Critique et analyse – L’appât

  • Date de sortie : 2 octobre 1953 (1h31)
  • Réalisateur : Anthony Mann
  • Avec : James Stewart, Janet Leigh, Robert Ryan, Ralph Meeker et Millard Mitchell
  • Tous publics 
  • Allociné spectateurs : 3.8/5
L’appât est un western assez original, un quasi huis-clos ouvert avec une seule intrigue, une sorte de pièce théâtrale avec plusieurs actes. Le film met en scène cinq personnages : Howard Kemp joué par James Stewart, un petit fermier qui cherche un petit pactole pour récupérer son ranch des mains de sa femme, Roy Anderson joué par Ralph Meeker, un ex-officier nordiste recherché par une tribu indienne pour le viol d’une des leurs et Jesse Tate joué par Millard Mithcell, vieux prospecteur à la recherche d’argent. Les deux sont réunis pour aider Kemp à appréhender Ben Vandergroat joué par Robert Ryan, un hors-la-loi dont la tête est mise à prix pour 5 000 dollars. Il est accompagné de Lina jouée par Janet Leigh, la fille de l’un de ses complices mort. Elle croit en son innocence. Les trois chasseurs de primes capturent l’homme et doivent l’emmener dans une ville lointaine du Kansas, mais le voyage sera parsemé d’embûches et de tensions entre les membres du groupe. Le prisonnier fait tout pour attiser la zizanie entre les esprits pour semer la discorde. 




Pour son quatrième western avec James Stewart, Anthony Mann a choisi une situation assez simple, un treck montagnard. Une seule intrigue. 5 personnages. L’intrigue possède un double noeud : les trois geôliers doivent conduire le hors-la-loi à destination et ce dernier doit s’enfuir en semant la zizanie. Reste bien entendu la femme, jouée par Janet Leigh, sans douche cette fois-ci. Alors L’appât est-il vraiment un western? Oui, sans tous les stéréotypes et sans les récits habituels de vengeance. L’appât, c’est surtout les grands espaces, la grandiloquence du voyage, les montagnes, les torrents. Les westerns sont des films qui font plaisir aux yeux, il ne faut pas l’oublier. Le western, c’est le plaisir de découvrir des paysages. Dans les années 40 il y a eu énormément de westerns produits parce que leur réalisation est simple : filmer des paysages et inventer une histoire pour tenir le spectateur assis dans le fauteuil.

Les personnages sont ambigües. Ils échappent tous à l’identification. Kemp se fait passer pour un shérif alors qu’il n’est qu’un rancher trahi par sa femme alors qu’il se battait durant la guerre de Sécession. La culpabilité du hors-la-loi ne l’intéresse pas, son seul objectif est de rempocher l’argent. Il se place loin de la figure du héros westernien. Il est autant aimable, sympathique que névrosé et violent. Cependant il sait se convertir et Lina l’aidera pour sa rédemption. Lina, la jeune femme coiffée et habillée à la garçonne, est la seule qui est entièrement positive avec une profonde humanité… et une part de naïveté. Tellement naïve avec Ben que le spectateur commence à douter s’il est vraiment coupable. Pourtant il n’est peut-être pas le plus sauvage ou le plus immoral car  Roy Anderson commet un massacre d’une tribu indienne pacifiste. Ce carnage nous fait vraiment demander s’il n’est pas plus féroce que le bandit qu’il ramène. Jesse Tate est peu méchant mais il n’hésitera pas à abandonner ses compagnons. Finalement, on a quatre personnages masculins égoïstes et très individualistes même s’il y a des contrastes entre eux. L’appât du gain pour les trois et l’instinct du survie pour l’autre représentent les principaux enjeux du film.

 
Les Rocky Mountains constituent le cadre du film. Cadre sauvage, aéré, somptueux, plein de sérénité. C’est dans cette nature omniprésente que vont se déchirer les protagonistes. Le scénario de Sam Rolfe et Harold Jack Bloom est satisfaisant avec une belle richesse psychologique. Les scénaristes ont choisi de créer une distance entre le film et le spectateur en créant des personnages individualistes avec un manque d’empathie certain. Certes, le scénario n’est pas parfait mais la mise en scène s’approche de la perfection. Le cadrage est soigné et les plans sont très beaux. Les scènes d’action sont très bien rythmées. Lors de la scène avec les indiens, l’immobilité des indiens frappe par contraste avec les autres éléments du plan comme les arbres qui tremblent à cause du vent. Les indiens sont mis en valeur, on a l’impression qu’ils sont sacrés et suivent le cortège avec précision bien minutieusement. Ainsi l’attaque de Roy devient très heurtant. Le travail sonore est également remarquable, on retiendra surtout le bruit tumultueux du torrent lors du dernier quart d’heure. Enfin la bande sonore a un thème principal convenable, mais les autres pistes sont plus intéressantes. 

La prise de conscience de James Stewart rend le film encore plus intéressant. Kemp accepte la rédemption et rejette son passé. La femme sauve son âme. Une fin qui nous va droit au coeur. L’appât a apporté de gros bénéfices à la MGM avec près d’1 million d’entrées en France. Classique moderne.
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