Critique et analyse – L’Enquête – The International

  • Date de sortie : 11 mars 2009 (1h58)
  • Réalisateur : Tom Tykwer
  • Avec : Clive Owen, Naomi Watts, Armin Mueller-Stahl, Ulrich thomsen
  • Tous publics (France) – 17 ans (Etats-Unis)
  • Allociné spectateurs : 2.9/5
  • Allociné presse : 3.1/5
J’aime beaucoup les thrillers politiques ou économiques. Mais souvent, il y a un problème de rythme et de tension dans ce genre de films, très souvent avec peu d’actions. J’ai beaucoup aimé L’Enquête parce qu’il m’a paru comme un très bon film d’espionnage, certes imparfait mais avec du rythme, du suspens et surtout de très bons acteurs. Tom Tykwer fournit un travail visuel éblouissant dans ce film. Ses personnages émanent une douce poésie, ses plans sont très réfléchis… Ce film s’est révélé pour moi comme une véritable surprise.
 
 
Louis Salinger, agent d’Interpol et Eleanor Whitman, l’assistante du procureur de Manhattan, sont déterminés à mettre fin aux activités de l’IBBC, banque spécialisée dans le blanchiment d’argent et le financement d’opérations illégales. Pour parvenir à mettre la main sur cette banque intouchable, ils vont devoir eux aussi agir au-delà des lois…
 
De Berlin à Istanbul, en passant par le Luxembourg, Milan, Lyon ou encore New York, l’enquête est intéressante à suivre, certes sans trop de rebondissements, la progression est sans surprise mais très efficace et prenante. Tout au long du film la tension est palpable et Tykwer alterne excellemment des scènes où priment la tranquillité et une enquête calme suivies de coups d’accélérateurs comme une fusillade cadrée avec soin, dont j’en reparlerai ci-dessous. Le scénario d’Eric Singer est très convaincant, j’aurais cependant aimé plus de rebondissements et une fin plus travaillée, ce qui est dommage. Techniquement, le film est un pur régal, que de soit dans les plans de Tykwer, la photographie très recherchée et très travaillée, la mise en scène efficace ou encore le choix des décors (architecture moderne de la banque luxembourgeoise ou celle en dôme du musée Guggenheim par exemple). La bande sonore que Tykwer a co-composé est pour moi une réussite car le thème principal convient excellemment au film. Ce thème omniprésent et très simple rythme beaucoup l’intrigue. Chose rare dans le cinéma d’action d’aujourd’hui, la partition musicale du film sait très bien laisser place au silence quand il le faut notamment dans des échanges dialogués tendus. Le film bénéficie d’une très grande touche de modernité. 
 
 
Le couple d’enquêteurs fait monter crescendo la pression, et va très vite ne plus savoir à qui se fier. L’investigation sur l’IBBC est telle un rubik’s cube qui s’initialise à chaque tentative de déplacement ou de stratégie, ce qui en fait un puzzle infranchissable auquel le duo doit se heurter et qui les renvoie à la case départ. Le couple se confronte à une machine infernale. Louis Salinger va vite comprendre que son idée de la justice n’est qu’une illusion et son enquête devient le drame de sa propre vie. Il doit choisir quel pont emprunter et lequel brûler. Clive Owen interprète avec perfection ce personnage obstiné et acharné qui n’a que ses propres idées en tête et ne peut se confier qu’à une seule personne, Eleanor Whitnam, interprétée par Naomi Watts mais qui n’apparaît malheureusement pas assez souvent.
Au milieu de l’enquête a lieu LA scène du film, qui est une fusillade dans le musée Guggenheim à New York. Que dire de cette scène si ce n’est une des meilleures fusillades au cinéma? Techniquement cette scène est irréprochable et les plans de Tykwer sont impressionnants. Le spectateur ne s’y attend pas du tout, cette longue fusillade très dynamique augmente soudainement le rythme du film et ressent une montée d’adrénaline dont la puissance est très rare au cinéma. La scène d’action est très crédible, ce n’est pas comme dans la majorité des films où le héros s’en sort indemne. Dans cette scène, il est blessé gravement et sa chemise est baignée dans le sang, son ami policier meurt et le témoin qu’il voulait interroger succombe à ses blessures. Il n’y a pas d’artifices. La seule solution de sortir indemne du musée est de tuer, tuer et encore tuer. Louis Salinger l’a très bien compris, il n’a qu’une solution. Pour cette scène démentielle, Tykwer a choisi un excellent décor : le musée Guggenheim qui, grâce à sa forme circulaire en dôme, permet des échanges de tirs lointains d’un bout à l’autre du musée, mais surtout et avant tout, le décor permet au héros de ne pas s’échapper car il n’y qu’un chemin pour redescendre. Il faut donc éliminer l’obstacle. La couleur blanche du musée fait contraste avec les multiples empreintes de balles dans le mur et le sang. 
Le film s’inspire largement d’un scandale retentissant du début des années 1990 qui est la fermeture de la BCCI, Bank of Credit & Commerce International, et qui constitua la plus grande faillite frauduleuse du XXème siècle. La banque était suspectée dans des activités illégales comme le blanchiment d’argent de la drogue ou encore le financement de terrorisme et de trafic d’armes et possédait même son propre réseau de tueurs à gages. Il s’inspire également de faits plus récents comme les magouilles financières inacceptables des banques, dont une a fait l’actualité de la presse il y a peu de temps ou des grandes entreprises qui se nourrissent de la crise pour en faire un fond de commerce. De quoi mettre le moral à zéro, et Tykwer y arrive en réalisant un film à la fois très brillant mais aussi inquiétant et déprimant, c’est le but. Le film ne s’élance pas dans les ramifications politiques, malheureusement, ou heureusement. Il se focalise plus sur les efforts de Salinger. Après un prologue qui met directement le spectateur dans l’ambiance du film, le spectateur suit directement l’enquête des protagonistes. Le scénario n’a pas cherché à approfondir ses personnages, ce qui fatalement enlève de la profondeur mais permet de se concentrer à l’essentiel : l’enquête. On ne verra donc pas Clive Owen et Naomi Watts tombés amoureux, leurs vies personnelles restant largement dans l’ombre. Le sujet est maîtrisé de bout en bout et Eric Singer ne cherche pas à se réfugier derrière une romance au dépit d’un traitement du sujet principal moins intense.
L’Enquête se classe parmi les thrillers d’espionnage les plus captivants. C’est un film brillant et très bien maîtrisé, une réussite artistique et technique irréprochable avec ambiance visuelle et sonore très soignées et des acteurs parfaits habités par leur rôle. Malgré l’absence de rebondissements, le scénario va à l’essentiel, chose rare aujourd’hui. On retiendra également une des meilleures fusillades au cinéma, son dynamise magistral en fait une montée d’adrénaline unique.  Un film (presque) parfait.
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Un commentaire

  1. 2flicsamiami · mars 2, 2014

    Concernant la scène d'action principale, elle est crédible sur la forme, mais moins sur le fond. Une agence qui tente de faire profil bas mais qui envoie une poignée de fou furieux en mitraillette pour tuer un agent d'Interpol, pour moi, ça ne colle pas.
    Pour le reste, c'est un excellent thriller. J'adore aussi le travail musical livré par Heil et Klimek.

    J'aime

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