Critique et analyse – L’affaire Thomas Crown


  • Date de sortie : 4 septembre 1968 (1h42)
  • Réalisateur : Norman Jewison
  • Avec : Steve McQueen, Faye Dunaway, Jack Weston, Paul Burke, Yaphet Kotto
  • Tous publics 
  • Allociné spectateurs : 3.5/5

L’affaire Thomas Crown. Steve McQueen. Faye Dunaway. Duo Mythique. Orné d’une mise en scène haute en couleur, d’une chanson culte et bien entendu de ce duo culte qui fonctionne merveilleusement bien à l’écran, ce film savoureux et sensuel ne peut devenir qu’un classique moderne. 

Avant tout, le scénario du film est plutôt ludique. Il est plus ou moins adapté de la vraie histoire de l’escroc belge Tomas Van Der Heijden. Il nous invite à suivre un riche et séduisant homme d’affaires qui organise un braquage dans une banque pour tromper l’ennui. Au bout d’une demie-heure arrive la fameuse femme, qui avait été annoncée dès le générique, Vickie Anderson, détective dans une compagnie d’assurances. Le jeu du chat et de la souris peut alors commencer* (* indique : voir l’analyse du générique en bas de page). Le scénario mélange à merveilles les genres, exercice que j’apprécie tout particulièrement. Il mêle intrigue policière et histoire d’amour intense et glamour, ce qu’annonce le film dès le générique de début*. La deuxième partie se concentre davantage sur la psychologie des deux personnages qui cherchent à tout prix à dominer l’autre en s’opposant, se rapprochant puis se séparant. Malgré quelques longueurs, le scénario se veut assez brillant. Il laisse ingénieusement une grande place pour l’ambiguïté afin d’inviter le spectateur à s’investir dans ce jeu savoureux du chat et de la souris,  mené par les deux protagonistes. La relation menée par les deux personnages reste assez ambigüe avec beaucoup d’indécision et de doutes, et pourrait donc voler en éclat à chaque instant.

Le film bénéficie d’une réalisation et mise en scène très modernes. Pour la première fois, le réalisateur utilise le split-screen, qui impose des limites et des souvenirs*. Non seulement le split-screen est virtuose mais les cadres eux-mêmes sont aussi très bien travaillés, ce qui donne un résultat visuel fascinant. Il permet également de montrer plus précisément la personnalité complexe de Steve McQueen et ses traits de visage, avant le hold-up. La mosaïque symbolise l’organisation du braqueur, qui avec minutie, a tout organisé et tout coordonné*. Elle nous aide à suivre la progression de chaque personnage, qui a un rôle bien particulier dans le hold-up. De nombreux plans bénéficient d’une esthétique parfaite et d’une photographie sans défaut. Le film s’inscrit véritablement dans cette fin des années 60 qui ont vu le triomphe des James Bond (voir l’analyse du générique). Après le succès de Bonnie and Clyde, Faye Dunaway campe le rôle de la séductrice Vickie Anderson et signe une prestation d’actrice parfaite. Face à elle, Steve McQueen, tout juste sorti de Bullitt, joue le riche charmeur Thomas Crown, sa prestation est époustouflante! Il est intéressant de savoir que Sean Connery a aussi été envisagé pour ce rôle (qui sera repris par la suite par un autre Bond, Pierce). Les deux acteurs fusionnent excellemment bien ensemble et sont très charismatiques, ils n’ont plus besoin de mots pour se comprendre, les regards suffisent, les mêmes que ceux du générique*. La séquence culte de la partie d’échecs est d’une sensualité troublante et se termine d’ailleurs sur un baiser d’une minute. D’ailleurs, la séquence utilise le split-screen, même s’il n’y a pas de mosaïque à proprement parler. Les plans très précis s’enchaînent très rapidement, de telle sorte qu’on peut rassembler nous-même tous les plans de la partie et les imbriquer dans un même plan pour obtenir un split-screen. Le split-screen serait donc composé de plans qui montrent les pions ainsi que les doigts, les regards et les mouvements des deux acteurs. C’est donc un split-screen qui a lieu dans le montage, et non dans l’image. Ceci renforce l’opposition, ou plutôt le combat symbolique, entre Thomas Crow et Vickie. Il n’y a plus de mosaïque pour regarder dans tous les coins, non, les deux personnages ne peuvent que se regarder; comme la scène d’apparition de Faye Dunaway, où l’absence de mosaïque insiste sur la direction de l’actrice, qui se dirige vers son objectif.

Le film est un véritable modèle du divertissement très classe, d’ailleurs sublimé par la très belle partition musicale de Michel Legrand, qui a décroché un Oscar pour la chanson culte du film «Windmills of your mind». La bande originale est très réussie, même si elle n’est pas autant emblématique que la chanson. D’ailleurs, comme les films de Sergio Leone avec la musique d’Ennio Morricone, ce n’est pas la musique qui contribue le film mais bien le film qui est monté par rapport à la musique. C’est pourquoi la partie du jeu d’échec dure plus de 7 minutes. La fameuse séquence de baiser dure plus d’une minute et il a fallu huit heures sur plusieurs jours pour les deux acteurs pour finaliser la scène. Très élégant, le scénario, fort heureusement, nous épargne tous les clichés possibles et inimaginables. Dès le départ, les deux personnages se disent la vérité. Elle veut trouver des preuves de sa culpabilité et lui ne la cache pas. Il commence alors le jeu du chat et de la souris, chacun avance son pion, chacun à son tour domine l’autre. Ce jeu a comme fond une tension sexuelle inévitable*. Il jeu prendra fin lorsque Crown partira, dans les airs, libre tandis que Vicky, elle, restera au sol, les larmes aux yeux, déçue et irritée.

“ Parti tôt. Amène l’argent avec toi, s’il te plaît… ou garde la voiture. Avec tout mon amour, Tommy. ”
L’affaire Thomas Crown est le film duquel Steve McQueen fut le plus fier. Le film mélange excellemment bien les genres, entre intrigue policière et romance intense et glamour. La réalisation est très moderne et dynamique. Malgré quelques longueurs, le scénario est brillant…mais on retiendra surtout le duo d’acteurs, unique. Mythique.
Le générique dure 2 minutes 20 mais il représente tout le film, soit près d’1 heure 50. Il reflète tout le film, l’analyser est donc très intéressant.

L’analyse du générique : quatre points majeurs

1. Dès le premier plan, le regard annonce le film

Le film s’ouvre avec un générique haut en couleur, qui rappelle fortement James Bond 007 contre Dr No et présente le split-screen, utilisé pour la première fois au cinéma. Le regard inaugure le film, avec un oeil à gauche et un autre à droite. D’un côté l’oeil rieur et de l’autre l’oeil grave. Ces deux yeux ne se situent pas dans un seul et même cadre mais constituent bien deux cadres différents. L’oeil rieur se perd dans le fond alors que l’oeil grave s’approche vers la caméra. Dès le premier plan, on utilise le split-screen. Les personnages se cherchent tout au long du film et jouent au jeu du chat et de la souris avec amusement. Un des thèmes majeurs du film reste le regard. Les deux personnages se montrent. Ils doivent se voir l’un l’autre pour mieux comprendre la personne en face et surtout tomber sous le charme. Mais ils se cachent aussi. Ils portent des lunettes de soleil. Lui, pour se cacher de son crime, le braquage. Elle, pour se cacher et ne pas devoir faire de choix entre son nouvel amour et son travail. 

2. Le split-screen impose des limites

Le split-screen permet de contrôler chaque case, chaque situation, chaque position, comme le fait Thomas Crown avec ses pions sur l’échiquier. Il permet une organisation minutieuse du hold-up et montre la coordination de chaque personnage pour le hold-up. Il permet de montrer avec une grande précision les traits de visage et d’obtenir un portrait très organisé. Dans le générique les images sont découpés en plusieurs cases, on obtient un effet d’enfermement avec des limites. A aucun moment les titres ne se mêlent aux images. La présence de liberté est peu nombreuse dans le film. C’est de cette société enfermée que s’échappe à la fin Thomas Crown, pour retrouver un peu de liberté. Les split-screen sur les deux personnages s’enchaînent. Les images de la femme pourraient être les souvenirs que garde Crown lorsqu’il part en avion. Réciproquement, les images de l’homme pourraient être les souvenirs que garde Vicky lorsque son amour s’envole. En ce sens le générique serait un flashforward qui serait en réalité le générique de fin. Lorsque Thomas Crown part, les deux protagonistes ont des souvenirs de l’un et l’autre. 


3. La typographie indique l’opposition et l’étouffement 

On remarque que certains noms dominent les images comme le nom de Faye Dunaway et d’autres sont poussés, voir écrasés et même étouffés par les images, comme Steve McQueen, emprisonné entre deux images. Cet exemple est plus explicite avec les noms de Paul Burke et Jack Weston, qui sont presque comprimés par les images. Cet effet montre le combat et l’opposition futurs entre les deux personnages, qui chacun à son tour va dominer l’autre. On voit aussi clairement que les bandes noires ne sont pas des limites entre les images mais les masquent clairement, ce qui a pour conséquence la division des visages par exemple. C’est grâce à cet effacement que les noms peuvent s’imbriquer. 


4. Les couleurs reflètent une critique de la société

Le générique est très coloré et rappelle celui de James Bond 007 contre Dr No où les titres et les cercles défilent, sous le rythme du thème sonore, très rapidement. Les couleurs créent un véritable contraste entre les différents motifs. Certains motifs partent, d’autres apparaissent, tout en rythme. C’est exactement le même modèle pour L’affaire Thomas Crown qui bénéficie d’un contraste entre les différentes images. Les couleurs participent à l’ambiance sexuelle, renforcée par les gros plans de lèvres. Comme dans le générique de Bond, les couleurs sont très vives. D’ailleurs, il est difficile de ne pas penser aux oeuvres d’art d’Andy Warhol de la période Pop Art, ces oeuvres mettaient en exergue la société de consommation, en plein expansion alors. Les images représentent les souvenirs des personnages. Les couleurs ne représentent donc pas forcément la vérité. Dans la première partie du film, c’est à dire avant la partie d’échec, Steve McQueen est vêtu de costumes sombres et Faye Dunaway d’habits blancs. Cette opposition va se renverser après la fameuse scène de la partie, le costume noir de Faye Dunaway est explicite dans la dernière scène. Le film montre aussi la puissance et l’influence des femmes dans une période où elles combattent pour obtenir leur place dans la société. 
 
Générique du film James Bond 007 contre Dr. No
Campbell’s Soup Cans, Andy Warhol (1962)
Marilyn Monroe, Andy Warhol (1967)

Des photos de tournage

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4 commentaires

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  3. lipiarski · septembre 14

    après le hold-up il y a une réunion chez les banquiers et un des banquiers montre un bout de papier dans le creux de sa main avec une phrase, des noms ? tu sais à quoi correspond ce geste ? J’ai vu plusieurs fois le film mais je n’y ai trouvé aucune explication ..

    J'aime

  4. Pingback: Analyse – La mort aux trousses, le générique de début | Fenêtre sur écran

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