Critique et analyse – L’Homme des hautes plaines

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  • Date de sortie : 22 août 1973 (1h45)
  • Réalisateur : Clint Eastwood
  • Avec : Clint Eastwood, Verna Bloom, Marianna Hill.
  • Tous publics (France) R (États-Unis)
  • Allociné spectateurs : 4/5
  • Allociné presse : 4/5

Pour sa deuxième réalisation, Clint Eastwood choisit western. Une occasion pour lui de donner sa propre vision sur l’homme de l’Ouest et de rendre hommage à ses maîtres de cinéma, tels que Sergio Leone ou Don Siegel. Il reprend l’image du drifter, l’homme sans nom qui avait fait sa gloire dans les films de Leone. Il réalise un film violent, très mystérieux et plein de symbolisme. Il choisit de revisiter un scénario classique. Un  étranger débarque dans un village, Lago, et en état de légitime, abat trois mercenaires censés assurer la sécurité des villageois. Mais dans quelques jours, trois hors-la-loi vont sortir de prison et vont venir se venger. les villageois donnent les pleins pouvoirs à l’étranger pour qu’il assure la sécurité de Lago. Eastwood refuse d’utiliser les studios mais fait construire des façades pour créer sa propre ville dans la Sierra Nevada californienne sur les rives du lac Mono. Il n’a que six semaines pour tourner.

La première image montre un cavalier solitaire, perdu dans la vastitude du paysage, un lourd brouillard sur la ligne d’horizon où se détache sa silhouette. C’est une apparition quasi surnaturelle qui tranche avec les normes traditionnelles du western. En général, le cowboy apparaît de façon déterminée. On voit ensuite un village en contrebas avec le cavalier en amorce, il continue sa descente, passe à côté d’un cimetière et arrive à Lago, ville impasse. Dès le début, il tue trois hommes et viole une prostituée (qui lui tire dessus mais il survit), ce qui montre sa violence et son sadisme. Il impose ses propres conditions et s’accapare des pleins pouvoirs. Il nomme un nain le maire et le shérif de la ville, repeint la ville en rouge, la rebaptise « Hell » (« Enfer« ) et dévalise chaque commerce. On comprend très vite qu’il n’est pas là par hasard. Que cache donc cette ville? Une ville purgatoire dans lequel l’étranger incarne un juge punisseur des âmes pécheresses avec une incroyable perversité.

Le scénario magistralement bien ficelé a deux flashbacks, levant le voile sur l’événement qui hante encore les habitants : le meurtre d’un shérif nommé Duncan par trois malfrats, que les villageois ont secrètement payés afin de ne pas laisser ce dernier mettre leur existence en péril. Le premier montre la cruauté du meurtre en montrant la violence exagérée des coups de fouet très choquants à voir et à entendre. Le second montre des habitants passifs, silencieux, cachés dans l’obscurité tels des fantômes qui regardent le spectacle et ne peuvent pas intervenir. Seuls les silhouettes de ces habitants pantins se détachent. Le film prend une tonalité terrifiante. Des habitants victimes de leur propre machination, comme dit le maire actuel : « Oublier, fermer les yeux, c’est notre devise« . La notion de civilisation est morte à cause d’une hypocrisie et d’une tension qui règnent entre les villageois. Un enfer à ciel ouvert hanté par les fautes de ceux qui le peuplent.

La musique fantomatique et angoissante de Dee Barton surgit à chaque apparition soudaine de l’étranger qui n’est pas qu’un simple punisseur mais un revenant. La figure du drifter est un mystère, une abstraction, une légende, un mythe…Dans la version française, le dernier dialogue entre lui et Mordecai en train de finir la tombe de l’ancien shérif Duncan est radicalement différent. Mordecai lui demande son nom, l’étranger répond qu’il est le frère du défunt. Cette version propose donc une vengeance familiale et cet homme est venu à Lago pour punir les tortionnaires de son frère. Mais ce que suggère la version originale est tout autre chose. L’étranger répond à Mordecai qu’il connaît son nom. Ensuite un zoom montre la tombe de Duncan. La silhouette du drifter se perd ensuite dans l’horizon désertique par un fondu enchaîné. Il semble venir de nul part et y retourner. Plutôt de le voir comme le frère de Duncan, l’étranger est une figure de l’au-delà, peut-être même le fantôme du défunt (ce qui expliquerait de nombreux événements). C’est une créature vengeresse, un ange punitif ou un justicier de l’enfer.

Avec les nombreux contre-plongées, il parait grand et voile le ciel de nuages ombrageux lorsqu’il menace d’abandonner ses habitants. Il semble invincible, imperméable à la douleur, même les balles de la prostituée à trois mètres ne l’atteignent pas. Enfin la première et dernière scène, celles de l’apparition et de la disparition, donnent l’impression de deux mirages.
Clint Eastwood réussit à moderniser le western tout en gardant un côté classique traditionnel en apportant une dimension fantastique. Techniquement, L’homme des hautes plaines est une totale réussite avec une photographie magistrale, de jour où la lumière est brûlante et voilée comme de nuit où les visages des silhouettes observant la mort de Duncan semblent avoir été effacés par le déshonneur. Même si les trois prochains westerns de Clint Eastwood sont aussi de parfaites réussites, on ne retrouvera plus jamais cettte atmosphère unique. Un discours révélateur sur la mentalité de l’être humain.
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