloignés et, à la découverte du visage de Bond, les plans deviennent plus rapprochés pour lui. Cependant elle arrive à lutter et on retrouve des plans rapprochés d’elle. Bond part de la table et met un terme au jeu. Mais Trench refuse. Elle décide de le rejoindre et entraine un travelling sur son mouvement. Elle reprend ainsi la main et se replace devant Bond. Celui-ci arrive quand même à la faire sortir du cadre. Mais le jeu continue : la caméra retombe sur elle, elle reprend le dessus. Il veut fixer la date du rendez-vous, et donc veut la dominer. Mais ce sera finalement elle qui voudra le revoir ce soir. Ce processus de dévoilement peut faire penser à Alfred Hitchcock, qui aurait pu réaliser le film, notamment dans La main au collet ou dans Les enchainés avec un travelling circulaire qui dévoile Cary Grant. Le prochain épisode, Bons baisers de Russie, réalisé par Young, sera d’ailleurs un Bond très  hitchcockien.
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