Critique et analyse – Le dernier train de Gun Hill

  • Date de sortie : 29 juillet 1959 (1h34)
  • Réalisateur : John Sturges
  • Avec : Kirk, Douglas, Anthony Quinn, Carolyn Jones, Earl Holliman
  • Tous publics
  • Allociné spectateurs : 3.9/5
Quand on cite John Sturges, on pense trop souvent au film Les trois mercenaires et très rarement à Le dernier train de Gun Hill, un western tellement à la hauteur à tous les niveaux qu’il mérite un intérêt plus fort… Du début à la fin il n’y a aucun temps mort, aucune longueur, ce qui est très rare dans un western, même réussi. Cela est dû à un scénario excellent et à un déroulement mature très bien scénarisé. Un western irréprochable à tous les niveaux.
Très peu de westerns sont des huis-clos, parce que le charme d’un western se situe dans les paysages, les contrées lointaines, les routes abandonnées, des lacs à perte de vue… Dans Le dernier train de Gun Hill, des paysages sont montrés mais l’intérêt principal ne réside pas dans les champs près du ranch de Belden mais bien dans la chambre d’hôtel de Morgan et autour de celle-ci. Certes, toute l’action n’a pas lieu dans cette pièce mais c’est bien dans celle-ci qu’est prisonnier le personnage principal. 
 
Lorsqu’il apprend que sa femme, une indienne, est violée puis tuée, le shérif Morgan va se venger à Gun Hill en retrouvant le coupable, qui n’est autre que le fils de son meilleur ami, Belden, qu’il n’a pas vu depuis 20 ans. Morgan réussit à kidnapper son fils et l’enferme dans une chambre d’hôtel pour prendre le train le soir et rentrer chez lui pour le juger. Dès le début de l’histoire, lorsqu’on apprend l’identité du coupable, on comprend que le film est une tragédie. La fin est une fatalité, l’idée du destin est déjà connue lorsque les deux voyous commettent l’acte déclencheur. Il y a deux intérêts fondamentaux qui se rejoignent en quelque sorte. Le premier est de savoir comment vont se dérouler les péripéties pour se retrouver dans une situation finale inévidente. Le deuxième est comment va procéder Morgan pour rejoindre la station de train, alors que l’hôtel est entouré de dizaines d’hommes.  
 
Kirk Douglas et Anthony Quinn, deux acteurs de génie, forment un duo très bien maîtrisé et fort intéressant. Ils livrent une très grande interprétation. Douglas est très sobre, tendu et n’a qu’un objectif en tête. Quinn est formidable, il n’est nullement un voyou et s’inquiète pour son fils indigne qui va commettre l’irréparable. Leurs personnages sont très approfondis. Ils sont virils, puissants, veufs et père d’un garçon. Ce dernier point représente également leur seul différence : Belden a le mauvais garçon qui vient de violer et tuer la femme et Morgan a le gentil garçon, cependant plus jeune, très respectueux. Aussi on peut noter qu’à partir de ce crime, l’amitié se transforme en rancoeur et antipathie, même s’ils vont quand même conserver un certain respect mutuel. Ils conservent ce respect parce que les deux se comprennent. L’un comprend que l’autre veut se venger du crime mais ne peut livrer son fils. L’autre a de la compassion pour son ami mais ne peut laisser le crime impuni. La seule solution est donc que l’un des deux détruise l’autre. Et c’est ce que veulent éviter les deux mais Morgan veut juger le fils mais sait que l’autre voudra se venger. Et Belden essaie de le convaincre d’abandonner en lui demandant s’il veut que son fils soit adopté. Alors comment procéder pour éviter le pire? Cette phrase du film illustre bien le propos : «Il ne pourra en rester qu’un». Une chose est sûre, le survivant, que ce soit l’un ou l’autre, repartira brisé et honteux. 
Un western qui ressemble fortement à 3h10 pour Yuma. La question du destin sera si le protagoniste arrive à prendre le train de 21h00 à Gun Hill. Un défi très audacieux. Et Morgan sait comment y parvenir car il mise sur le talon d‘Achille de Belden, son fils qu’il a pris en otage. Dans 3h10 pour Yuma, le méchant est charmant et intelligent. Dans Le dernier train de Gun Hill, le méchant est un jeune lâche, sans même un statut de bandit.
Le dernier train de Gun Hill se démarque également sur le cadre temporel. L’histoire se déroule vers la fin du 19ème siècle. Il n’y a plus de barbarie, le shérif est responsable et ne tolère pas les meurtres mais réclame des procès. Le fait que Morgan soit marié à une indienne n’offusque personne. Les guerres indiennes datent de très longtemps. Les gens sont calmes, respectueux de la loi, paisibles, amicaux. Pawley est une ville idyllique où tout le monde s’entend très bien. Et c’est dans cette ville que se promènent l’enfant voyou et son acolyte. Mais eux ne sont pas d’ici. Ils viennent de Gun Hill et dans leur ville il n’y a presque pas de loi car le shérif n’est pas autoritaire. C’est un propriétaire de grandes terres et de bovins, Craig Belden, qui possède tout le monde dans la ville et représente toute la loi. Les deux voyous attaquent l’indienne car ils pensent que les indiens ne comptent pas pour Pawley, comme à Gun Hill. Ils la violent et la tuent car ils pensent que les habitants toléreront leur crime. Cependant elle arrive à se défendre et blesse l’un des deux. Cette blessure facilitera Morgan pour retrouver le coupable. L’indienne envoie son fils en ville pour qu’il n’assiste pas au crime et qu’il apporte du secours. En outre, les deux voyous seraient une allégorie en représentant des envahisseurs d’un pays étranger où les valeurs et lois démocratiques des Etats-Unis ne s’appliquent pas dans le cadre du cauchemar de la guerre froide. A prendre, bien évidemment, avec des pincettes car ce n’est sûrement pas le message qu’a voulu transmettre John Sturges.
Nous sommes censés admirer la retenue de Morgan et son idéalisme. Il tient les lois dans ses propres mains et veut se venger de Rick Belden, peu intelligent pour être dangereux, en l’incuplant dans un procès. Toutefois, lorsqu’il part pour Gun Hill, avec la selle de Belden qu’il retrouve sur les lieux du crime, il pense que c’est un employé de Belden ou même un voleur. Il ne pense à aucun moment que le meurtrier est de la famille de Belden ni de son entourage proche. Il sait que le point de départ de son enquête est le ranch de son ami. Il va donc chez lui, après 20 ans. Une fois le coupable kidnappé, Morgan l’enferme dans une chambre d’hôtel et contrôle la situation grâce à l’ex-femme de Belden, jouée par Carolyn Jones. Les fusillades sont rapides, violentes et sinistres. La revendication finale de Belden indique qu’il connait son sort.
Le dernier train de Gun Hill n’a jamais vraiment fait parti des classiques de l’âge d’or du western, ce qui parait très injuste. Grand western avec beaucoup de tension et de suspense sans aucune longueur, il est clairement le meilleur film du réalisateur et un des meilleurs westerns de la période.
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