Critique – American Bluff

  • Date de sortie : 5 février 2014 (2h18)
  • Réalisateur : David O. Russel
  • Avec : Christian Bale, Bradley Cooper, Amy Adams, Jeremy Renner, Jennifer Lawrence
  • Tous publics (France) – 17 ans (Etats-Unis)
  • Allociné spectateurs : 3.5/5
  • Allociné presse : 3.3/5
American Bluff, le film de l’année? Avec dix nominations aux Oscars et deux Golden Globes en poche, le film a un statut «évènement», qui s’explique en grande partie d’un casting de luxe et d’une ambiance des années 70 très bien réussie, bien que caricaturale. Le film se focalise plus sur cette ambiance que sur l’intrigue principal, et donc perd en naturel et gagne en caricature. Il rend hommage aux codes du cinéma des années 70, peinture de l’Amérique de cette période. L’intérêt du film réside donc dans les décors, la musique, les costumes, l’ambiance générale et non dans la trame complexe que nous propose David O. Russel. 

Plus ou moins inspiré d’une histoire vraie, le film raconte le parcours d’un escroc particulièrement brillant, Irving Rosenfeld et de sa belle complice Sydney Prosser, obligés de piéger un homme politique corrompu par un agent du FBI, Richie DiMaso. Le piège est très risqué, d’autant que l’imprévisible épouse d’Irving, Rosalyn, pourrait bien les conduire à leur perte…

Le charme de cette comédie dramatique provient essentiellement des acteurs très investis, des décors réussis, des costumes comme les décolletés provocants d’Amy Adams, des vestes de Christian Bale ou encore des bouclettes de Bradley Cooper. Avec une musique 70’ en fond sonore, David O. Russel parvient à nous plonger dans cet univers fascinant. Il choisit de très beaux plans originaux qui offrent une réalisation très recherchée, aboutie et très brillante, tout comme la photographie. Ça fait plaisir… Il oriente très bien tous ses acteurs, qui sont très investis et donnent le meilleur d’eux-mêmes. Christian Bale, acteur perfectionniste et obsédé par sa performance, s’impose des préparations physiques extrêmes, il a pris 20 kilos pour le rôle et a vraiment pris du plaisir à jouer son rôle d’escroc. Sa transformation physique lui a abîmé deux disques de la colonne vertébrale avec une sévère hernie. Pour le film de Michael Mann, Public Enemies, dans lequel il incarne un enquêteur qui sait faire du cheval, l’acteur a appris à faire du cheval, sans même qu’il y ait une seule scène d’équitation. A ses côtés la ravissante Amy Adams avec ses décolletés et bigoudis, joue  avec perfection une partenaire mystérieuse et manipulatrice. Le deuxième rôle féminin du film est jouée par Jennifer Lawrence, épouse psychotique incroyable prise pour une stupide. Bradley Cooper est très investi également dans le rôle de l’agent du FBI ambitieux séduit par Amy Adams et n’ayant en tête qu’un objectif : piéger Carmine Polito. Jeremy Renner m’a surpris dans ce film en signant une très belle prestation du maire populiste. Casting de luxe, ambiance réussie, réalisation brillante et aboutie… alors American Bluff serait-il le film de l’année? 

 
Difficile de juger, nous ne sommes qu’en février! Le scénario est très complexe et légèrement confus, il méritait que la trame principale soit traitée de manière plus sérieuse. L’histoire d’arnaque, de politique et de corruption suscite malheureusement peu d’intérêt. Le scénario manque de rythme et des bouleversements. L’abandon de l’intrigue prive le film d’une structure solide. Les rouages de l’arnaque ne sont pas assez développés ce qui enlève de la tension et de l’intensité. Malgré le petit manque de rythme, les quelques longueurs qu’il aurait fallu couper et l’abandon de son sujet, David O. Russel parvient à ne pas nous ennuyer en enchaînant scènes dramatiques avec Jennifer Lawrence par exemple ou comiques avec Bradley Cooper notamment. Les séquences humoristiques sont très bien réussies car elles sont d’un naturel…rare, il n’y a pas besoin d’ajouter des gags ou des artifices, non! Le rire vient naturellement, c’est une bonne réussite. Les personnages sont très bien travaillés et ont beaucoup de profondeur. Tous vivent dans leur propre fantasme, se mentant à soi-même jusqu’à ce qu’ils voient la réalité en face. Le scénario mélange les genres, ce qui est un exercice difficile et surtout audacieux, mais réussi dans ce film. En effet, le film se veut dramatique, comique avec un mélange d’intrigue policière avec la mafia à la Scorsese. Comme pour Philomena, mais en quantité moins importante, le mélange des genres est très convaincant. On pourrait être bluffé…

Voix off, slow motion, travellings, bande sonore, escroqueries, mensonges font de ce film un cocktail scorsésien, ou presque. A cette petite liste ajoutons l’invitée du film, Robert de Niro venu faire un caméo, utile ou pas dans l’intrigue, chacun jugera. David O. Russel a opté pour un montage élaboré et introduit son film avec une première scène simple mais qui annonce la couleur, avec de la comédie et du drame. Le film met une demie-heure pour présenter chacun de ses personnages, un début excellent. L’étude des passions de cette période et les tourments sentimentaux des protagonistes sont très intéressants à suivre. 

 
Tableau satirique d’une période fascinante, American Bluff est une oeuvre brillante et virtuose. Malgré quelques longueurs, le manque d’intérêt du sujet et donc un rythme un peu lent, cette comédie dramatique est très soignée et est portée par des acteurs parfaits avec une Amy Adams éblouissante qui signe LA prestation. La bande son ajoute du charme avec des titres de l’époque. Même si caricaturale, David O. Russel signe une belle reconstitution où l’histoire n’est qu’un motif au profit d’une ambiance passionnante. Un grand film.
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