Critique et analyse – Mr Brooks

  • Date de sortie : 29 août 2007 (2h)
  • Réalisateur : Bruce A. Evans
  • Avec : Kevin Costner, Demi Moore, William Hurt, Dane Cook, Marg Helgenberger, Danielle Panabaker
  • – 12 ans (France) -17 ans (Etats-Unis)
  • Allociné spectateurs : 2.8/5
  • Allociné presse : 2/5
Mr Brooks fait parti de ces films sauvagement critiqués par la presse alors qu’ils ne sont pas si mauvais, et même, s’avèrent très bons. Certes, il faut l’avouer immédiatement, Mr Brooks est un film très controversé et assez dur à voir, non parce qu’il est violent, mais parce qu’il traite de la psychologie d’un tueur, interprété avec brio par un acteur formidable. Le film est très paradoxal, puisqu’elle bénéficie d’une réalisation inspirée et brillante pour certaines scènes alors que d’autres sont catastrophiques et très maladroites, d’un scénario original mais finalement moyen, d’une musique excellente mais avec une piste en particulier affreuse.
 
Époux et père de famille exemplaire, Mr Brooks se transforme en serial-killer la nuit. Après deux ans de silence, il décide de reprendre ses virées mais un photographe le surprend et menace de tout dévoiler à la police. Un jeu de chantage commence alors entre les deux hommes, poursuivis par une enquêtrice brillante, jeu dont personne ne sortira indemne.

Le désir peut être sombre

Il faut savoir que le film est assez dur à voir car il développe une mauvaise psychologie, celle d’un homme tenté par le meurtre, donc instable et malade mentalement. Le film propose de suivre le processus psychologique de ce tueur, sa démarche, ses envies de tuer, ses contrôles, comment il pense à certaines situations et sa logique. Pourtant il y a beaucoup de films psychologiques qui ne frappent pas autant. Pourquoi? On est peu habitué à voir Kevin Costner dans le costume du fou malade, étant plus habitué à des rôles de cowboy, de garde de corps, de coach sportif ou d’amoureux. Cela renforce encore plus l’effet de surprise et le malaise d’une certaine manière. Dans le film, il s’agit bien d’un homme dangereux mais finalement d’un « comme les autres », marié et père, qui cache à tous sa folie. Nous aussi, en tant que spectateur, on ne se doute pas de sa folie avant de le voir à l’acte, très tôt dans le film. 
 

Les personnages

Mr Brooks est un homme ordinaire, il est riche, généreux et fait des dons à des associations. Il aime sincèrement sa famille, mais l’addiction le tiraille régulièrement. Il est charmant, il a réussi sa vie, d’ailleurs il est l’Homme de l’Année. Il est complètement conscient de ses deux personnalités, mais il n’a jamais pu les réconcilier. Le contrôle lui permet de vivre avec ses tentations. Il essaie d’évoluer et tente  désespérément de devenir ce qu’il n’est pas : c’est son combat. Il n’a jamais pu avouer à sa femme Emma ou à leur fille Jane ses crimes. Il suit un programme de désintoxication pour essayer de se libérer de sa dépendance. Sa maladie lui ronge. Il prend plaisir à la souffrance d’autrui. Cependant, très intelligent, il a réussi à compartimenter ses personnalités, très précis il n’est pas négligent et ne laisse pas d’indices. 
Marshall représente con côté noir, c’est la petite voix qui se cache en nous tous et qui nous incite à faire des bêtises. Il représente la tentation et le désir. Il est une pure invention de la psyché de Brooks et mène une vie à l’intérieur de celui-ci. Brooks et Marshall sont deux personnages distincts mais ils sont dépendants, l’un ne peut vivre sans l’autre. Il est curieux et adore la vie. Il est très satisfait de sa vie et il ne veut surtout pas qu’elle prenne fin. Sa vie rime avec amusement. Lorsque Brooks lui annonce son suicide, il n’est pas du tout favorable et essaie par tous les moyens de le convaincre de rester en vie. On peut clairement le comparer à un petit enfant très gâté qui souhaite tout le temps qu’on accepte ses souhaits. D’un autre côté il représente l’indignation par ce qu’il dit, ce qu’il représente et ce qu’il pousse à faire. Très attaché à Brooks, il sait cependant comment le réconforter, quand se faire discret et quand lui mettre la pression. Son personnage est paradoxal parce qu’il dit ce que l’on pense à propos des autres, comme dans la scène où il révèle à Brooks que «même si ce type était charmant, je ne pourrais pas l’encadrer». Il montre la vérité, même à Brooks, sur ses défauts sur lui ou sur sa fille. Il sait qu’il tue à cause de lui : «Tu m’en veux bien souvent, parce que c’est moi qui fait de mon mieux pour te pousser sans arrêt au meurtre… eh bien pas cette fois mon vieux : c’est ta décision». 
 
 
Mr Smith est un type négligent et très naïf, parti pour se détruire, sans même le savoir, contrairement à Brooks. Avant de débuter, il avait le contrôle, mais dès le premier contact avec Brooks, il le perd sans le savoir. On peut expliquer cette différence par l’absence d’expérience. Il représente tout l’opposé de Brooks et le sous-estime. Il fait tous les mauvais choix et pense que sa vie est le point de départ d’une aventure dans laquelle il pense se lancer comme futur tueur en série, dont les crimes seront affichés dans tous les journaux. Il n’est pas du tout conscient de tous les aspects du «métier». 
 
Pour traquer Brooks, le détective Tracy Atwood a mis deux ans avant de trouver de nouvelles indices. Très riche grâce à un héritage, Atwood ne travaille pas dans la police pour l’argent mais pour montrer à son père qu’elle est digne. C’est une femme tourmentée, elle doit régler des affaires juridiques avec son ex-époux, cherche l’approbation de son père et enquête depuis deux ans sur les crimes de Brooks sans avoir un indice sur le tueur, qui lui reste inconnu. Elle perd parfois le contrôle, notamment lorsqu’elle souhaite que son ex-mari aie un accident de route. Brooks a beaucoup de respect pour elle et l’admire, parce qu’elle est déterminée, très forte et travaille. Il va même aller jusqu’à l’appeler, seul duel qu’auront les deux personnages. 
Jane est la fille des Brooks. Elle ne veut pas faire d’effort et arrêter les études. Elle recherche la solution la plus facile pour elle : travailler pour son père. Elle est tout le contraire de Tracy Atwood.
 
 

Pour Kevin Costner, le scénario fait parti des 4 parfaits scénarios qu’il a lu dans sa vie. Le scénario développe donc la moralité. En fait, le scénario se présente comme une aggravation de la dépendance de la cigarette. Le fumeur essaie de lutter, mais il n’y arrive pas, il a besoin de fumer pour vivre. Brooks, le tueur, essaie de lutter, mais il n’y arrive pas, il a besoin de tuer pour vivre. L’envie lui démange. Comme le fumeur, Brooks est conscient, puisqu’il lutte sa maladie. Tous les personnages, dans le film, luttent contre leurs démons : Brooks combat son indépendance, Marshall se bat pour rester en vie, Atwood cherche désespérément l’approbation de son père et Jane se bat pour une vie facile.

Le scénario est assez brillant, il y a beaucoup de profondeur comme indiqué précédemment. Cependant il est loin d’être parfait, il est certes original mais peu abouti finalement. Il évite les clichés : durant tout le film le duel tant attendu entre Costner et Atwood n’aura pas lieu. Il n’y a pas non plus de vrai méchant dans le film, sauf si ce n’est peut-être Marshall, la fille de Brooks, l’ex-mari d’Atwood ou encore l’autre tueur qu’Atwood cherche. C’est très original mais cela diminue beaucoup la pertinence et l’intérêt du film. On aurait pu mettre plus l’accent sur la traque de Brooks par Atwood, même sans duel afin de converver l’originalité. Plusieurs intrigues ont lieu pendant la trame principale Brooks/Smith : Brooks essaie d’effacer les crimes de sa fille, Atwood cherche à arrêter un autre tueur et elle doit se défendre juridiquement contre les réclamations économiques de son ex-époux. Beaucoup de sous-intrigues, qui s’imbriquent parfaitement les unes dans les autres, ajoutent de la profondeur aux personnages, mais qui encore une fois, diminuent beaucoup la pertinence et l’intérêt-même du film, qui se trouve être plus une étude de personnages ou d’états-d’âmes qu’un thriller avec de l’action et une véritable trame. Le scénario recherché est donc original mais il manque quelque chose. C’est donc un problème de structure, le scénario possède les idées, les imbrique ensemble mais finalement le résultat final (ou bouquet final) n’est pas celui que l’on attend. Cependant les rebondissements viennent de manière très naturelle. Les dialogues sont vraiment très pertinents et intéressants, notamment les dialogues entre Brooks et Marshall, géniaux, ou entre Brooks et sa femme.

Le casting est excellent. Encore une fois, comme dans tous ses films, Kevin Costner vit le rôle et incarne le personnage à merveille. Il est tellement crédible que le spectateur est inquiet pour son sort et souhaite qu’il se libère de ses désirs sombres. William Hurt est époustouflant, Marshall est sûrement un de ses meilleurs rôles. Il ajoute tellement de profondeur au personnage qu’il devient très intéressant à étudier. Le duo qu’il forme avec Costner est très captivant et passionnant. Marg Helgenberger interprète à merveille la femme de Brooks. Même si elle a peu de scènes, toutes sont très soignées et elle est incroyablement perfectionniste. Danielle Panabaker signe également une prestation excellente, sans défaut. Par contre pour Demi Moore on l’a vu sous de meilleurs jours, il faut le dire. Même si sa prestation reste très honnête et vraie, elle reste légèrement décevante. Par contre Dane Cook est très mauvais, son jeu est bien trop moyen. 
 
La réalisation et la mise en scène sont très bonnes, même elles n’innovent rien. La scène de l’interrogatoire de Jane est très bien réalisée et très bien montée, le travelling sur Costner est excellent. Par contre certaines scènes sont très mal réalisées et on ne comprend pas leur présence, comme la scène de fusillade entre Atwood et Meeks. Cette scène est très mal montée, très mal réalisée et très mal mise en scène. De plus, la piste sonore qui l’accompagne est complètement affreuse! En parlant de piste sonore, dans l’ensemble la musique de Djawadi est très convaincante avec un thème principal satisfaisant et des pistes plus émouvantes ou d’autres qui accompagnent excellemment bien les scènes de doutes. Parmi ces pistes, Addiction, Suicide Note et Realization (qui accompagne la scène d’interrogatoire de Jane) sont les meilleures. Les décors sont très bien réussis, notamment la maison de Brooks, qui est une réelle maison à Shreveport en Louisiane et non à Portland, lieu où se déroule l’action dans le film.
Travelling sur Costner

Explication de la fin


Sur fond de Vicious Traditions de The Veils, chanson qui colle parfaitement à l’atmosphère, Jane plante un couteau sur son père pour le tuer. Elle prend ses lunettes, symbole de l’entreprise. D’ailleurs, au début du film, lorsqu’ils parlent de l’héritage de l’entreprise, elle prend ses lunettes. De plus, lorsqu’il enlève ses lunettes, Marshall apparait derrière son dos. Puis Brooks se réveille et s’aperçoit que le meurtre n’est en fait qu’un cauchemar. Il peut y avoir trois explications à ce cauchemar :
 
  • Lorsque Brooks apprend qu’il y a eu un meurtre dans le campus de sa fille, il soupçonne directement Jane. Il pense alors que sa maladie est héréditaire et s’en veut de tuer, car indirectement, il nuit la vie de sa fille, la condamnant donc à tuer aussi. Il va même douter de son amour envers lui, craignant qu’elle pourrait le tuer par la suite. Il doute que la BMW de Jane soit volée mais pense plutôt qu’elle l’a fait détruire pour effacer les traces. Pour lui, elle est moins rigoureuse, encore trop amateure et craint que la police va l’arrêter. Son cauchemar explique qu’il a peur qu’elle le tue pour prendre sa place dans l’entreprise, ce qu’avait songé Marshall auparavant. Mais ceci n’est qu’une idée de Brooks, la réalité est bien différente. Sa pauvre fille n’est pas du tout atteint de cette maladie, et Brooks souhaite tellement qu’elle réussisse qu’il imagine ses pires cauchemars. Certes, Jane est gâtée… Elle n’a pas détruit la BMW qui a vraiment été volée. Certes elle a menti : elle a dit qu’elle l’avait prêté à un ami. Elle aurait eu donc peur que son père se fâche s’il apprenait le vol de la voiture. On pourrait penser que Jane a voulu être enceinte pour quitter l’université même si elle le dément, et qu’elle a offert la BMW au donneur. Donc cette hypothèse confirme que Brooks délire sur sa fille.
  • Cette solution est encore plus fiable dans le cas où on pourrait supposer, même si très peu probable, que Marshall est le père de Brooks. Ce dernier révèle à Smith qu’il «a tué beaucoup de personnes», Marshall aurait pu être l’une de ses premières victimes. La phrase «tu étais un héros pour moi» dite par Brooks à Marshall est dans ce cas bien plus significatif. Brooks aurait donc peur que la même chose se reproduise sur lui.
  • Brooks pense que la maladie est héréditaire : c’est la triste réalité. Sa fille Jane a tué quelqu’un dans le campus et a menti à son père sur la BMW une première fois en disant qu’elle l’a prêté à un ami puis qu’elle a été volée car en réalité elle l’a bien détruit. Elle veut le tuer pour être chef de l’entreprise (ou alors elle n’irait peut-être pas jusque là, c’est tout l’ambiguïté de cette solution). Comme le pense son père, elle est encore amateure et donc moins rigoureuse pour effacer ses traces et la police ne tardera pas à l’arrêter. Cependant, cette solution est la moins vraisemblable, bien que possible.
La fin est donc ambigüe, même si la première hypothèse est la plus envisageable. Là encore, le scénario est troublant avec des faiblesses, mais c’est très original. 
 
 
Vous l’aurez compris, Mr Brooks est un film très paradoxal. Plus une étude de personnages qu’un thriller avec des scènes d’action, le film mérite d’être vu pour des dialogues pertinents, le processus de psychologie et un duo d’acteurs époustouflant que forment Kevin Costner et William Hurt. 
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