Critique et analyse – L’homme aux colts d’or

  • Date de sortie : 1 juillet 1959 (2h2)
  • Réalisateur : Edward Dymtryk
  • Avec : Henry Fonda, Anthony Quinn, Richard Widmark, Dorothy Malone, Dolores Michaels
  • Tous publics 
  • Allociné spectateurs : 3.9/5
  • Allociné presse : 5/5
Henry Fonda. Anthony Quinn. Richard Widmark. Un trio d’acteurs remarquables qui donne envie de voir ce western. Très différent des autres. Une bande de hors-la-loi dirigée par Abe McQuown sème la terreur à Warlock. Les habitants font alors appel à Clay Blaisdell, dit « l’homme aux colts d’or », pour rétablir l’ordre. Celui-ci débarque dans la petite ville, accompagné de son ami et associé, Tom Morgan, qui ne tarde pas à ouvrir un saloon. Comme souvent, l’intrigue a lieu dans un petit village où des hors-la loi veulent semer la terreur, où le shérif n’arrive plus à contrôler la situation et demande de l’aide. Pourtant L’homme aux colts d’or n’a rien d’habituel…

 
L’homme aux colts d’or possède un concept paradoxal : c’est un grand western original et profond, mais on peut contester son petit manque de rythme et le scénario qui développe plusieurs sujets. Une chose est certaine, les acteurs portent très bien le film et créent beaucoup de charme au film. La situation de départ est très conventionnelle : des villageois apeurés demandent l’aide d’un homme, ce qui peut faire rappeler un autre western, de Clint Eastwood, plus récent, L’Homme des hautes plaines. Dmytryk s’attaque à un scénario solide qui traite ses personnages avec beaucoup de profondeur et leur accorde beaucoup d’importance, c’est le point fort du film.

Le traitement des personnages est primordial dans les westerns. Dans Le dernier train de Gun Hill, le travail sur Matt Morgan (Kirk Douglas) et Craig (Anthony Quinn) est considérable, ce qui permet d’ajouter beaucoup de profondeur et d’intérêt au film, qui devient alors un véritable chef-d’oeuvre. Dans ce film, ils ne sont pas deux mais trois. On retrouve un Henry Fonda magistral dans le rôle de Blaisdell. Il n’obéit qu’à ses propres règles de conduite et ne respecte pas la loi. Grâce à sa rémunération, il vit dans le luxe. Mais ce n’est en aucun cas un homme sans coeur, bien au contraire. Il éprouve beaucoup de sentiments amicaux envers son compagnon Tom Morgan et tombe même sous le charme de la blonde Jessie Marlowe. Enfin les scènes finales montreront une sensibilité extrême que l’on n’avait pas soupçonné chez lui… Anthony Quinn est éblouissant, je dirais même que sa présence dans le film apporte quelque chose de rare et d’unique, tout un charme. Il incarne à merveille l’homme peu attachant mais qui va se révéler plus émouvant avec le temps, jusqu’à connaître un destin tragique… ce rôle est explicite dans Le dernier train de Gun Hill où son émotivité aboutit à un final tragique et bouleversant. Morgan est un riche propriétaire qui possède un saloon et qui tombe sous le charme de Clay. Paradoxalement, ces deux hommes sont assez différents. L’un est noble et gagne sa vie de manière très honorable. L’autre tue sans remords pour sauver les villageois. Alors, finalement, quels éléments les rapprochent? Tous les deux sont élégants dans le style vestimentaire et la posture, sans oublier l’art de la gâchette. Très amis, ils entretiennent une relation plus forte que celle de l’amitié. Lorsque Blaisdell tombe amoureux de Jessie Malowe, on montre la souffrance de Morgan. Ils entretiennent une relation passionnante.

Dorothy Malone interprète Lily, arrivée à Warlock pour tuer Blaisdell, qui aurait tué son fiancé Ben Nicholson. On remarque qu’elle entretenait auparavant une relation avec Morgan, mais un sentiment de rejet culmine désormais. Avec le temps elle comprend que la violence doit s’arrêter, pardonne Blaisdell et tombe amoureuse du jeune Johnny Gannon. Après avoir fait parti du gang McQuown, Gannon devient le shérif de Warlock et doit accepter de travailler avec Blaisdell. Ce personnage très sensible porte la culpabilité de ses années de hors-la-loi d’autant plus que son frère est resté truand. Il doit donc choisir entre la loi et le sang, alors que Blaisdell, lui, n’a aucun choix à faire. Son courage est presque suicidaire. Il éprouve une certaine reconnaissance et admiration pour Blaisdell mais se méfie beaucoup. Les acteurs incarnent des personnages mystérieux et apportent beaucoup de matière au film grâce à une direction d’acteurs excellente qui se repose sur une écriture très attentionnée de chaque rôle. Le scénariste se concentre également sur des rôles secondaires qui apparaissent quelques fois dans le film et ne sont jamais négligés.

Le scénario du film n’utilise pas les stéréotypes du genre, notamment grâce à des rebondissements inattendues. A la manière de Le dernier train de Gun Hill, ce western est un véritable drame qui aurait pu être transposé sans difficulté dans un autre cadre. Le film ne comporte pas de héros. Blaisdell, qui aurait pu être le héros, a des aspects troubles. Serait-ce Gannon, le courageux shérif qui doit faire un choix entre la loi et le sang? Personnage peu attachant finalement, qui se montre parfois débutant. Le script, finalement,  développe une pensée très intéressante : doit-on utilisé les mêmes méthodes des hors-la-loi pour faire régner ordre et justice? Le véritable duel du film n’est pas celui entre Blaisdell et Gannon contre les tueurs mais bien le duel symbolique Blaisdell contre Gannon. En effet, l’un représente une élimination imminente alors que l’autre représente le pouvoir légal. Quelle méthode est la plus juste?

Les personnages ont peur. Si le village a fait appel à un régulateur, c’est bien parce qu’il affiche une certaine dangerosité. Sa simple présence suffit à faire peur. Les habitants de Warlock ont peur face aux hommes de McQuown et de Blaisdell. Lily a peur que Gannon meure. Morgan menace Clay lorsqu’elle se rapproche de son compagnon Blaisdell. Le développement de la peur des personnages dévoile une véritable pensée, comme Le Train sifflera trois fois, et apporte une profondeur unique. 

La mise en scène est brillante, même s’il y a quelques longueurs. Les duels ne se focalisent plus sur de courtes scènes rapides mais bien sur l’angoisse et la peur pesantes qui précèdent les coups de feu. Le final est très riche en intensité et en tension car c’est bien le tueur qui combattra contre Gannon. Mais qui est le tueur? McQown? Celui-ci est finalement comme Blaisdell, qui tue pour l’argent, à la différence où il tue d’autres tueurs. Ce sera donc Blaisdell qui combattra contre Gannon, et donc deux méthodes radicales qui s’affronteront. Dans ce duel Blaisdell se démarque des autres tueurs, en renonçant au duel et donc à une tuerie, non pas par lâcheté mais par reconnaissance et justice. Il reconnait Gannon gagnant. L’homme aux colts d’or est donc en ce sens plus qu’un western. Développant plusieurs pistes de réflexion, il devient un drame, un mélodrame, presque une tragédie comme Le dernier train de Gun Hill, qui lui est une véritable tragédie où la fatalité annonce le destin prévu, l’intérêt du film se reposant sur la manière où les personnages vont aboutir à ce final inévitable. L’homme aux colts d’or détient un véritable caractère énigmatique des individus, leur évolution est très paradoxale. Blaisdell appliquera finalement la loi alors que Morgan se perdra dans la folie en voulant tuer Gannon pour l’argent.
La force de L’homme aux colts d’or se résume par des acteurs formidables et un scénario riche qui évite les clichés du genre pour privilégier des pensées. Plus qu’un western, le film est un drame, une véritable leçon de vie.  Un grand western doté d’une force incroyable.
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